histoire d'abbaye .

Publié le 18 Mars 2018

 

 

   L’histoire de l’abbaye Saint-Paul de Wisques (Pas-de-Calais), située à sept kilomètres de Saint-Omer, résume à elle seule les tribulations du catholicisme français depuis plus d’un siècle.

Fruit d’un nouvel élan de la foi à la fin du XIXe siècle pour « relever le glorieux héritage de l’abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer » aujourd’hui en ruine, l’abbaye sera frappée de plein fouet par les persécutions anticléricales du début du XXe.

En 1889, sous l’autorité de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes (Pays de la Loire), une première communauté de moniales s’installe à Wisques dans un « grand château » dont les murs remontent au XVe et au XVIIIe siècles. D’autres moines venus de Solesmes les rejoindront en 1894 et le « grand château » leur sera cédé. Les sœurs déménageront dans un « petit château » non loin. Elles y sont toujours.

Après la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, les moniales et les moines seront contraints à l’exil. Les sœurs partiront en Hollande, les frères, sous-estimant la nouvelle vague anticléricale, préféreront ne pas trop s’éloigner de Wisques souhaitant y revenir au plus vite. Ils se réfugieront d’abord en Belgique, puis feront volte-face dans les environs de Maubeuge pour se rendre finalement en Hollande. Là, ils retrouveront les moniales de Wisques à Oosterhout. Dans la foulée, un monastère s’érigera pensé par le moine architecte DPLG Dom Bellot. Dès 1907, Saint-Paul d’Oostcrhout deviendra un centre intellectuel bénédictin de premier ordre.

 

Pendant la Première guerre mondiale, l’abbaye sera transformée en orphelinat par la Belgique. Il faudra attendre 1919 pour le retour des communautés à Wisques. L’afflux des hôtes et des postulants conduit le père abbé de l’époque, Dom Savaton, à envisager un agrandissement. Il les confiera encore à Dom Bellot, cet architecte de génie, qui su cumuler miraculeusement une vie bénédictine, avec toute la rigueur que cela suppose, et sa profession d’architecte au plus haut niveau international.

Pendant la Seconde guerre mondiale, l’abbaye sera de nouveau occupée, les moines une nouvelle fois chassés, éparpillés selon qu’ils furent mobilisés ou en exil. Il reste des traces d’inscriptions allemandes ici et là sur les murs du côté du réfectoire art déco. À certains endroits, le sol du cloître porte les stigmates du passage d’engins lourds. Mais à la Libération, la communauté est de nouveau rassemblée à Wisques.

Surgit l’effervescence spirituelle de l’après-guerre que couronnera Vatican II. Des moines talentueux se distingueront dans bien des disciplines artistiques : la céramique avec le frère André Bouton (dit Frab), la création d’ornements liturgiques avec le père Houssain, la tapisserie murale avec le père Goossens, le vitrail avec le père Cholewka pour ne citer qu’eux.

Mais le symbole de cette renaissance de l’après-guerre, c’est probablement la remise en état de la cloche dite « La Bertine », sauvée de la destruction de l’abbaye Saint-Bertin à Saint-Omer en 1830 et ramenée à Wisques en catimini. Elle fut bénie en 1470 en présence du dernier grand-Duc de Bourgogne Charles le Téméraire, et sonne de nouveau depuis 1953. On l’entend, paraît-il, par vent d’ouest, depuis Saint-Omer.

Aujourd’hui, l’abbaye Saint-Paul de Wisques a tourné une autre page de sa jeune histoire extravagante, pour ne pas dire baroque. La nouvelle communauté installée depuis 2013, venue de l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault, y perpétue le rite tridentin, une liturgie codifiée à la suite du Concile de Trente (1545-1563) en accord avec le pape Benoît XVI qui a souhaité le rétablir en 2007.

Désormais, en prière, le silence est ponctué de latin, et inversement. La liturgie est d’une beauté incomparable. L’abbaye reste toujours ouverte pour les retraites (préparation au mariage, etc.) en proposant une hôtellerie. Des messes ont lieu tous les jours. Un lieu à découvrir pour méditer aussi sur la force de la prière face au bruit et à la fureur de l’histoire.

O.Segard

 

 

Rédigé par Philippe

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article