l'onction du joug.

Publié le 2 Mars 2016

 

 

Les rigueurs de la pénitence monastique surprennent les âmes peu chrétiennes, elles effrayent les âmes lâches et elles attirent les âmes généreuses.

Les uns ne comprennent pas; les autres comprennent et ont peur; les autres comprennent et aiment. Ceux qui comprennent assez pour aimer, seront toujours le petit nombre.

Et cependant, le monde n'offre-til donc que des joies à ces fils? La vie est-elle une rose sans épines? Hélas! il y a plus d'épines que de roses; et les lamentation des âmes, ensanglantées par les épines surpassent en somme les jubilations des existences couronnées de roses. Non, le monde n'est pas si beau, le collier de peine est singulièrement fatiguant, et le fardeau du travail terriblement lourd. Notre- Seigneur le déclare. Vous qui êtes attelés à une besogne si fatigante, et qui traînez de si lourds fardeaux, dit-il, venez tous à moi, et je vous soulagerai. Prenez donc mon jour sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon jour est doux et mon fardeau léger.

 

Dans le monde, les roses sont à la surface et les épines dessous; l'huile est au dehors, le vinaigre au dedans: les apparences sont séduisantes, les réalités affreuses. Dans la religion, les épines sont au dehors, le fruit est au-dedans; le vinaigre est à la surface, l'huile au-dessous; les apparences sont redoutables, les réalités délicieuses. Pour les aimer, il voir voir le monde par le dehors et la religion par le dedans. Les êtres de superficie restent dans le monde, qu'ils aiment et qui les abuse; les coeurs les plus profonds entrent en religion.

 

Pour entrer, ils sentent les déchirements humains, mais ils ne tardent pas à rencontrer l'onction divine.

Et cette onction est triple.

il y a d'abord une sensation de dégagement, de liberté et de force, et ceci est extrêmemment doux.  L'âme se sent par la pénitence, dégagée de la tyrannie des créatures; elle se délivre d'une multitude de sujétions, dont on ne comprend véritablement le poids, qu'au moment où on en est déchargé. L'esprit, le coeur, les sens retrouvent des forces, une aisance, une liberté, une indépendance, dont ils sont eux-mêmes surpris. Il n'y a plus tant de nécessités corporelles obligatoires, plus tant de liens génants pour le coeur, plus tant d'entraves pour l'esprit. Et cela vaut la peine d'être gouté.

 

Ensuite l'âme éprouve, plus douce encore, la consolation de répandre sur le monde un flot bienfaisant de réparation.

Les coeurs généreux le savent: il y a plus de joies plus douces que celle de consoler. De deux âmes, quelle est la plus heureuse, celle qui console ou celle qui est consolée?

Et le religieux, dans sa pénitence, se sent accomplir un rôle consolateur, et rédempteur par excellence. Il sait l'utilité et l'efficacité de ses sacrifices; il sait combien les âmes sont guéries et réconfortées, et réjouies par ces médicaments, qu'il élabore dans le creuset et sur le feu du sacrifice.

Comment n'aurait-il pas de la joie, cette joie souveraine des bienfaits répandus? Sans doute ce sont les hommes du ministère actif qui distribuent et appliquent les remèdes; mais c'est lui surtout qui les fabrique des larmes de ses yeux et du sang de son coeur. Et s'il ne les élaborait pas, les remèdes divins n'abonderaient plus. Et si les remèdes viennent à manquer, quelle désolation!

 

Mais non, ils ne manqueront pas; le religieux pénitent est bien trop heureux de les préparer.

O Dieu! multipliez les laboratoires, multipliez les ouvriers des célestes remèdes. Il y a tant de plaies à fermer! .....

 

 

Enfin l'onction suprême; celle qui surpasse tout sentiment, c'est pour le moine s'immolant, la consolation de sentir qu'il console le coeur de Dieu.

 

Il répare les injures, et Dieu lui en témoigne une si tendre gratitude! S'il est doux à l'homme de consoler un homme, quelle suavité de consoler son Dieu! C'est là l'enivrement supérieur des béatitudes chrétiennes. Bienheureux ceux qui vivent dans la pauvreté, la douceur, les pleurs, la faim et la soif de la justice, la miséricorde, la pureté du coeur, la paix, la persécution, les malédicitons et les calomnies; leur récompense est grande, ici-bas et dans le ciel !

 

Oh! la joie de réparer l'honneur de Dieu, de contenter sa justice, de reposer ses yeux et son coeur! La joie ensuite de le voir déverser, en retour, des torrents infinis de suavités ineffables. Celui-là seul peut le savoir, qui l'a goûté; et celui-là seul l'a goûté, qui a souffert quelque chose pour Dieu.

Nulle autre joie créée ne peut donner la simple idée de ce qu'est la béatitude de la souffrance.
Non l'oei de l'homme n'a rien vu, ni son oreille  rien entendu, et d'en bas rien n'est monté à son coeur, qui soit comparable à ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment.

 

Heureux moine, dont la pénitence est une béatitude! Que peut désirer encore celui à qui la souffrance est une joie? Et si la souffrance elle-même est une joie, la joie que sera-t-elle?

 

Béatitude! ...  béatitude! .....

 

un moine.
 

 

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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