du sacrement du mariage.

Publié le 11 Juin 2017

aux futurs mariés, beaucoup de bonheur !

 

   Ironie des symboles. Dans la théologie spirituelle, le mariage, les noces mystiques marquent l'extase, l'étape suprême des vies saintes.

L'épithalame de Yahweh et la synagogue est célébré en strophes ferventes par les prophètes. Les vierges sages rejoignent l'Epoux en la vigile des noces éternelles. Le Christ passe au doigt de sa fiancée, Catherine de Sienne, l'anneau de leurs épousailles. Or, l'on voit tout le peuple des époux et des épouses de chair qui déclinent l'invitation au festin nuptial du Roi :" J'ai pris femme, et donc je ne puis venir" .

   Le mariage est l'apologue de la sainteté dans les deux Alliances: sous la Loi de crainte et sous la loi d'Amour.  Or des consciences chrétiennes ont créé cette parabole amère que leur mariage soit pour les époux une renonciation fatale à la sainteté. 

   Le P. Doncoeur remarquait naguère avec une mélancolie troublante que dans le cortège liturgique du sanctoral bien peu d'époux défilent la main dans la main. Dans les fêtes de l'Eglise, jour après jour, les martyres au nimbe rouge et les pècheresses aux tresses dénouées se pressent avec les moniales au voile consacré et les veuves au béguin blanc.

   Hormis quelques couples royaux, la légion des époux et des épouses renonçant aux gloires de la canonisation , accèdent à la dernière demeure du Royaume par une voie médiocre et plane, sans le tourment des héroïsmes et des miracles.

   On pourrait sans doute expliquer ce fait dans l'histoire de l'Eglise qu'il y ait si peu de saints couronnés ensemble chez les chrétiens mariés. Expliquable, ce reste un fait douloureux qui semblerait, ou confirmer les vieilles théologies pessimistes du mariage, ou solliciter peut-être ces mystiques  séduisantes d'un amour de l'Eden ou du cinéma.  Avec toute ma conscience de prêtre et avec tout l'optimisme chrétien; en pensant à ces saints ignorés: celle qui est ma mère et ce travailleur obscur qui est mon père, et qui un jour furent de jeunes épousés tressaillant dans un rêve de bonheur et de foi qui ne les a point trompés , je me refuse de toutes mes forces à croire que ce sacrement qui est grand soit une embûche et une dérision pour la sainteté.

   Chez saint Thomas d'Aquin, l'organisme sacramentaire chrétien est illustré de l'intérieur par un recours à l'analogie de la vie organique et sociale, c'est-à-dire à l'aide d'une nature qui existe et dont on connait en partie les fonctions.

  Une vie qui naît, c'est le Baptême. Une vie qui grandit, et c'est la Confirmation. Une vie qui se nourrit et c'est l'Eucharistie. Une vie qui atteint la perfection de la fécondité au  service de la société et du Royaume et c'est le Mariage.

   Non, les époux ne sont pas des étrangers ni des hôtes de passage, mais vraiment les concitoyens des saints: ils sont - et je consens que je sollicite l'exégèse en parlant de la sorte - ils sont les domestici Dei, ceux qui font la domus, la maisonnée de Dieu.

   Le mariage est une vocation, une destinée, ainsi que disent naïvement nos gens: non pas ce fatum de la mythologie et du romantisme, mais un lieu spirituel et terrestre où se noue et s'exprime, dans les aptitudes secrètes et les circonstances et les choix inspirés, la prédestination éternelle des âmes à leur béatitude.

   Vocation personnelle et totale qui saisit l'être dans les sources profondes de l'amour et qui instaure l'amour dans une vie, comme une espèce visible de la grâce et de la fidélité. Hélas! c'est là la plus grande profanation qu'à cause de tant de péchés, de révoltes commis en son nom et sous son masque, on ne puisse penser à l'amour sans scandale.

   Mais l'amour n'est pas ce vertige de fauve qui cerne la proie facile d'un pauvre corps: et la véhémence même de ses débordements dénoncerait encore sa grandeur inassouvie, s'il restait une âme pour la mesurer.

   L'amour, déjà si pur à ses origines dans l'argile de la création et dans le souffle de Dieu , a connu sa Rédemption dans le Coeur de chair du Christ qui a pu dire avec l'élan terrible et la générosité de l'homme qui aime :" Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime."

