dernière très belle homélie de mgr Castet . évêque émérite de Luçon.

Publié le 23 Octobre 2017

" soyons fiers de la Croix de Notre-Seigneur Jésus Christ . Dieu seul suffit. "

 

nb : erreur sur la vidéo, il s'agit bien du mois d'Octobre et non de Novembre..

Dimanche 22 octobre 2017 - Homélie de Mgr Castet, en la cathédrale Notre Dame de l’Assomption, en la fête de St Jean-Paul II.
 
Bien chers frères dans le Christ,
Dieu nous donne de célébrer cette messe au jour où l’Eglise fait mémoire du Saint Pape Jean-Paul II.
 
Celui qui a croisé nos pas en Vendée, lorsqu’il a souhaité se recueillir auprès du tombeau de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, a profondément marqué et inspiré mon engagement sacerdotal.
Sa personnalité rayonnante, l’exigence de sa vie spirituelle, la clarté de ses enseignements, son témoignage vigoureux, sa grande confiance dans l’avenir, fruit d’une Espérance inébranlable ainsi que son appel à l’urgence de la mission ont déterminé les choix que j’ai posés dans les ministères que la Providence m’a confiés.
Evoquer celui que l’on a qualifié de « grand » mériterait que l’on s’attarde au-delà du cadre nécessairement restreint de l’homélie. Je ne retiendrai cet après midi que quelques éléments, certes incomplets, qui me semblent le caractériser tout en interrogeant notre état de disciple missionnaire.
Je les cite :
- un amour passionné, quasiment charnel de sa terre et de notre terre
- « le soldat du Christ » au sens paulinien de l’expression
- le héraut de la Vérité
- le disciple présent au pied de la croix
- le docteur précis, clair et courageux.
 
Un amour passionné, quasiment charnel de sa terre et de notre terre
 
L’on prête à Bernanos, évoquant le terme de son pèlerinage terrestre et pressentant l’inévitable éloge pieux qui l’accompagnerait, cette affirmation impertinente : « Surtout, n’oubliez pas de dire que j’ai beaucoup aimé cette terre ».
Le Saint Pape Jean-Paul II a beaucoup aimé ce monde. Il a beaucoup aimé ceux et celles qu’il lui a été donné de rencontrer. Il a témoigné, à maintes reprises, d’amitiés fécondes qui lui ont permis de se construire. Ses fidélités ont été forgées dès le temps de la jeunesse dans le cadre d’une patrie saccagée successivement par deux idéologies violentes, dogmatiques, froides et mensongères.
 
Loin de se laisser broyer par ces forces aveugles et insensées, refusant de devenir selon le mot d’un prix Nobel hongrois de Littérature, un « être sans destin », il a perçu au sein des ténèbres le message du Christ, soleil levant, lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Lui seul illumine et donne sens ! Rien ne peut le masquer aux yeux de celui qui persévère, ni le mensonge, ni la bêtise de ceux qui aboient avec les loups, ni même la mort.
Fils d’une patrie dont la culture s’est élaborée à l’intérieur de l’acte de foi, purifié à l’épreuve du feu, guidé par des témoins courageux intrépides et fidèles, il a constaté très tôt que lorsque l’on touche à l’essentiel, le compromis équivaut à la trahison.
 
Il a aimé sa terre, ses paysages, son âme et sa culture. Il a compris son histoire, non pas à la manière des médiocres qui considèrent le temps court et l’immédiateté, mais en tenant compte de la longue durée, qui seule permet de percevoir l’œuvre de Dieu. Ainsi, il n’a jamais succombé à la tentation de confondre les épreuves inévitables et la fin du monde.
 
Comment un tel homme, saisi par Dieu, mais prenant au sérieux la réalité de l’Incarnation n’aurait-il pas aimé ce qui fait la joie des hommes : le goût du beau, les amours fondateurs, la fécondité de l’amitié, la mémoire des jours heureux, la splendeur de la création, telle que seul celui qui la découvre dans l’effort peut la percevoir.
 
Certains affirment que l’amour d’une terre, la prégnance des souvenirs et l’attachement aux racines rétrécissent l’esprit et limitent l’aptitude à comprendre l’universel ou même les différences.
 
