Malaga (Espagne) : la miséricorde du Mercredi Saint

Publié le 1 Avril 2015

La Confraternité de Jesús El Rico, de Málaga (Espagne) est spécialement connue parce qu’elle jouit du privilège d’obtenir, tous les Mercredis Saints, la libération d’un condamné pendant la procession, en collaboration avec les institutions pénitentiaires et judiciaires de la Province. Ces deux institutions sélectionnent les prisonniers dont le comportement et les possibilités de réinsertion permettent cette libération. Le Conseil des ministres qui précède la Semaine Sainte choisit parmi trois ultimes candidats et communique son choix au directeur du centre pénitentiaire. Celui-ci, avec les membres de la Confraternité, reçoit alors le prisonnier concerné pour lui apporter la nouvelle de sa mise en liberté imminente durant la procession.

La Confraternité a reçu ce privilège du roi Carlos III (1716-1788) de mettre en liberté un prisonnier condamné alors pour un crime de sang, au moment où ses titulaires franchissaient la porte de la prison de Málaga, qui était alors la Plaza de las Cuatro Calles, devenue la Plaza de la Constitución.

Les événements qui donnèrent naissance à ce privilège datent de 1759. Dans ces temps de grandes pénuries, la peste s’est déclarée et les malades étaient nombreux dans les asiles et les hôpitaux de la ville. Les gens mouraient dans les rues. Des familles entières étaient anéanties dans leurs propres maisons. La ville, désertée, était devenue silencieuse. Les églises faisaient monter leurs prières jours et nuits pour les agonisants.

La peste n’épargna évidemment pas la prison. Des prisonniers, embrasés d’amour et de foi, sachant où pouvoir trouver le remède à une telle tragédie, se rangèrent avec enthousiasme à l’idée de l’un d’eux de sortir en procession l’Image du Nazareno (Jésus le Nazaréen), vénérée dans le couvent voisin, convaincus que cette démarche attirerait la protection du Ciel sur la ville. Mais les autorités demeurèrent indifférentes à cette supplique et la permission demandée fut refusée. Alors, enhardis par leur foi, les prisonniers se soulevèrent, sans bruit, pour neutraliser les gardiens. Portant toujours leurs chaînes, ils sortirent dans la rue pour rejoindre l’église toute proche, s’emparèrent de l’Image de Jesús El Rico, conservée dans la chapelle, et la portèrent triomphalement en procession dans les lieux les plus atteints par l’épidémie. A la fin de cette singulière procession, ils rapportèrent cette Image dans l’église, accompagnés par une foule recueillie, puis retournèrent à la prison, sans qu’aucun d’entre-eux en ait profité pour fuir.

Ayant appris cet événement, le Corregidor de Málaga en porta la nouvelle au roi Carlos III. Touché par la foi et la docilité de ces prisonniers, celui-ci promulgua une “pragmatique” en vertu de laquelle, dans la nuit de chaque Mercredi Saint, lorsque serait conduite en procession l’Image du Doux Jésus et qu’elle franchirait les portes de la prison, la porte d’un prisonnier serait ouverte pour qu’il soit libéré.

La Tradition, donc, se poursuit, mais uniquement pour des prisonniers n’ayant pas été condamnés à des crimes de sang. Cette année, il s’agit d’un jeune homme de 28 ans, qui purgeait une peine de cinq ans pour un vol. Il sera libéré ce soir, à 20 h 00.

Rédigé par Philippe

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Léonie 01/04/2015 15:03

belle leçon de miséricorde en effet mais aussi de fidélité car il est étonnant que cette tradition royale et chrétienne subsiste dans ce "beau" monde.

Philippe 01/04/2015 15:57

oui...