de l'Apocalypse .

Publié le 30 Octobre 2017

    Jean pleurait, il pleurait aussi, il pleurait en plein ciel où il avait été transporté , après qu'une vision du Fils de l'Homme lui eut fait connaître les louanges et les réprimandes méritées par ses sept églises d'Asie. Il pleurait parce que, prévoyant l'imminence d'une bourrasque de  persécutions dont lui-même l'exilé, était la victime anticipée, il lui était impossible de lever le voile de l'avenir .

      Tout autour de lui, ce n'était pourtant que sécurité dans la gloire; Sur un trône soutenu et entouré par des êtres formidables et vénérables qui sont les agents de la Providence dans la création et l'histoire, Dieu lui-même siégeait, forme baignée d'une suave lumière d'aurore sous un arc-en-ciel d'émeraude; car, ainsi que le dit un vieux commentateur grec, " la nature divine est toujours verdoyante et en fleurs "  . Mais d'autre part, il sortait du trône " des éclairs et des voix et des tonnerres " , en contraste avec ces symboles de miséricorde.

Et la main de Dieu tenait un livre, celui où sont consignés tous ses décrets sur l'avenir des hommes. Or ce livre est scellé de sept sceaux. Personne, même parmi les créatures célestes, ne peut l'ouvrir ni même y fixer les yeux . Jean se lamente de ne pouvoir en deviner le contenu. Quels jugements de salut ou de colère tient-ils cachés?

    Personne ? Mais si; quelqu'un a surgi au milieu du cercle inabordable., il a pris le livre, il va l'ouvrir, c'est lui qui va diriger l'exécution de tous les décrets. Cet être c'est Jésus, l'Agneau immolé. Alors une jubilation immense embrase le ciel et l'univers, et tout ce qui est capable de chanter chante la gloire et le triomphe du Rédempteur. Lui qui a donné sa vie pour mener les hommes au bonheur, c'est lui-même et nul autre qui a pris entre ses mains toute leur histoire future. Et il révèlera à ses fidèles ce qu'il leur est bon d'en connaître. Alors le coeur de l'exilé Jean est raffermi; il sait - telle est la vue fondamentale, virilement optimiste, de son Apocalypse - que rien n'arrivera dans le monde sinon pour assurer le bien de l'humanité rachetée, à la gloire de Dieu et de l'Agneau .

 

     Sur le double plan céleste et terrestre, se déroulent deux séries de scènes qui sont en violent contraste . Au ciel, tout est immuable et radieux; les prières des saints y montent continuellement, elles s'élèvent comme une fumée d'encens au trône divin, et donnent l'essor à des voix d'anges radieux qui ont charge d'en réaliser l'exaucement: des choeurs intermittents célèbrent le salut qui progresse toujours.

     Mais sur terre, il n'apparait cependant d'abord qu'un déchaînement d'affreux malheurs, guerre, peste et famine, tremblements de terre, révolutions. Le Dragon, le vieux serpent ennemi du genre humain, y est tombé précipité par Michel, après la glorification du Christ; et là, invisible, il tord dans les convulsions sa queue qui a balayé du firmament le tiers des étoiles, tandis que, sinistrement visibles, ses deux suppôts, la double Bête-Antéchrist, sous la forme temporelle et la forme spirituelle y tyrannisent et séduisent l'humanité, qui adore le représentant du Dragon et blasphème Dieu sous les fléaux qui la châtient . L'intervention de l'Agneau immolé n'a t-elle donc fait que précipiter la colère ? Non, ce n'est là qu'une apparence.

 

Avant chaque série de fléaux, une vision de bon augure (le premier cavalier du chap VI, le premier Ange (du chap . XIV,..) montre le but que Dieu poursuit à travers ces rigueurs: c'est l'établissement de son Règne, le progrès de l'Evangile, le salut des hommes.

Sans doute les fidèles, au milieu des cataclysmes, souffrent comme les autres dans leur existence temporelle, ils sont même durement tentés; mais Satan ne les vaincra pas, parce qu'ils l'ont eux-mêmes vaincus (ch. XII,11)

Un signe divin imprimé sur leur front les réserve pour le bonheur définitif. (ch. VII) , La Femme allégorique qui est l'Eglise leur mère (ch. XII)  poursuivie en vain par le Dragon, demeure en sécurité dans la solitude de la vie intérieure; et ses fils, du milieu de la "grande tribulation", se pressent déjà :' Votre vie de citoyens est au ciel;" ils sont rangés autour de l'Agneau, face à l'armée des Bêtes, à Gog et Magog, sur la montagne symbolique de Sion (ch. XIV, XX), ou réfugiés dans le sanctuaire du temple. (ch. XI)

Le jour viendra , il approche où " Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux", dans la célébration éternelle des noces de l'Agneau avec Jérusalem (ch. VII, XX ...) Et en attendant, par la vie de la grâce " résurrection première ", ils règnent déjà spirituellement.