Bien au contraire, seul l’homme qui sait dire d’où il vient parce qu’il aime, qu’il se souvient et qu’il compatit, est capable d’ouvrir son cœur à l’universel. Campé dans une identité solide, il peut comprendre l’autre sans céder à la peur irraisonnée de la rencontre. Ce qui est juste de la relation humaine, l’est aussi dans le domaine intellectuel et dans celui du débat d’idées. La personne qui reconnait paisiblement son identité connait les raisons de sa sécurité et peut alors affronter les contradictions et les débats de manière sereine. Bref, seul celui qui admet et aime sa singularité peut prétendre à comprendre l’universel.
 
Méfions-nous des hommes qui se déterminent dans une froide logique, sans famille, sans amis, sans patrie. En négligeant l’enracinement humain et les affections qui, seuls permettent de saisir et de comprendre l’intime, ils risquent de conduire le monde au désastre dans l’obéissance à de froides utopies nées de l’imaginaire d’une introspection désincarnée.
 
Dans quelques jours, le monde se souviendra avec tremblement de la révolution d’octobre, pathétique évènement suscité par une mécanique froide de la pensée. Pendant des décennies, l’humanité a été broyée au nom d’une conception désincarnée et mécaniste de l’histoire. Dieu nous garde d’une telle dérive ! Ne l’oublions jamais, l’homme désincarné devient rapidement un homme sans Dieu.
 
Le soldat du Christ, au sens paulinien du terme
 
Comment, en considérant le ministère du saint pape Jean-Paul II ne pas songer à l’injonction paulinienne : « Saisissez-vous de l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais, vous puissiez résister et demeurer debout, ayant tout mis en œuvre. Debout donc ! A la taille, la vérité pour ceinturon avec la justice pour cuirasse et comme chaussures aux pieds, l’élan pour annoncer l’Evangile de la paix. Prenez surtout le bouclier de la foi, il vous permettra d’éteindre tous les projectiles enflammés du malin. Recevez enfin le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c'est-à-dire la Parole de Dieu » Eph 6,13/17.
Docile à ce conseil de l’apôtre Paul, le Saint Pape a compris, vécu et enseigné la tonalité exhortative du Concile Vatican II, dont il a été l’un des acteurs principaux. Comment en effet, l’Eglise pourrait-elle être fidèle à l’intention fondatrice du Maître, si elle oubliait que sa mission première est d’annoncer aux hommes à temps et à contre temps le Salut apporté par Jésus Christ ? « Allez donc de toutes les nations, faites des disciples et baptisez-les, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » (Mt 28, 19)
 
Dès sa première apparition au balcon de la basilique Saint Pierre de Rome, au jour de son élection au pontificat suprême, le pape Jean-Paul II lançait cette imploration évangélique, qui résonne, de l’annonce de la nativité à l’entrée du tombeau vide. Elle deviendra rapidement le leït-motiv emblématique de tout son pontificat : « Ne craignez pas
 
Il ne s’agit pas seulement d’une parole réconfortante, comparable à celle de l’ami bienveillant soutenant un proche abattu. Elle apparaît comme une parole d’Espérance, fondée sur une foi vive dans le Christ, vainqueur de la mort. Disciples du Maître de la vie, rien ne saurait nous effrayer : « si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? ».
 
Ne craignez pas. N’écoutez pas les prophètes d’un monde qui meurt et qui veulent vous condamner à devenir les gestionnaires tranquilles d’une réalité qui s’étiole.
 
Ne craignez pas. Vous tenez entre vos mains le trésor inestimable recherché par tout homme, même s’il semble l’ignorer ou le rejeter. Certes, autour de vous des voix s’élèvent, invitant à baisser les bras ou à vivre de petits mais lâches compromis qui ne constituent que les prémices de la renonciation. Ne les écoutez pas.
 
Ne craignez pas. Celui qui a fait irruption dans la vie de tant d’hommes et de femmes, bouleversant projets, perspectives et compréhensions, Celui qui a conduit tant de ses amis à exprimer le sublime dans la vie quotidienne, mais aussi par l’incomparable beauté de la sainteté, Celui qui a permis aux esprits d’exception de transcrire le message évangélique dans l’art ou dans la création littéraire, comment ce Jésus ne pourrait-il plus intéresser aujourd’hui les hommes de notre temps ?
 
