de la jalousie (2)

Publié le 17 Novembre 2016

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   Le jeune homme aussi peut devenir jaloux.

   Lui, à l'âge de la générosité pure, de l' "oubli de soi"; lui qui veut et cherche naturellement le triomphe des meilleures causes, et sans trop regarder au chef de file; lui que l'idéal passionne, ravit, en arrive quelquefois à ne plus permettre volontiers qu'un autre adolescent brille premier en quelque rôle.

   Et à la vérité, si la mode, - la toute-puissante mode, - ne les contraignait pas de sourire et d'applaudir quand on décerne les premiers prix, bon nombre de jeunes gens plisseraient les lèvres, plus tristes du succès du confrère que d'avoir été battus. On assure même qu'on rencontre assez souvent de ces "deuxième de classe" qui, par un mortel dépit, brisent à jamais leur carrière pourtant prometteuse. O grandes âmes! vous vous oubliez à l'hypocrite requête de la nature jalouse. Et prenez-y garde! il arrive encore que de tels oublis font partir des critiques trop sévères, des observations calomnieuses; et alors, par votre très grande faute, des braves, en chantant les plus signalées victoires, exécutent fatalement le prélude de leurs plus grands échecs... O Jalousie! trop fidèle compagne de la gloire, s'écriait Cicéron.

   Ce qui donne souvent naissance ou plutôt éveil à la jalousie dans le coeur du jeune homme, c'est un trop vif besoin de faire parler de lui.

('surtout auj sur l'internet" )

  Que voulez-vous! inexpérimenté, l'adolescent ignorait que la popularité ne vaut pas, même ne signifie pas beaucoup: qu'elle constitue plutôt, de nos jours l'apanage normal de l'actrice la plus délurée, du musclé qui donne le plus vigoureux de poing ! 

   C'est donc la vaine gloire qui, dans une âme jeune, sert ordinairement de base à la jalousie. Tuons la première, et très probablement nous porterons une blessure mortelle à la seconde.

      L'homme fait vient de prendre son rang, son mérite officiel est à peu près définitif. Comme de raison, il peut se faire qu'il désire monter encore plus haut, là où il pourra mettre plus en relief, plus à profit, les éminentes qualités pratiques qu'il estime posséder: ne font-ils pas une grande armée les petits soldats qui pensent tenir dans leur sac le bâton de maréchal ?

   Or le maréchalat n'étant pas conféré à tous nos héros, le jaloux se charge quand même de la "revue" et il découvre des choses qui le font mourir de tristesse.

   Et ne croyons pas que nous vivons dans un siècle dépareillé.

   Saint Jean Chrysostôme, faisant le tour de Constantinople, trouvait la jalousie à tous les carrefours, presque de porte en porte. C'est elle, disait-il, qui combat dans les armées, qui chicane dans les barreaux,  qui dispute dans les académies, qui querelle sur les places publiques, qui murmure dans les cloîtres, qui médit dans les salons, qui tantôt éclate en imprécations et en menaces quand la colère l'enflamme, tantôt s'impose un silence forcé quand l'hypocrisie la cache. Chagrine dans la solitude, inquiète dans le grand monde, intrigante et fourbe dans la cour des princes, artificieuse et maligne dans les conditions particulières, toujours agitée, rêveuse, méfiante, alarmée, mécontente des autres, insupportable à elle-même.

(à suivre)

Rédigé par Philippe

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