année de la vie consacrée: Une vocation, à la recherche de Dieu

Publié le 11 Mai 2015

entrée au noviciat : mort de dom Delatte, fondation de Fontgombault.

 

Depuis ma petite enfance, j'ai pensé consacrer ma vie à Dieu, mais comme je ne voyais pas très clair sur la façon de réaliser ce projet, j'ai remis à plus tard la décision à prendre. Ce n'est que vers ma 17ème année que je pensais à prendre une décision, et j'étais fort embarrassé. Que choisir ? Clergé séculier ? Missions ? Dominicain ? Jésuite ? Mes parents étaient très favorables à cette orientation religieuse, et ils n'ont jamais fait pression sur moi. Ma mère m'a dit, seulement après mon ordination, qu'à ma naissance elle m'avait offert à Dieu pour que je sois prêtre ; et elle a prié toute sa vie à cette intention. Dieu l'a exaucée et m'a donné sa grâce pour que je puisse réaliser cet appel qui venait de Lui-même.

Vers l'âge de 18 ans, alors que j'étais totalement dans l'incertitude sur le choix à faire, ma mère qui ignorait mes hésitations, me dit : « Puisque tu veux être prêtre, il serait bon pour toi que tu connaisses la vie monastique ». Ma mère m'a dit plus tard qu'elle n'avait jamais pensé que je devienne moine. Quant à moi, un petit voyage dans l'inconnu ne m'était pas désagréable. J'acceptais. Ma mère écrivit donc à Solesmes où elle connaissait un moine et lui demanda que l'on m'accepte comme hôte pendant une semaine. Ce qui ne posa pas de problème.

J'arrivais donc à Solesmes une après-midi pluvieuse. Les bâtiments devenus humides étaient tout noir. Ma première impression fut sinistre. Le lendemain, il faisait beau. Je pris contact avec le moine que ma mère connaissait, et celui-ci, avec beaucoup de dévouement, passa son temps à me faire comprendre ce qu'était la vie monastique que j'ignorais totalement. Il sut me faire apprécier la liturgie célébrée à Solesmes avec le plus de perfection possible. On sentait que les moines qui vivaient là, mettaient tout leur cœur à chercher Dieu. Mais je restais au stade de l'information. Je quittais Solesmes au bout de mon séjour de huit jours sans avoir pris de décision : ni oui, ni non.

De retour à la maison, le « virus monastique » se mit à me travailler et au bout de trois semaines, ma décision était prise : c'est au monastère que Dieu m'appelait. Je retournais alors à Solesmes où le Père Maître des novices me reçut très cordialement. Je ne l'avais pas vu lors de mon premier séjour. Après les salutations d'usage, il me dit un peu brutalement : « Pourquoi voulez-vous rentrer ici ? » Je lui répondis : « Pour chercher Dieu. » Il parut étonné de ma réponse. À cette date, je n'avais pas encore lu la Règle de saint Benoît et j'ignorais que je prononçais les paroles mêmes qui figurent dans la Règle. Au bout de trois jours, la décision définitive était prise. Je rentrerai à Solesmes après le pèlerinage à Lourdes que j'avais décidé auparavant.

Deux mois après, je rentrai au noviciat qui comprenait alors une vingtaine de jeunes frères. C'était en 1946, et, à cette époque, les difficultés de la guerre avaient orienté vers Dieu beaucoup de jeunes. Je m'habituai rapidement à la vie du noviciat qui est très proche de celle de la communauté. Cette vie me plaisait beaucoup et j’approfondissais petit à petit, sans heurt, toutes les pratiques monastiques, l'étude de la liturgie, la recherche de Dieu, la vie fraternelle en commun avec des jeunes qui avaient le même idéal que moi. Au bout de neuf mois je passais de l'état de postulant à celui de novice, et, un an plus tard, j'émis les premiers vœux qui m'engageaient pour trois ans.

Après deux ans de profession triennale, je passais à la communauté et je commençais à mener la vie monastique comme tous les moines. Les premières années étaient consacrées aux études concernant la vie monastique, la philosophie et la théologie. Ce furent de bonnes années vécues uniquement au Monastère : nous y restions pour nos études car nous avions sur place des moines compétents pour nous former.

Après l'ordination sacerdotale, la vie se modifia. Sans négliger les études personnelles pour compléter la formation spirituelle et intellectuelle, il fallut tenir sa place dans la vie courante du monastère. Chacun reçut une charge nécessaire pour faire vivre la communauté : entretien des bâtiments, accueil des hôtes, éditions de livres ou de disques, travaux du jardin, fabrication des vêtements pour les moines, service de la cuisine, etc. Certains continuaient leurs études, l'atelier de la Paléographie musicale utilisait les capacités d'un certain nombre de moines dont les travaux permirent la restauration du Chant Grégorien. Pratiquement nous étions tous très occupés et l'on ne s'apercevait pas que le temps passait très vite. Nous avions déjà passé 20 ans, 30 ans de notre vie au monastère sans nous être aperçus que notre entrée ne datait plus d'hier, et nous avions conscience d'approfondir ce pourquoi nous étions rentrés : pour chercher Dieu.

Pour ce qui me concerne, jeune étudiant, j'ai commencé à travailler à l'atelier d'entretien (10 ans), ensuite à la bonne marche du service de la cuisine (7 ans). De là, je passais à la cellérerie (économat) pour tenir les écritures (5 ans). Enfin, à la mort du Père économe, je fus chargé de le remplacer, et cela dura 35 ans. Au bout de cette période le Père Abbé me déchargea de ce travail et je trouvai alors une vie beaucoup plus compatible avec l'idéal monastique que j'avais toujours désiré : beaucoup plus de lectures, de prières personnelles, d'approfondissement de la vie monastique, une expérience toujours plus grande que Dieu m'aime et me témoigne sa miséricorde. C'est bien Lui et Lui seul que je désire de tout mon cœur aller rejoindre. La mort ne m'effraie pas. C'est ce simple désir de le rejoindre au ciel qui m'habite de plus en plus.

En résumé, j'ai mené à Solesmes une vie qui m'a permis d'approfondir la recherche de Dieu, et je ne regrette rien.

 

Frère Jean Dion osb+

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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