Au point où parvient notre réflexion, une question radicale se pose : est-ce bien Lui que nous annonçons ? Ou bien nous contentons-nous d’une pâle image, conforme à l’esprit du temps. Souvenons-nous de la prédication enflammée de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.
Elle nous prémunit contre toute conformité à la pensée commune : « Les mondains s’écrient : la vie, la vie ! La Paix, la paix ! La joie, la joie ! Mangeons, buvons, chantons ! Dieu est bon ! Dieu ne nous a pas crées pour nous damner. »
 
Parlons-nous véritablement avec les mots de Jésus ? Agissons-nous à sa manière ? Aimons-nous comme Il aime ? Il n’y a pas d’autre chemin pour l’évangélisation que la conformité à la parole du Maître : « Celui qui veut venir derrière moi qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Ne nous laissons pas piéger par un discours qui craint de bousculer, sinon jamais nous ne révélerons aux hommes la Sagesse véritable. Au cœur de la mission, nous ne devons garder qu’une seule préoccupation : revenir au cœur de la foi et annoncer clairement la bienheureuse Espérance.
 
Pasteur infatigable, le saint pape Jean-Paul II a multiplié les rencontres, les initiatives, les actes courageux et prophétiques. Sachant qu’ils sont bien vite oubliés, il n’a pas tenu compte des avis des prophètes de malheur, ceux qui se contentent de considérer l’avenir de l’Eglise à l’aune de l’analyse sociologique, dans un regard trop humain.
Avançant hardiment, faisant fi des critiques des tenants du « On l’a déjà fait » ou du « cela ne marchera jamais », il a su mobiliser les forces nécessaires pour susciter l’élan de la nouvelle évangélisation, invitant tout disciple à devenir disciple missionnaire et le plaçant dans la perspective d’une Eglise en croissance.
 
Le héraut de la Vérité
 
Confronté dès sa jeunesse, aux idéologies de l’illusion, de la violence et du mensonge, le jeune Karol a entrevu très tôt la splendeur de la Vérité. Cette illumination a nourri sa foi, fortifié son espérance et stimulé sa charité.
 
Aujourd’hui, il n’est pas de bon ton de parler de la Vérité. Les idéologies païennes nous ont habitué depuis des décennies à user des termes fondateurs en utilisant le pluriel afin d’imposer insensiblement le relativisme de la pensée. Ainsi l’on parlera plus volontiers des vérités.
 
Avec le primat proclamé de l’expérience subjective, seuls les points de vue personnels découlant des expériences multiples paraissent avoir droit de cité. Dans cette perspective, toute vérité devient flexible, stratégique et se contente d’exprimer le fait social et ses évolutions.
 
Notre compréhension chrétienne de la vérité est radicalement différente. A la question goguenarde et sarcastique de Ponce Pilate : « Qu’est ce que la Vérité ? » Jésus répond comme par anticipation « Je suis le chemin, je suis la vérité …», affirmant par l’emploi du « Je suis » biblique que la vérité se trouve en Dieu. Par Jésus, icône du Père, celle-ci est dévoilée au monde, par Lui nous sommes conduits jusqu’à elle.
 
Quelle est la nature de cette vérité ? Elle ne constitue pas une réalité univoque que l’on peut totalement appréhender, à la manière de ces vérités scientistes que l’on découvre dans l’exercice d’une froide logique formelle.
Par ailleurs, le Christ prémunit ses amis contre la tentation d’une vérité construite dans la confrontation des points de vue. Souvenons-nous, à Césarée de Philippe, après que chacun ait énoncé ce qu’il a cru comprendre, sa parole se fait tranchante lorsque Pierre le reconnait comme Messie « Ce n’est pas la chair et le sang (pour parler clair : ton humanité ou ton point de vue) qui t’a révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » Mt 16-17
 