    L'infaillible victoire de Dieu, ce sera la victoire de ses saints. Leurs prières continuelles pour que son Règne arrive amènent, comme cause seconde , l'avènement du Verbe triomphateur qui aura raison des Bêtes et du Dragon. Pourtant elles n'empêchent pas le déchaînement de maux effroyables. Mais ce sont les soubresauts d'agonie du Dragon vaincu dès le premier avènement du Christ.

   Bien plus Jean a osé communiquer (ch. VIII, 3-5-) une vision  étrangement dramatique, dont le sens est que les fléaux destructeurs sont le premier résultat des prières réclamant le règne de la paix divine.  Ce sont les charbons de l'encensoir céleste, oui, du même encensoir qui a dégagé le parfum irrésistible des prières terrestres, ce sont ces charbons qui, jetés sur la terre, la marquent pour les ravages que vont évoquer les sonneries des trompettes angéliques.  - trompettes du jugement continu au long de l'histoire. Singulière contradiction à première vue. Mais on peut comprendre.

Que demandent-ils les "saints", sinon que le Règne du Christ arrive?  " Viens , Seigneur Jésus!" et vienne avec Toi le bonheur, pour le temps et l'éternité!

D'avance ils acceptent toutes les conditions que la Sagesse infaillible de Dieu sait les mieux appropriés à l'arrivée prompte et intégrale de ce Règne. Or il y a des obstacles, l'opposition irréductible des Bêtes et de leurs adorateurs obstinés, qui doivent d'abord être abattus; il y a , même dans les meilleures âmes, des barricades secrètes dressées contre le progrès de la grâce, que seule fera tomber la lumière qui jaillit des épreuves. Dieu va au plus court pour combler les désirs des siens. C'est pour cela qu'il laisse Satan exciter ces bouleversements où les agents du mal se heurtent et sont détruits les uns par les autres;  Babylone, c'est-à-dire la domination de la Rome païenne, le grand ennemi au Ier siècle, sera mise à mal par d'autres suppôts de la Bête qui grandiront à ses dépens, et c'est un présage de ce qui arrivera toujours au cours des âges.

Jusqu'au jour où le glaive du Verbe (chXIX) qui est surtout la prédication évangélique, détruira les Bêtes elles-mêmes, qui symbolisent tout le dynamisme infernal. Cette victoire sera complète au temps de la Parousie, ou Second Avènement. D'ici là, les horreurs et les calamités peuvent sembler ne faire autre chose qu'exaspérer les péchés et les blasphèmes des hommes, et préparer malheur après malheur.

    L'Eglise en souffre dans sa chair, dans ses enfants, pourtant elle passe toujours vivante au milieu des désastres, et le spectacle de cette durée indestructible (ch XI: l'activité et la résurrection des deux Témoins), plus efficace que n'ont été en eux-mêmes les châtiments, agrandit toujours son empire en extension ou en profondeur. Viendra le temps où la moisson du genre humain sera mûre à point  (ch. XIV 15-16) pour que se produise la résurrection bienheureuse de tous les élus.

    Quand viendra-t-il ce jour? Dieu le sait.

Les fidèles acceptent ce plan de Dieu, avec toutes ses conditions, et prient sans cesse pour qu'il se réalise exactement comme Dieu l'a établi.  Heureux celui qui sait et accepte cela! Déjà il possède " l'étoile du matin" (ch. II,28) , il voit poindre et grandir l'aurore; il entend Jésus frapper à sa porte et demander accueil à sa table (ch. III, 20), il prend conscience du " nom nouveau" que connaît seul son heureux porteur (ch. II,17), et goûte secrètement, adoucissant toute amertume personnelle ou publique, les fruits de l'arbre de vie, il s'abreuve quand il veut aux sources de la vie (ch. XXII,17)

Aussi quoi qu'il arrive sur le plan terrestre, il attend dans la confiance.

Telle est la leçon de l'Apocalypse. Il n'y en a point d'autre, parce qu'elle suffit à ceux qui ont une foi vive. Jean a écrit sa rude et tendre prophétie pour soutenir leur courage :

" Heureux celui qui lit et qui entend." (ch. I,3)

rp Allo op +

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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