"Ecoute, mon fils" règle de St Benoît.

Publié le 14 Septembre 2016

 

 

 

 

Le silence intérieur et extérieur est nécessaire pour que cette parole puisse être entendue. Et c’est un point particulièrement difficile pour nous à notre époque.

En effet, notre époque ne favorise pas le recueillement et l'on peut même avoir parfois l’impression qu’il existe une peur de se détacher, même pour un instant, du fleuve de paroles et d’images qui marquent et remplissent les journées.

 

La grande tradition patristique nous enseigne que les mystères du Christ sont liés au silence; par lui seul, la Parole peut faire en nous sa demeure, comme chez Marie, qui est inséparablement la femme de la Parole et du silence » (n. 66).

Ce principe — que sans le silence, on n’entend pas, on n’écoute pas, on ne reçoit pas une parole — vaut surtout pour la prière personnelle, mais aussi pour nos liturgies : pour faciliter une écoute authentique, elles doivent être aussi riches de moments de silence et d’accueil sans parole.

La remarque de saint Augustin est toujours valable Verbo crescente, verba deficiunt — « Quand le Verbe de Dieu augmente, les paroles de l’homme manquent » (cf. Sermons 288,5 : pl 38, 1307 ; Sermons 120, 2 : pl 38,677).

Les Evangiles présentent souvent, surtout au moment de choix décisifs, Jésus qui se retire seul dans un lieu à l’écart de la foule et de ses propres disciples pour prier dans le silence et vivre sa relation filiale avec Dieu.

Le silence est capable de creuser un espace intérieur au plus profond de nous-mêmes, pour y faire habiter Dieu, pour que sa Parole demeure en nous, pour que l’amour pour Lui s’enracine dans notre esprit et notre cœur, et anime notre vie. La première direction est donc de réapprendre le silence, l’ouverture pour l’écoute, qui nous ouvre à l’autre, à la Parole de Dieu.

 

Il existe toutefois également une deuxième relation importante entre le silence et la prière. En effet, il n’existe pas seulement notre silence pour nous disposer à l’écoute de la Parole de Dieu.

Souvent, dans notre prière, nous nous trouvons face au silence de Dieu, nous éprouvons presque un sentiment d’abandon, il nous semble que Dieu n’écoute pas et ne répond pas.

Mais ce silence de Dieu, comme cela a été le cas également pour Jésus, n’exprime pas son absence.

Le chrétien sait bien que le Seigneur est présent et écoute, même dans l’obscurité de la douleur, du refus et de la solitude.

Jésus rassure ses disciples et chacun de nous que Dieu connaît bien nos nécessités à tout moment de notre vie.

Il enseigne aux disciples : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l'ayez demandé » (Mt 6, 7-8) : un cœur attentif, silencieux, ouvert est plus important que de nombreuses paroles.

 

Dieu nous connaît intimement, plus que nous-mêmes, et nous aime : savoir cela doit être suffisant.

Dans la Bible, l’expérience de Job est particulièrement significative à ce propos.

En peu de temps, cet homme perd tout : sa famille, ses biens, ses amis, sa santé : il semble véritablement que l’attitude de Dieu envers lui soit celle de l’abandon, du silence total. Pourtant Job, dans sa relation avec Dieu, parle avec Dieu, crie à Dieu ; dans sa prière, en dépit de tout, il conserve intacte sa foi et, à la fin, il découvre la valeur de son expérience et du silence de Dieu. Et ainsi, à la fin, s’adressant au Créateur, il peut conclure : « Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu » (Jb 42, 5) : nous connaissons presque tous Dieu uniquement par ouï-dire et plus nous sommes ouverts à son silence et à notre silence, plus nous commençons à le connaître véritablement.

Cette extrême confiance qui s’ouvre à la rencontre profonde avec Dieu a mûri dans le silence.

Saint François-Xavier priait en disant au Seigneur : je t’aime non parce que tu peux me donner le paradis ou me condamner à l’enfer, mais parce que tu es mon Dieu. Je t’aime parce que tu es Toi ».

A nous, qui sommes souvent préoccupés par l’efficacité concrète et les résultats concrets que nous obtenons, la prière de Jésus indique que nous avons besoin de nous arrêter, de vivre des moments d’intimité avec Dieu, « en nous détachant » du vacarme de chaque jour, pour écouter, pour aller à la « racine » qui soutient et nourrit la vie.

 

Benoît XVI

 

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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