nos morts .

Publié le 25 Octobre 2017

 

 

                      A qui d'entre nous n'est-il pas arrivé, après la mort d'un ami ou d'un parent aimé, de se laisser surprendre par des regrets bien amers ? " Si j'avais su qu'il était si près de sa fin! Quand je l'ai vu pour la dernière fois, quand nous nous sommes quittés sur des paroles dérisoires, alors, il aurait fallu que je lui parle, que j'aborde avec lui la question de l'avenir et de la mort,  que je recueille ses volontés dernières, que je lui demande pardon, ou, du moins, que je lui exprime je ne sais comment tout cet amour dont nous n'avions jamais parlé et qu'il ignore peut-être! Si j'avais su !  Mais il est trop tard. Oh! quel regret que celui de n'avoir pas pu se livrer dans la vérité , regret qui vous pèsera toujours ! "

                             A cette première impression s'en ajoute une seconde, qui est celle d'un profond, d'un définitif silence. Ce n'est pas un voile, comme généralement on le dit car derrière un voile on voit se profiler des ombres, on entend des murmures, des frôlements. Non c'est une muraille, c'est le roc du sépulcre. Et personne ne soulèvera cette pierre. Mon mort, je ne sais plus ni où il est, ni ce qu'il fait. Et celui qui était hier auprès de moi, aussi ignorant de la vie éternelle que je le suis présentement, perdu comme moi dans des soucis mesquins, il vit dans le royaume de Dieu,  il fait des expériences telles que si jamais il revenait de la mort et qu'il voulût me raconter l'au-delà, il ne trouverait plus dans notre vocabulaire aucun mot pour s'exprimer. Entre lui et moi, quelle différence d'horizon et de vie ! Je suis là, heureux; et peut-être qu'il souffre. Je peine, et il jouit. Pense-t-il à moi? Est-il comme perdu en Dieu?

                                             C'est là que l'Eglise nous console et nous accueille; c'est là qu'elle nous donne satisfaction, sans pourtant percer le mystère qu'il n'est sans doute pas en notre pouvoir d'accueillir. La nature, dit quelque part Hugo, sait le grand secret et elle en sourit . Le Christ aussi, il le sait; et l'Eglise , qui est son visage sourit.

                                           A ce regret devant l'irréparable, l'Eglise répond par sa présence.

                                           Nous ne pouvons plus communiquer avec nos morts, cela est certain. L'Eglise nous le rappelle en nous interdisant ces  expériences qui ne mènent qu'à du trouble: le spirite n'est qu'une caricature du spirituel.

                                  Mais, si nous n'avons plus les moyens de communiquer, nous avons toujours la possibilité de communier avec eux. La communion, c'est la communication dans le mystère; on n'y éprouve rien de sensible, on ne cherche pas même à sentir, mais on s'appuie sur la certitude pure: on a la foi , et cela suffit. C'est la foi, selon l'Epître aux Hébreux, qui nous donne la substance de ce qui est invisible et inapparent. Et l'Eucharistie porte à sa plénitude cette communion avec les morts, car elle nous offre Celui qui est avec eux ou plutôt Celui en qui tous ils demeurent .

                                       Nous pouvons penser qu'en Lui ils nous voient, qu'en Lui ils pénètrent dans ce que nous avons de plus secret, qu'en Lui ils retrouvent ce que nous n'avons pas su leur dire, qu'en Lui enfin ils nous aiment beaucoup mieux que nous ne nous aimons nous-même.

                                          C'est là que l'âme enfin trouve sa paix, quand elle renonce à palper et à correspondre, pour vivre de la foi seule, pour adhérer au Christ et pour attendre.

                                             La présence du Christ est une présence qui n'est pas perçue, et pourtant l'âme chrétienne ne doute pas qu'il soit là. Les sacrements sont comme des organes par lequel l'âme le frôle et le touche. La méditation de l'Evangile ressuscite son image. La vie de l'Eglise nous montre son opération dans les âmes singulières et dans les masses. Enfin, ce n'est point un être du passé. Non, nous ne cherchons plus parmi les morts celui qui est parmi les vivants.

                                                Nos morts vivront et revivront quand nous accepterons de les voir dans le corps du Christ et de les associer à sa vie. Ne les imaginons plus dans le seul passé; ils sont associés à la vie du Christ éternel; ils sont comme des médiateurs qui nous aident à nous rendre intime le Médiateur. Entre eux et Lui un échange d'être se fait. Ils lui donnent de s'enraciner davantage en nous, car à mesure que s'accroît le nombre de nos morts, le Christ nous devient plus substantiel. En revanche, Jésus ressuscite en quelque sorte nos morts en les faisant participer à sa mystérieuse vie: la mutation de leur vie en sa vie en fait d'incomparables présents.

                                          

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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