de la miséricorde...

Publié le 19 Novembre 2015

 

 

 Bienheureux les miséricordieux,
parce qu'ils obtiendront miséricorde. »

(Matth, V, 7)

 

La miséricorde n'est pas la simple charité fraternelle, laquelle étend à tous son effet : la bienfaisance. La charité est universelle, elle fait le bien sans acception de personnes; on peut faire du bien à son supérieur ou à un riche, qui ne sont pas pour autant des « misérables ». Nous distinguons donc déjà la miséricorde d'avec la charité.

La miséricorde n'est point l'aumône. L'aumône est un acte de la miséricorde: une âme miséricordieuse met son activité à faire l'aumône. Nous savons qu'il y a sept espèces de miséricorde corporelle et sept espèces de miséricorde spirituelle. Mais les aumônes corporelles, qui ont pour but le corps, vont très facilement plus loin, jusqu'à l'âme, qui est spirituelle.

La miséricorde n'est pas non plus la simple bonté qui est quelque chose de plus général.

La miséricorde est un sentiment de pitié qui nous est inspiré par la charité, et qui nous incline vers le misérable, vers celui qui manque de tout, soit au point de vue temporel soit au point de vue spirituel.

 

  ah bon? j'ignorais ...

 

Il n'y a pas de miséricorde sans misérables. C'est le misérable qui éveille le sentiment de miséricorde, lequel doit être régularisé par la prudence, et adopté par la charité, pour que l'amour de Dieu en soit le moteur.

La miséricorde est une nuance excellente de la charité fraternelle; c'est en elle que l'amour de nos frères donne son plein; pour être miséricordieux il faut aimer davantage son prochain que pour être simplement bon et charitable.

 

La miséricorde vise toute espèce de misères, physiques, morales ou intellectuelles; elle s'applique à remédier à cette misère, à combler le vide creusé par cette misère. Pour remédier à une grande misère, il faut être riche, puissant, supérieur. Un acte de bienveillance pour une personne agréable est une charité, mais qui n'est pas difficile.

Quand on se trouve en face d'un abîme et qu'on entreprend de le combler, quand on veut aller au secours d'une âme pour la tirer de la misère, c'est un acte de charité spécial et excellent, qui suppose que l'on possède en abondance des trésors de bonté, et, dans son activité, de quoi secourir de grands maux.

 

Pour cette raison, au dire même de saint Thomas, la miséricorde est l'acte le plus propre, le plus spécial de Dieu. En effet, Dieu est l'Etre supérieur par excellence, rien ne lui manque. Quand il regarde vers la pauvre créature, il est incliné à lui venir en aide, parce qu'il est riche, bon: la misère attire le don de la divine surabondance. Tout est misérable pour Dieu, même les anges, si cependant on excepte les anges béatifiés et les saints bienheureux, parce qu'ils sont maintenant comblés, tout a besoin de Dieu. Il faut qu'à toute chose Dieu communique l'être et qu'il subvienne aux besoins de tout ce qui existe. Il convient à Celui qui a créé ce pauvre monde de se pencher vers lui dans un sentiment d'amour, qui est de pure miséricorde.

Toutes nos bontés n'atteignent pas la noblesse de cet Amour qui, n'ayant besoin de rien, s'incline vers celui qui a besoin de tout, pour lui donner tout.

Nous voyons ainsi que la miséricorde diffère de la douceur. La douceur nous fait contenir en nous ce que nous pouvons avoir de fâcheux, de mauvais, de méchant, d'irritable, afin qu'il ne sorte de nous que des actions suaves et bonnes pour le prochain quel qu'il soit.

Elle nous inspire d'abord de nous corriger nous mêmes, de polir nos mœurs et d'apaiser nos passions pour ensuite aller aux autres avec suavité et gagner leurs cœurs. Elle est de règle vis-à-vis de tout le monde.

La miséricorde, au contraire, est une charité qui se propose de venir en aide aux seuls misérables, et de même que la douceur ne suppose pas toujours la misère qui est indispensable à la miséricorde, la miséricorde à son tour n'exige pas toujours la « correction* » intérieure, dont ne peut se passer la douceur.

Adressons-nous à l'Esprit-Saint toutes les fois que nous avons besoin d'être miséricordieux, pour voir juste pour notre intérêt, pour celui des autres; tendons notre voile pour nous mettre sous son action, et n'abordons ni ne poursuivons aucune œuvre de miséricorde, sans avoir recours constamment à son bon Conseil.

 

rp Garrigou Lagrange.

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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