homélie ordinations canada fssp

Publié le 20 Juin 2015

 

 

 

 

 

[Photos: Jacinthe Soulard Photographie] 
 
Ordination sacerdotale de Jacques Breton & Alexandre Marchand, FSSP
Chapelle du Grand séminaire de Saint-Hyacinthe
Le 13 juin 2015 – Fête de saint Antoine de Padoue

 

 Chers frères et sœurs dans le Christ,
 
Aujourd’hui est un grand jour pour les membres de la  Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, - ainsi que pour parents et amis - tout particulièrement pour ceux et celles qui habitent ici, au cœur du Canada français. En effet, aujourd’hui, nous nous sommes réunis pour célébrer l’ordination sacerdotale de deux nouveaux membres de la Fraternité, deux hommes qui proviennent du diocèse de Saint-Hyacinthe et de l’archidiocèse de Gatineau.
 
L’Évangile nous appelle à tout quitter pour suivre le Christ. C’est ce que  saint Antoine de Padoue, prêtre et docteur de l’Église, a fait toute sa vie. Dieu a l’appelé maintes et maintes fois à changer de cap, à s’engager dans des chemins nouveaux. Chaque fois, saint Antoine a répondu généreusement, avec ardeur, toujours heureux de pouvoir contribuer encore davantage la mission que lui confiait notre Seigneur Jésus Christ.
 
Saint Antoine s’est engagé à servir le Seigneur tôt dans sa vie. Encore jeune homme, il entra dans la communauté des Augustiniens, laissant de côté pouvoir et richesse afin de pouvoir consacrer tout son temps et son énergie à servir Dieu.
 
Plus tard, lorsqu’il vit passer devant lui les corps de deux frères franciscains martyrs qu’on ramenait du Maroc, il fut pris comme d’un coup de foudre. Il voulut se faire plus proche du Seigneur comme ces frères qui avaient accepté de donner leur vie pour la Bonne Nouvelle.
 

Antoine décida donc de devenir franciscain et se mit en route pour aller évangéliser les Maures. Un fois rendu,  sa santé déclina. Sur le chemin du retour, le vaisseau fit naufrage et il échoua à Messine, en Italie. Là, il se joignit à un petit ermitage où il passa son temps à prier, à méditer les Écritures et à accomplir de petites tâches.

 

Mais l’appel du Seigneur se fit entendre de nouveau. Lors d’une ordination, alors qu’aucun des frères ne s’était préparé à prendre la parole,  le supérieur demanda à Antoine de prononcer l’homélie. Obéissant, saint Antoine accepta en toute humilité.  Il n’était pas préparé, mais il accepta quand même. Ce fut une véritable révélation. Sa connaissance profonde des Écritures, ses heures consacrées à la prière, ses vertus de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, avaient donné libre cours à l’Esprit Saint qui pouvait se servir de ses talents. Sa prédication reçue l’admiration de tous, tout particulièrement de ses confrères qui savaient qu’Antoine n’avait pas eu le temps de se préparer,  et qui ne se doutaient pas que l’Esprit Saint pouvait inspirer de si belles paroles.
 
Reconnu pour sa grande dévotion, ses heures consacrées à la prière et sa  grande connaissance des Écritures, Antoine fut bientôt reconnu comme étant un grand théologien. Il devint le premier franciscain à enseigner la théologie aux autres frères franciscains. Un jour, on lui demanda de se rendre à Albigeois en France combattre les hérésies, convertir et réassurer les fidèles. Parmi les  hérésies  qui avaient cours dans cette partie du monde à cette époque, on retrouve la négation de la divinité du Christ et l’existence des sacrements.
 
Après avoir été supérieur des frères franciscains dans le nord de l’Italie pendant trois ans, Antoine s’établit dans la ville de Padoue. Là, il se remit à prêcher et à préparer des ébauches de sermons qu’il distribuait aux autres frères afin de les aider.
 
Dieu fit ce qu’il voulait avec Antoine. L’engagement et l’intensité de la vie spirituelle de saint Antoine ont certainement plu à Dieu. Elle attire encore toute notre admiration.  Saint Antoine continue toujours de susciter une grande dévotion populaire. Celui que nous invoquons lorsque nous recherchons un objet perdu s’est ‘retrouver lui-même’ si on peut dire en se soumettant complète à la volonté et à la Providence de Dieu.
 
