méditation pour la fête de l'Immaculée Conception.

Publié le 29 Novembre 2016

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   L'avez-vous remarqué? dans ses prières et ses chants de l'office de l'Immaculée Conception, l'Eglise remonte plus loin que la création.. Elle applique à la Vierge les paroles inspirées pour le Verbe de Dieu:" Le Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies, avant ses oeuvres les plus anciennes. J'ai été fondée dès l'éternité, dès le commencement, avant l'origine de la terre. Il n'y avait point d'abîmes quand je fus formée, point de sources chargées d'eaux, etc... (Prov. VIII, 22 et suiv.)

  C'est qu'en effet la conception immaculée de Marie au sein de sa mère a eu son prélude au sein de Dieu dans le mystère de la prédestination de Marie. C'est sa conception éternelle, dont sa conception terrestre ne sera que la réalisation.

   Les architectes qui ont tracé les plans de nos merveilleuses cathédrales, en ont d'abord conçu l'idée; ce premier dessin, leur imagination l'a enrichi de lignes et de dentelles; et un jour, la cathédrale entrevue s'est dessinée dans leur esprit, svelte, fleurie, vivante, comme s'ils avaient eu la réalité sous les yeux.

   Toutes oeuvre de nos mains a d'abord ainsi son épanouissement dans l'intelligence, qui lui fixe son but, l'adapte à sa destination, décide sa réalisation; et c'est pour cela que nous appelons oeuvre d'intelligence ce qui ne semble à première vue que le travail de nos bras.

   Pareillement Dieu a conçu d'abord le chef-d'oeuvre de sa création, la Très Sainte Vierge Marie. Marie a habité la pensée divine avant d'habiter notre race. C'est en Dieu qu'il nous faut commencer de la contempler.

   Haute contemplation, certes, que celle qui va nous introduire jusque dans les pensées et les conseils de Dieu, mais combien pratique aussi, puisqu'elle va nous faire rejoindre dans la prédestination de Marie notre propre prédestination et nous donner de voir dans la parfaite correspondance de Marie aux desseins de Dieu sur elle, l'exemple de notre fidélité à toutes les vues de la Providence sur nous.

   Donc, de toute éternité, Marie est présente à l'esprit de Dieu; de toute éternité Dieu l'a pensée, l'a voulue, l'a décidée; de toute éternité il a tracé le dessin de sa vie, fixé les traits de son visage, réglé les mouvements de son âme. Bien plus cette prédestination éternelle de la Très Sainte Vierge occupe le premier plan des pensées divines. Ne fait-elle pas partie, et partie nécessaire, indispensable, essentielle, du grand dessein d'amour que Dieu poursuit à travers toutes ses oeuvres, je veux dire le salut éternel des âmes par la vie et la mort de son divin Fils?

   Dieu veut nous sauver et nous sauver par le sang de son Fils. Mais ce Fils de Dieu, Dieu comme son Père, c'est-à-dire pur esprit, invisible, impassible, immortel, a besoin, pour remplir cette mission, de revêtir une robe de chair qui lui permette d'habiter visiblement parmi nous et de s'offrir un jour à la souffrance et à la mort.

   Sans doute, Dieu qui a créé Adam et Eve immédiatement dans la force de l'âge pourrait pareillement lui pétrir de ses propres mains un corps semblable au nôtre et l'introduire au milieu de nous sans parents, sans ancêtres, sans généalogie humaine. Mais cette possibilité de sa toute-puissance va à l'encontre des décisions de sa sagesse. Dans ses desseins, ce n'est pas un étranger qui doit nous sauver, une nature formée à part d'une manière différente de la nôtre, un être tiré d'un autre fonds que celui de l'humanité. Notre sauveur sortira de nos rangs, il appartiendra à notre race, il sera la chair de notre chair et l'os de nos os. Et puisque de hautes convenances nous font comprendre qu'il ne puisse avoir d'autre père que celui qui est dans les cieux, il faut bien qu'il ait une mère qui lui communique notre nature, qui soit le lien vivant qui le rattache à la famille humaine, qui permette que s'accomplisse l'oeuvre du salut par un Dieu fait homme et homme véritable.

Ainsi, de toute éternité et avant toute autre créature, Dieu pense à Marie, comme à la mère nécessaire de son Fils incarné.

   Et pour l'adapter à cette sublime mission, il la veut toute belle, très sainte, incomparablement riche des dons de sa magnificence. En elle, c'est une vision magnifique qu'il a sous les yeux: ce grand et divin monde de Dieu, qui éclipse et laisse dans l'ombre le monde des infiniment grands et des infiniment petits qui constituera l'univers matériel, et le monde lumineux des choeurs innombrables des anges, et le monde plus resplendissant encore de la sainteté, de la sainteté du ciel et de la terre, de la sainteté de tous les temps et de tous les lieux, de la sainteté virginale des anges ou héroïque des martyrs.

Et la nôtre?

   Elle fait partie des mêmes projets. Car si, de toute éternité, Dieu pense à son Fils fait homme et à celle qui sera sa mère, de toute éternité aussi il pense à nous tous, que par Jésus et Marie il veut racheter, remettre en grâce, s'unir à nouveau après la séparation du péché.

   Pour reprendre la comparaison de l'architecte, cet artiste divin veut une restauration du monde. Dans le plan qu'il en a conçu, Notre Seigneur Jésus-Christ sera la clef de voûte qui maintiendra et couronnera la solidité et la beauté de l'édifice, Marie, l'arceau multiple et gracieux qui mènera et unira à cette pierre centrale toutes les parties du mouvement; et chacun d'entre nous, suivant sa vocation, la pierre d'angle ou de milieu, le motif d'ornementation ou les matériaux de construction, la partie apparente ou cachée dont l'ensemble achèvera l'oeuvre divine. 

   C'est l'image qu'emploie et que développe, dans ses différentes épîtres, l'apôtre S. Paul :" Vous formez l'édifice Divin. Dei aediicatio estis. "

   Parce que l'intelligence divine n'est pas, comme la nôtre, lente pauvre en inventions, susceptible toujours d'enrichissements nouveaux, ce n'est pas au jour le jour, par à coups que Dieu a entrevu le plan de cette oeuvre grandiose, mais d'emblée,  que son génie en a dressé l'ensemble et le détail, et dans la plus parfaite harmonie de toutes les parties entre elles.

   Ainsi de toute éternité, en même temps qu'à Jésus et Marie et par rapport à eux, Dieu songe à nous. Oui, nous aussi. Dieu nous a prédestinés dès le commencement; nous aussi il nous a pensés, aimés et voulus de toute éternité, nous aussi, si je puis ainsi m'exprimer dans l'inexprimable mystère de la prédestination, nous aussi, tous, qui que nous soyons, à un moment du moins, Dieu nous a vus tout purifiés du sang de son Fils, tout parfumés de sa grâce, tout rayonnants de sa gloire. 

   Car Dieu nous a tous faits pour le ciel; il ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive; il s'incarnera, il souffrira, il mourra pour tous les hommes sans exception. Même les âmes les plus noires, même les damnés des ténèbres éternelles ont été, à une minute des pensées de Dieu, des âmes blanches et des âmes de lumière.

     Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé?

   N'accusez pas Dieu de cette déchéance! Perditio tua ex te Israel: notre malheur et notre damnation ne peuvent venir que nous, de ce que nous ne répondons pas à ces premiers desseins de Dieu sur nous.

  Méditions ce mystère, la parfaite correspondance de notre mère à sa prédestination, afin d'entrer nous aussi, à son exemple, dans toutes les vues de Dieu sur nous.

 

mr l'abbé  

aumônier st Placide.

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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