La Vérité dont nous parlons est donc reçue de Dieu, révélée par Jésus Christ, transmise par l’Eglise assistée par l’Esprit Saint. Saint Thomas d’Aquin nous éclaire au début de la Somme théologique : il affirme substantiellement que la vérité n’est connue que de manière allégorique, c'est-à-dire véritablement désignée et nommée, mais jamais totalement saisie. Autrement dit, tout en étant orienté dans la juste direction, nous demeurons toujours en-deçà de l’objet désiré, sans jamais le posséder. Nous entrevoyons donc sa splendeur, mais notre esprit demeure insatisfait dans un désir de toujours mieux connaître et comprendre. Ainsi nous pouvons discerner le vrai, l’enseigner et éviter les errances, sans avoir pour autant la prétention de le posséder.
 
En fait, le juste mode de connaissance de la vérité s’apparente à la contemplation. Il ne peut demeurer cérébral, puisque dans la rencontre du vrai nous sommes transformés par Celui qui nous le révèle. Cette conception de la vérité bouleverse donc nos comportements. Elle nous conduit sur les chemins de la conversion. Ainsi, il n’est pas d’autre voie que d’agir en conscience, c’est-à-dire en conformant notre cœur, notre âme, notre esprit et même notre volonté aux exigences de ce qui nous est révélé par un Dieu qui veut notre bonheur.
 
Le disciple présent au pied de la Croix
 
 
Choisir un blason épiscopal n’est jamais anodin. Celui du saint pape Jean-Paul II est éloquent. Il désigne Marie, fidèle et aimante, mère au pied de la Croix. L’âpreté du monde et les graves circonstances dans lesquelles le Seigneur a façonné et pétri son serviteur aident à comprendre ce choix qui désigne l’heure décisive du Vendredi Saint. Balloté au vent de l’histoire, comment le jeune Karol Wojtila n’aurait-il pas perçu la permanence du mystère d’iniquité surgissant dans l’histoire tourmentée des hommes de son temps ? Eduqué par Saint Louis-Marie à l’école de la Sagesse véritable, celle de la Croix, folie aux yeux des hommes, il a perçu très tôt que tout véritable disciple «achève en sa chair ce qui manque aux détresses du Christ…en faveur de son corps qui est l’Eglise » Col 1-24. Sans participer au mystère de la Croix, le disciple ne peut vivre qu’une apparence de vie chrétienne. Il demeure dans les balbutiements de la vie spirituelle.
 
Ce qui est vrai du destin individuel se vérifie dans la naissance et le développement des institutions chrétiennes. Aucune réussite, comme Jésus l’évoque dans la parabole de l’arbre et des bons fruits, ne procède jamais d’une belle organisation ou d’une action performante : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). Ainsi, c’est bien dans la configuration au mystère de la Croix, par une vie donnée et dans un amour qui ne se reprend pas, que le Seigneur nous pétrit, nous façonne et nous ouvre les portes de la vie.
 
Le Stabat Mater, Marie se tenant debout au pied de la Croix, apparait comme le temps fondateur auquel participe tout disciple authentique. Saint Jean, l’apôtre fidèle figure chacun d’entre nous. Témoin de l’amour suprême de Celui qui donne sa vie pour ceux qu’Il aime, Il reçoit la Vierge Marie pour mère avant de devenir témoin de l’inconcevable, l’amour d’un Dieu qui épouse la condition humaine jusqu’à l’heure de l’épreuve, de l’anéantissement et du désarroi.
Sans cette expérience crucifiante des ténèbres est-il possible de devenir le témoin indéfectible, par delà les épreuves et les contradictions, d’un Dieu dont le cœur aime au-delà de toute limite ? Ecoutons une nouvelle fois Saint Louis-Marie Grignion de Montfort : « Courage ! Si Dieu est pour nous, en nous et devant nous, qui sera contre nous ? Ce qui est en nous est plus fort que ce qui est dans le monde ! » (Lettre aux amis de la Croix)
 
Soyons fiers de la Croix de notre Seigneur Jésus Christ ! Qu’elle demeure dans nos maisons, dans et sur nos édifices chrétiens, à la croisée de nos chemins, dans nos établissements d’éducation, le signe de notre relèvement. Ils ne se trompent pas ceux qui pour rejeter le Christ veulent effacer le signe de la Croix de l’espace public ! Ne craignons pas l’image forte de Celui qui donne sa vie, elle demeure le discriminant entre ceux qui veulent emprunter les larges chemins et ceux qui veulent suivre le Christ.
 