Parmi les textes de ses homélies de saint Antoine, nous retrouvons ce beau passage : ’Les saints sont comme les étoiles. Dans sa providence, le Christ les cache dans un endroit caché afin qu’ils ne puissent briller devant les autres au moment où ils pourraient souhaiter le faire. Pourtant, ils sont toujours prêts à quitter le calme de la contemplation pour accomplir des œuvres de miséricorde aussitôt qu’ils perçoivent dans leur cœur l’invitation du Christ.’’
 
Ces paroles évoquent les paroles de l’Évangile  que nous entendrons plus tard au cours de cette messe, lorsque le Christ déclare que ses disciples sont le sel de la terre et la lumière du monde.
 
Dans l’épître que nous  venons d’entendre, saint Paul nous livre son testament spirituel. S’il prend le temps d’encourager Timothée, son successeur dans la mission, il lui parle aussi du grand défi qui l’attend. Paul s’est efforcé de bien préparé Timothée et celui-ci a cherché à imiter son mentor.
 
Paul parlera à Timothée de cette triste réalité que, malheureusement, nous percevons encore de nos jours : ‘tous ceux qui veulent vivre en hommes religieux dans le Christ Jésus subiront la persécution.Et dans le combat qui se perpétue entre les justes et les opposants au Seigneurs, les pécheurs et les charlatans chercheront toujours à tromper comme ils ont été trompés.
 
Voilà le message principal que nous livre la liturgie d’aujourd’hui;  c’est le message que Paul a livré à Timothée; c’est le message que le Christ livre à ses disciples encore aujourd’hui, tout particulièrement à ses ministres ordonnés – tenez bon !
 

En se rattachant aux valeurs et la piété qu’ils ont héritées des croyants qui les ont précédés, les disciples d’aujourd’hui, tout comme Timothée, n’ont pas à craindre de se retrouver dépourvus. Parmi les nombreuses ressources à notre disposition, nous retrouvons d’abord  la lecture et la méditation des Écritures Saintes, ces textes inspirés de Dieu qui peuvent nous servir dans notre enseignement, dans notre travail de formation, dans nos démarches de discernement et notre rigueur spirituelle.

 

 Paul invite Timothée à continuer l’œuvre d’évangélisation : ‘’proclame la parole, insiste à temps et à contretemps. ‘’ Parfois notre ministère nous demande d’utiliser une approche positive, parfois c’est le contraire…’proclame, réfute, encourage, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire, dit Paul à Timothée. ‘
 
Le messager de Dieu doit donc se doter d’une très grande patience…dans son Évangile, Jésus nous dit qu’il s’agit là d’un des grands attributs de Dieu. Le pape François met beaucoup d’accent sur la miséricorde de Dieu; il en a même fait le thème de cette année jubilaire qui commencera en la solennité de l’Immaculée Conception, le 8 décembre 2015. Au cours de votre ministère, chers frères, soyez toujours prêts à manifester la miséricorde de Dieu à ceux et celles qui s’approcheront de vous pour recevoir la sagesse de Dieu, surtout dans la confession.
 
Paul utilise des images fortes pour parler de sa mort qui approche : Je suis déjà répandu en libation (Paul se compare au vin qui est répandu sur l’autel lors des rituels juifs). ‘ Le temps de mon départ est venu’ évoque la levée du campement ou le lancement au large du bateau amarré au quai - deux façons d’exprimer comment on voyait la mort dans l’antiquité.
 
Paul parle également de ce qu’il a pu accomplir, non pas de ses propres forces, mais avec l’aide de Dieu  (‘ Le Seigneur m’a assisté et m’a rempli de force’ (2 TM 4, 17).
 
Paul termine ensuite son testament spirituel de cette façon, en se comparant à un athlète : ‘ J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi.’ 
 
Il ne lui restait plus qu’à accepter la grande récompense que Dieu accorde à ceux et celles qui ont accueilli son amour et ont cherché à faire le bien : la couronne de justice que le Seigneur, le juste Juge,  donnera ce Jour-là, le Jour de son retour dans la gloire’.
 
Voilà quel est le rôle de la personne ordonnée : faire resplendir l’amour de Dieu parmi  la communauté des hommes et des femmes dans le monde d’aujourd’hui, tout comme saint Antoine et saint Paul l’ont fait en leur temps. Cela est vrai autant pour les diacres, les prêtres ou les évêques. Le rôle du berger est d’être avec ses brebis, parfois devant eux pour indiquer la route, parfois derrière eux pour aider ceux qui sont restés en arrière; dans tous les cas, il prendra l’odeur de ses moutons à force de les bien connaître.
 
