l'âme du juste.

Publié le 26 Février 2018

   Tant qu'elle vivifiait le corps, l'âme ne savait pas avec une absolue certitude, à moins de grâces mystiques éminentes ou de révélation particulière, si elle était digne d'amour ou de haine; au milieu même des transports de charité, dans la plus ferme espérance en le secours de Dieu, elle devait compter avec sa propre défectibilité; au contraire, en s'adonnant au péché, elle pouvait présomptueusement escompter un pardon dont elle se rendait chaque jour plus indigne.

   Après la mort, par le dégagement des liens du corps, elle est désormais fixée dans l'adhésion à Dieu ou l'aversion de Dieu, dans l'amour ou le refus de l'amour; elle se voit telle qu'elle est, digne d'amour ou de châtiment, de l'accueil divin ou de la répulsion divine.

   En cet état de séparation, l'âme vivant de la charité et de la grâce perçoit le rythme de sa vie en Dieu. Elle prend une conscience immédiate , parfaitement lumineuse, de l'amitié qui la lie à Dieu. Elle se sent , elle se voit aimée parce qu'aimante. Elle perçoit Dieu son Ami, la Trinité glorieuse, habitant en elle, plus intime à elle qu'elle-même et la vivifiant, la sanctifiant par sa divine présence d'amour. Parvenue, au temps de son mérite, par les épreuves et les purifications douloureuses de la vie mystique, aux fiançailles spirituelles, puis au mariage spirituel ou union transformante, qui fait d'elle, dans l'ordre de l'amour une même chose avec Dieu, elle se voit telle qu'elle est, toute pénétrée, toute transformée, toute consumée de ce divin amour, en égalité d'amour en Dieu.

   Elle se voit digne de l'éternelle vision et de la gloire, elle voit de quelle demeure dans la maison du Père elle est digne, elle voit Dieu même et, en lui, ce qu'il est pour elle et ce qu'elle est pour lui. Elle est emportée au sein de Dieu dans les abîmes sans fond de la vie divine.

   A son sujet, il ne saurait être question des choses redoutables évoquées par les termes d'accusation et de sentence.  Le jugement pour cette âme , c'est l'accueil en Dieu par Dieu même, c'est l'élan irrésistible qui la jette dans le sein de la divinité, qui la plonge, qui l'immerge, toute vive et frémissante dans la plénitude de la joie, dans la béatitude même de la Trinité. C'est l'étreinte enivrante qui ne se desserrera jamais plus. C'est le commencement, l'acte inaugural de la possession béatifiante, où elle goûte enfin, en le voyant sans voile, " combien le Seigneur est doux " . C'est la rencontre avec le Christ son Sauveur, avec la Vierge, mère du Rédempteur et mère des rachetés, c'est l'embrassement spirituel de tous les saints parvenus avant elle à la vision glorieuse.

   L'âme du juste, consommée en amour, est en parfaite sécurité. Entre la mort et l'entrée dans la gloire, elle n'a pas un instant d'angoisse sur son sort. Le même acte d'amour durant lequel survint la mort continue, amplifié dans la sécurité de la vision commençante, et ne finira pas. 

   La beauté, la grandeur , le tragique de la mort, ce n'est donc pas ce qui nous frappe, ce n'est pas de quitter ce monde, cette vallée de larmes, ces médiocres biens qui nous entourent, ce n'est pas même le déchirement, si poignant , des coeurs qui s'aiment, ni la dissolution et la décomposition de la chair, abandonnée par l'âme comme une dépouille, mais c'est que l'âme qui quitte ce monde, à l'instant même où elle se dégage, voit fixer son sort éternel et que ce sort dépend uniquement de l'état de justice surnaturelle ou de péché où elle se trouve à l'instant précis de la mort !

 

rp Lavaud op +

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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