Benoît XVI : Aphraate le Sage (IV s.) et la pratique du jeûne

Publié le 5 Mars 2015

Benoît XVI : Aphraate le Sage (IV s.) et la pratique du jeûne

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Pour Aphraate (1), la vie chrétienne consiste à imiter le Christ, à prendre son joug, et à le suivre sur la voie de l’Évangile. L’une des vertus qui caractérise le mieux le disciple du Christ est l’humilité. Celle-ci n’est pas un aspect secondaire dans la vie spirituelle du chrétien : la nature de l’homme est humble, et c’est Dieu qui l’exalte jusqu’à sa propre gloire. L’humilité, observe Aphraate, n’est pas une valeur négative : « Si la racine de l’homme est implantée en terre, ses fruits montent jusqu’au Seigneur de la grandeur » (2). Restant humble jusque dans la réalité terrestre dans laquelle il vit, le chrétien peut entrer en relation avec le Seigneur : « L’humble est humble, mais son cœur s’élève à des hauteurs éminentes. Les yeux de son visage observent la terre, et les yeux de son esprit la hauteur éminente » (3).

La vision de l’homme et de sa réalité corporelle qui est celle d’Aphraate est très positive : le corps humain, selon le modèle du Christ humble, est appelé à la beauté, à la joie, à la lumière : « Dieu s’approche de l’homme qui aime, et il est juste d’aimer l’humilité et de demeurer dans la condition d’humilité. Les humbles sont simples, patients, aimés, intègres, droits, experts dans le bien, prudents, sereins, tranquilles, pacifiques, miséricordieux, prompts à se convertir, bienveillants, profonds, pondérés, beaux et désirables » (4). Aphraate présente la vie chrétienne souvent et clairement d’un point de vue ascétique et spirituel : la foi en est la base, les fondations ; elle fait de l’homme un temple où habite le Christ lui-même. La foi rend donc possible une charité sincère, exprimée dans l’amour de Dieu et du prochain. Un autre aspect important chez Aphraate est le jeûne, entendu dans un sens large. Il parle du jeûne de la nourriture comme d’une pratique nécessaire pour être charitable et vierge, du jeûne consistant dans la continence en vue de la sainteté, du jeûne des paroles vaines et détestables, du jeûne de la colère, du jeûne de la propriété des biens en vue du ministère, du jeûne du sommeil pour vaquer à la prière.

Benoît XVI

Audience générale du 21 novembre 2007

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(1) Aphraate, indiquait Benoît XVI lors de la même Audience, fut l’un des plus importants personnages du christianisme syriaque du IVe siècle, en même temps que l’un des plus énigmatiques. Il était originaire de la région de Ninive, la Mossoul de l’Irak actuel, et vécut dans la première moitié du IVe siècle. Nous n’avons que peu de détails concernant sa vie, bien qu’il entretînt d’étroits rapports avec les milieux de l’ascétisme monastique dans l’Église syriaque, sur laquelle son œuvre nous a conservé de nombreuses notices et à laquelle il consacra une partie de ses réflexions. Selon certaines sources, il fut même à la tête d’un monastère, et finalement il fut aussi ordonné à l’épiscopat. Il écrivit vingt-trois discours, connus de nous sous le nom d’Exposés ou de Démonstrations, où il traite de divers thèmes concernant la vie chrétienne, comme la foi, l’amour, le jeûne, l’humilité, la prière, la vie ascétique elle-même, également du rapport entre judaïsme et christianisme, entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Son style est simple, en phrases brèves, avec des comparaisons parfois en contraste ; il n’en réussit pas moins à tenir un discours cohérent, où les divers points qu’il aborde sont développés de manière bien articulée.

(2) Exposés 9,14

(3) Exposés 9, 2

(4) Exposés 9, 14

Rédigé par Philippe

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