   Le jeune homme et son élue, un jour, dans la conscience d'un rêve très pur, ou malgré peut-être des émois inconnus ou des remords troubles, ont découvert que leur mariage serait une vocation à l'amour. Ils ont consenti que ce ne fût pas la virginité, que ce ne fût pas le sacerdoce qui devienne l'image de l'amour le plus saint qui se puisse penser; mais que ce fût leur mariage qui symbolise l'amour du Christ et de l'Eglise :" Vous les hommes, aimez vos femmes de même que le Christ a aimé l'Eglise, et s'est livré pour elle... Il la voulait faire paraître devant lui, cette Eglise, glorieuse et donc nette de toute souillure, de rides et autres choses semblables.  Voilà pourquoi l'homme laisse père et mère pour s'attacher à sa femme et ne faire plus, à eux deux qu'une seule chair. Ce mystère est grand, mais moi je dis par rapport au Christ et à l'Eglise.

   Le prêtre et les époux se partagent les dimensions du Corps mystique.  ... Le prêtre exerce un pouvoir sur un sacrement de Chair et de Sang, sur un sacrement d'amour qui est gage d'immortalité. Les époux sont liés dans un sacrement de chair et d'amour pour peupler le Ciel d'élus.

   Après la parole sur le pain , il n'a pas d'action de l'homme qui appelle plus impérieusement et plus intimement l'action de Dieu, que cette attente d'une âme dans les corps que les époux pétrissent de leur chair même. Dieu a partagé avec l'homme sa création et sa rédemption, et la chair et le sang " pourront hériter le Royaume des Cieux " parce qu'il y a l'Eucharistie et le Mariage.

   Par leur mariage, les époux entrent dans cet état de leur vie qui fera oeuvre de vie, et ils instaurent le lieu de leur service et de leur vocation à l'amour: leur maison. Ils ratifient que le Christ ait puisé ses plus belles paraboles du Ciel dans leur maison et dans leurs humbles besognes domestiques :" Le Royaume des Cieux est semblable à une femme qui a perdu une pièce de monnaie et qui allume la lampe et qui balaie la maison jusqu'à ce qu'elle l'ait trouvée... Le ciel est comme cette mère de famille qui met du levain pour que le pain fermente et lève; il est comme cet homme qui fait ses semailles au printemps, qui invite des amis à la fête de sa maison, qui engage des ouvriers.... "

   L'homme et la femme qui se donnent la main dans un serment à la face de l'Eglise ont joint leur prédestination dans une grâce désormais commune et mutuelle.

   Quand l'homme dit à la femme et quand la femme dit à l'homme :" Je t'accepte" , ils sont devenus les artisans de leur grâce et de leur sainteté.  Je t'accepte pour te sanctifier dans ton amour par le mien, dans la fécondité de notre chair unie, dans le lieu de notre maison. Ce n'est pas seulement la foi, c'est une foi qui sera fidélité mutuelle et confiance unie au Dieu qui les joint: ce n'est plus seulement l'espérance, c'est une providence conjointe de la paternité et de la maternité; ce n'est plus seulement la charité, c'est l'amour de l'autre devenu plus prochain à soi que soi-même dans une destruction surnaturelle de l'égoïsme.

   Au jour de leurs noces, les époux ont reçu tout l'équipement de leur sainteté, mais d'une sainteté de l'amour et de la fécondité dans leur maison.

Le père, la mère, l'enfant : ce sont les trois espèces visibles, efficaces et durables de la grâce du mariage chrétien. Les époux furent ministres et continuent d'être les artisans de leur sacrement. Leurs fidélités muettes et les dévouements prodigieux de leur amour devenu charité; leur amour qui s'est fait chair et âme d'enfant, les unissant en exigences nouvelles et dans leurs suprêmes énergies ; les tâches très humbles de la maison où une reine loyale et sublime peut se montrer maternelle même avec son époux, tout peut et doit devenir sacramentel: tout peut prolonger l'Incarnation dans l'humain le plus ineffable.

   Vous, mon frère et ma soeur, croyez à votre sacrement qui est grand. Vous ne serez ni thaumaturges, ni pénitents, ni contemplatifs, ni réformateurs, ni fondateurs d'Ordre.. Vous ne serez ni persécutés, ni bafoués, ni exilés, ni exaltés dans des tâches ardentes et victorieuses. Mais vous serez des saints. D'une sainteté ignorée et qui s'ignore, sans auréole et sans hommages, sans oeuvre que votre oeuvre de chair et de grâce.

    Consentez seulement que vos noces terrestres soient votre premier pas dans un cheminement ensemble vers la Maison des noces éternelles. Domestici Dei.

 

+ rp Audet . op

 

  

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

Repost 0
Commenter cet article