Durant leurs années de formation au séminaire, nos ordonnands ont consacré beaucoup de temps à la prière, à l’étude, à la réflexion; ils ont eu l’occasion de proposer la foi de l’Église à plusieurs personnes qu’ils ont rencontré…ils continueront à faire de même une fois ordonnés prêtres.
 
Nos frères Jacques et Alexandre sont sur le point d’être ordonnés prêtres. Prenons quelques moments pour nous rappeler la nature et le rôle du prêtre dans l’Église. Le prêtre est au service du Christ, le seul Maître, Prêtre et Pasteur, par qui le Corps du Christ, son Église, ne cesse de croître pour former le peuple de Dieu et édifier le Temple de l’Esprit Saint.
 

Associés au sacerdoce des évêques, les prêtres participent au sacerdoce du Christ et consacrent leur vie à l’annonce de l’Évangile, à la formation et à la sanctification du peuple de Dieu, à la célébration de la liturgie, surtout en offrant le sacrifice du Seigneur. Avec l’aide de Dieu, les prêtres sont appelés à accomplir leur mission de manière à ce tous puissent voir en eux de vrais disciples du Christ, de Celui qui est venu non pas pour être servi, mais pour servir.

 

Chers frères, dans quelques minutes, vous serez ordonnés prêtres. Vous enseignerez au nom de Dieu, l’unique Maître; vous proclamerez sa Parole, cette même Parole  que vous avez-vous-mêmes accueillie avec joie. Vous méditerez et obéirez les commandements et la loi de Dieu. En méditant les Écritures, vous croirez  ce que vous lirez ; vous enseignerez ce que vous croirez, et vivrez ce que vous enseignez.

 
Veillez toujours à faire en sorte que ce que vous enseignerez soit nourriture pour le peuple de Dieu. Faites en sorte de toujours vous conduire en hommes saints et justes. Puisse votre exemple de sainteté dans la conduite de votre vie apporter une odeur de fraîcheur et de la joie dans la vie des fidèles – ainsi par vos paroles et votre exemple vous participerez à la construction de la maison de Dieu, qu’est son Église.
 
Vous aurez également à collaborer dans et avec le Christ à la sanctification du monde. À travers votre ministère, le sacrifice spirituel des fidèles sera rendu parfait parce qu’uni  au sacrifice du Christ qui, à la messe, s’offrira sacramentellement sur l’autel par vos mains, en union avec l’ensemble des fidèles – cela, sans qu’il y ait effusion de sang.  
 
Prenez conscience de la grandeur de ce que vous faites et conduisez votre vie de manière à ce qu’elle soit toujours conforme à ce que vous célébrez. En tant que célébrant du mystère de la mort et de la résurrection du Christ, prenez soin de faire mourir en vous tout penchant mauvais,  et de cheminer vers la vie nouvelle.
 
Souvenez-vous, lorsque vous ferez entrer d’autres personnes dans le peuple de Dieu par le baptême; lorsque vous remettrez les péchés au nom du Christ et de l’Église dans le sacrement de la Réconciliation; lorsque vous apporterez réconfort et force aux malades et mourants par l’onction avec l’huile sainte; lorsque vous célébrerez la liturgie;  lorsque vous offrirez louange et action de grâce au Seigneur dans la prière tout au long de la journée – non seulement pour le peuple de Dieu, mais aussi pour le monde entier-, souvenez-vous toujours que vous avez été choisis d’entre les hommes pour les servir dans leurs relations avec Dieu.
 
Exercez donc la charge du Christ Prêtre avec une joie inaltérable et un amour sincère, en ne vous préoccupant pas de vos affaires personnelles mais de celles du Christ.
 
En accomplissant votre mission, sachez que vous pourrez toujours compter sur le soutien des anges et des saints, de vos saints patrons, et surtout de la bienheureuse Vierge Marie. Rapprochez-vous de celle qui porte le titre de Notre Dame de Guadalupe, Patronne des Amériques et Étoile de la Nouvelle évangélisation.
 
Finalement, chers frères, unis à votre évêque et sous son autorité, appliquez-vous,  en agissant au nom du Christ, Maître et Pasteur, à rassembler les fidèles dans l’unité d’une seule famille, pour les conduire, par le Christ et dans l’Esprit Saint, à Dieu le Père. Et surtout, gardez toujours dans votre mémoire l’exemple du Bon Pasteur qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, pour chercher et mener au salut ce qui était perdu.
 
 Mgr Terence Prendergast
 

 

 

SOURCE

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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