Dominica IV in Quadragesima - homélie

Publié le 14 Mars 2015

Dominica IV in Quadragesima - homélie

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un moine osb +

“ Importance et limite des miracles pour la foi ”
(Dominica IV in Quadragesima)

 

Saint Jean est le seul des évangélistes qui ne rapporte pas l’institution proprement dite de l’Eucharistie. Mais il est peut-être celui qui en a le plus approfondi la signification et qui en a dévoilé le mieux la richesse. Il le fait particulièrement dans le récit de la multiplication des pains.


Il commence par dire que la fête de la Pâque était proche. Mais la foule, au lieu de se rendre à Jérusalem pour célébrer la fête, est attirée par Jésus. Pourquoi est-elle attirée ? « Parce qu’elle voyait les signes qu’il opérait sur les malades ».


Les miracles de Jésus servaient à susciter la foi.

 

D’où son reproche à ses détracteurs : « Je vous l'ai dit, et vous ne croyez pas. Les oeuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi » (Jn 10,25). Par ailleurs, Jésus reproche aussi le manque de foi qui désire des miracles pour croire. Au fonctionnaire royal qui demande la guérison de son fils, Jésus répond : « Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas » (4,48). A l’Apôtre Thomas, il dira : « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu » (20,29).

En résumé, les miracles sont nécessaires pour susciter la foi, mais inutiles à la curiosité, car le curieux en veut toujours davantage. C’est pourquoi saint Paul écrit : « Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens » (1 Co 1,22-23).


Car les miracles ne suffisent pas à susciter la foi.

 

L’épisode d’aujourd’hui nous rapporte en effet un miracle qui sera incompris de la foule et même de nombreux disciples. Après la multiplication des pains, la foule voudra le faire roi, mais un roi terrestre et glorieux, un libérateur. Devant l’évidence, elle lui demandera même un autre miracle. Jésus leur ayant dit : « Voici l'oeuvre que Dieu demande, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé », les gens lui répondent : « Quel miracle fais-tu donc afin que nous le voyions et que nous  croyions en toi ? Quelles sont tes œuvres ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, ainsi qu'il est écrit : "Il leur a donné à  manger le pain du ciel" » (6,29-31). Or, Jésus venait de multiplier les pains !


Beaucoup de ses disciples rejetteront aussi le mystère de l’Eucharistie que le miracle annonçait : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui. (…) De nombreux disciples, après l'avoir entendu, dirent : "Cette parole est dure ; qui peut l'écouter" ? (…) Dès ce moment, un grand nombre de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui » (6,56.60.66).

 


« Malgré l'éclat et la sublimité de sa doctrine, ses miracles faisaient beaucoup plus d'impression sur les foules, ce qui est l'indice d'esprits encore peu instruits (…). Ceux dont saint Matthieu rapporte qu'ils étaient dans l'admiration de sa doctrine faisaient preuve de plus grande sagesse » (Jean Chrysostome, hom. 42), car « il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes » (Mt 7,29).


Nous nous acheminons vers le mystère de la Pâque du Seigneur, celui de sa Passion et de sa Résurrection. Nous ne suivons pas Jésus pour ses miracles, mais nous suivons le Christ crucifié. Ou plutôt nous le suivons pour son plus grand miracle, celui du salut de nos âmes.

 

Car c’est bien un miracle qu’il accomplit en changeant nos cœurs de pierre en cœur de chair. Qu’y a-t-il de plus difficile que de se convertir, de changer de vie ? Ce salut, Dieu nous l’offre en son Fils crucifié.


Nous sommes arrivés à la mi-carême. Si nous voulons faire l’expérience de ce grand miracle de notre conversion, suivons Jésus sur le chemin de la Croix.

 

 

Rédigé par un moine osbv +

Publié dans #spiritualité

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