Le docteur précis, clair et courageux
 
L’enseignement riche et multiforme du pape Jean-Paul II nous permet de comprendre les mystères de Dieu et nourrit la foi de l’Eglise. Prenant ses distances avec les théologies simplistes de la discontinuité ou celles des dérives néfastes qui ont confondu, par imprégnation des idéologies dominantes, la liberté dans le Christ et la libération, il a su inscrire sa pensée dans une herméneutique de la continuité de la réflexion chrétienne et dans une juste compréhension du développement organique de la théologie dogmatique. Acteur majeur du Concile Vatican II, il savait combien la réflexion de cette assemblée plongeait ses racines dans une antériorité féconde. Il savait également que l’élaboration théologique comme les modes d’action pastoraux ne pouvaient pas se fossiliser au lendemain de ce moment décisif. La vie de l’Eglise avance, elle épouse l’histoire des hommes, se nourrit des situations nouvelles et ouvre des chemins inattendus sous la motion de l’Esprit.
 
Fin connaisseur de l’histoire de l’Eglise, il savait qu’en tout temps les Conciles n’ont été véritablement reçus et vécus que dans la longue durée. Trop perspicace pour ne pas tomber dans le piège de ceux qui établissent un temps particulier de l’Eglise comme norme, il a résolument ancré sa réflexion théologique dans un dialogue exigeant avec la pensée de son temps et dans une fidélité inébranlable à la longue tradition vivante de l’Eglise.
 
Au jour de sa canonisation, le pape Jean-Paul II a été qualifié de « pape de la famille ». Si cette expression est juste, il a toutefois été beaucoup plus que cela. Il demeurera l’exégète lumineux de l’Evangile de la Vie, liant avec clarté à la suite de son anté-prédécesseur amour et responsabilité.
 
Choisi par la Providence pour exercer le ministère de Pierre, celui qui selon l’avertissement du Seigneur devait être conduit même là où il ne voulait pas aller, il s’est toujours exprimé clairement dans tous les contextes, même défavorables, comme un père exigeant, conscient que la règle de la pensée ne pouvait en aucun cas se trouver dans la recherche de la popularité ou dans la crainte qui conduit à l’acquiescement devant l’agitation tapageuse des faiseurs d’opinion.
 
Par ses nombreux voyages et plus particulièrement par sa grande proximité avec la jeunesse, le pape Jean-Paul II a su rendre l’appel à la conversion, pourtant exigeant, aimable et par là recevable, sans l’édulcorer.
 
Pardonnez-moi deux souvenirs personnels. Je me souviens que, surpris de trouver en 1981 un de mes anciens élèves au grand rassemblement du Parc des Princes, prémices des JMJ, celui-ci a répondu à mon étonnement : « ce n’est pas parce que je ne parviens pas à vivre ce qu’il enseigne, que je ne souhaite pas entendre une parole authentique ». Un dernier mot pour signifier combien ce pasteur infatigable a su toucher le cœur des hommes. Au jour de sa sépulture, je me suis rendu à Rome. Perdu dans une foule de deux millions de fidèles, je rencontre un couple, apparemment atypique, qui me confie avec simplicité et profondeur : « Il est venu chez nous, alors nous sommes venus ».
Permettez-moi pour terminer de retenir l’expression de son regard malicieux, celui d’un homme qui sait que la figure de ce monde et ses certitudes péremptoires passent, emportées au vent de l’histoire.
« Dieu seul suffit ».
N’étant pas un grand familier des mercis qui attirent les bravos multiples, je souhaite simplement et sincèrement vous exprimer ma gratitude pour ces presque dix années passées parmi vous.
Dans les joies comme dans les peines, Dieu m’a pétri selon son cœur.
Que Dieu vous bénisse et vous garde.
 
+ Alain Castet, évêque émérite de Luçon
 
merci , pour le texte. !!!

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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