je suis chrétien, voilà ma gloire. '1)

Publié le 16 Novembre 2016

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Le chrétien fait partie d'une race d'hommes nouvelle et céleste, d'une lignée divine : divinum genus. C'est un homme déifié, fils de Dieu le Père, incorporé au Verbe incarné, animé du Saint-Esprit. Sa vie doit être celle d'un citoyen du ciel. « Si Dieu s'est humilié jusqu'à se faire homme, dit saint Augustin, ce fut pour exalter les hommes jusqu'à en faire des dieux (Serm. 166 — Cf. Ia In. 49, 2). »

Dans les premiers siècles de l'Église, ces idées étaient du domaine courant ; aucun hérétique n'osa les nier, et les Pères en tirèrent un parti admirable pour prouver contre les Ariens et les Macédoniens la divinité soit du Fils soit du Saint-Esprit. L'Écriture, disaient-ils, nous présente le Fils et le Saint-Esprit comme les vivificateurs, les sanctificateurs et les divinisateurs immédiats des âmes qu'ils habitent et auxquelles ils se communiquent, imprimant en elles l'image de Dieu et les rendant participants de la nature divine. Or Dieu seul, qui est Vie, Sainteté, Déité par nature, peut, immédiatement et par lui-même, vivifier, sanctifier et déifier les autres.

 Pour habiter dans une âme, la vivifier et la réformer, il faut la pénétrer substantiellement ; or ceci est le propre de Dieu (Cf. S. Thom., Cont. Gent. IV, c. 17 ; Sum. Th., I', q. 43, a. 3 ; III', q. 64, a. I).

 Aucune créature, observe Didyme, ne peut entrer dans l'essence même de l'âme ; les sciences et les vertus la perfectionnent à titre d'accidents seulement. Mais l'Esprit-Saint habite substantiellement dans l'âme avec le Père et le Fils. (De Spir. Sancto, n° 25).

 C'est le Saint-Esprit, dit saint Cyrille d'Alexandrie, qui imprime en nous l'image de Dieu. S'il n'était qu'un simple dispensateur de la grâce, nous ne recevrions que l'image de la grâce et non l'image de Dieu. Mais il est lui-même le sceau qui grave en nous l'image de Dieu, nous faisant participants de la nature divine. (Cf. Dial. Trinit. et Thesaurus, ass. 34).

C'est un sceau vivant, ajoute saint Basile ; il nous moule en dehors et au dedans, pénètre jusqu'au plus intime de notre âme et, de la sorte, nous réforme et fait de nous de vivantes images de Dieu1. Avec le sceau divin nous recevons l'onction du même Esprit, et dès lors nous avons le gage vivant de l'héritage céleste : « Celui qui nous a oints, c'est Dieu, lequel nous a aussi marqués d'un sceau et nous a donné, à titre d'arrhes, le Saint-Esprit dans nos cœurs » (II Cor., I, 22).

Baume divin, l'Esprit-Saint par son onction, spiritalis unctio, nous transforme et nous fait exhaler la bonne odeur du Christ : « Nous sommes la bonne odeur du Christ » (II Cor., II, 15). Nous ne recevons pas seulement le parfum du baume, mais la substance divine elle-même  2.


Feu divin, il nous pénètre jusqu'au plus intime, sans détruire notre nature, mais la rendant semblable au feu et lui en communiquant toutes les propriétés. (S. Cyr. Cath., 17 ; — S. Bas., loc. cit., I. 3).

Lumière divine, il éclaire les âmes, les rend lumineuses et resplendissantes, éclatantes de grâce et de charité, comme de vrais soleils divins 3.

Hôte très doux de nos âmes, dulcis hospes animae, il vient converser familièrement avec nous, nous réjouir de sa présence, nous consoler dans nos travaux, nous encourager dans nos difficultés, nous pousser au bien, nous enrichir de ses dons précieux et de ses fruits.

Nous devenons ainsi des temples saints et vivants de Dieu, ses amis, ses égaux en quelque manière, dignes d'être appelés des dieux.  4
Revêtus de Jésus-Christ et faits à son image, nous formons avec Lui une véritable société (I Cor. I, 9) ; nous sommes ses amis, initiés à ses secrets divins (Jean, xv, 15) ; nous sommes ses frères (Jean, xx, 17) ; plus encore, ses membres, si intime est l'union dans cette divine société !

C'est ainsi que nous pouvons devenir enfants de Dieu (Jean, 1, 12) et dieux par participation. Celui qui nous donne ce pouvoir si sublime doit être Dieu lui-même en personne, qui, s'abaissant jusqu'à nous, nous associe à sa vie divine, et de la condition servile de pures créatures nous élève à l'incomparable dignité de dieux,et nous permet d'appeler à pleine bouche l'Eternel et le Tout-Puissant devant lequel tremblent les cieux, non plus du nom terrible de Seigneur, mais du très doux nom de Père.

« Ce que les plus nobles créatures n'auraient jamais pu rêver, s'écrie saint Pierre Chrysologue, ce qui remplirait d'étonnement et d'admiration les plus hautes vertus célestes, nous le répétons tous les jours avec confiance : Notre Père qui êtes aux cieux !

Commerce admirable entre le Créateur et la créature : il se fait notre égal pour que nous arrivions à être ses égaux, en un certain sens. 6

Qui jamais aurait pu soupçonner un tel excès d'amour ? Dieu se faisant homme pour que l’homme devienne Dieu, le Seigneur se rendant esclave pour que l'esclave devienne son fils — établissant ainsi entre la Divinité et l'humanité une éternelle et ineffable parenté. Certes, on ne sait qu'admirer le plus, ou Dieu s'abaissant jusqu'à notre servitude, ou Dieu nous élevant jusqu'à sa dignité »

(Serm. 72).


1 « Quomodo ad Dei similitudincm ascendat creatura, nisi di' irai characteris sit particeps ? Divinus porro cliaracter non talis est cujusmodi est humanus, sed vivens et vere existeras imago, imaginis effectria, qua omnia quae participant, imagines Dei constituuntur. (S. Bas., 1. 5, Contra Eunom.)

2 S. Cyril. Alex., I. XI in Joann, c. 2. - Voir aussi S. Augustin, sermo 185 de Temp. « Il s'écoule dans ses fidèles non plus seulement par la grâce de sa visite et de son opération, mais par la présence de sa majesté ; ce n'est pas seulement l'odeur du baume qui se verse, mais la substance même du baume sacré ».

3 « De même que les corps transparents deviennent eux-mêmes lumineux et rayonnants lorsque la lumière les envahit, de même les âmes qui possèdent le Saint- Esprit sont illuminées par Lui, deviennent elles-mêmes spirituelles et répandent la grâce sur les autres. (S. Bas., De Spir. S. c. IX, n. 23.)

4 Sénèque : Amicitia aut pares invenit aut facit » S. Cyrille : Nous sommes appelés dieux parce que non seulement la grâce nous élève à la gloire surnaturelle, mais encore parce que nous avons en nous Dieu qui y habite et y demeure. (In Ev. Joann., I, 9.)

5 « Creatura Domino suo conjuncta a propria conditione liberatur et in meliorem traducitur... Nos per gratiam dii et filii sumus. » (S. Cyr. In Joan., I. 12, c. 15.)

6 « O admirabile commercium ! Creator generis humani, animatum corpus sumens... largitus est nobis suam Deitatem ! » (Liturg.) — Cf. S. Athan. Serm. 4 cont. Arian., et S. August. Epist. 140 ad Honor. c. 4.

Rp Arintero op+


 

Rédigé par rp Arintero

Publié dans #spiritualité

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