fête de l'Ascension .

Publié le 10 Mai 2018

" Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en haut où le Christ demeure assis à la droite de Dieu; affectionnez-vous aux choses d'en haut et non à celles de la terre; car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu.  Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez, vous aussi, avec lui dans la gloire."  (Col. III,1,4)

 

   On comprend très bien l'à-propos et la justesse de semblables exhortations. L'esprit va tout naturellement où le coeur le mène. Et pour l'âme qui aime le Christ, le ciel est le lieu béni où sans hésitation s'envolera sa pensée. Elle sait qu'il est là désormais, qu'il y règne dans toute sa gloire, et qu'un jour c'est là qu'elle-même ira le retrouver. Mais alors comment interpréter cette parole des anges de l'Ascension :" Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus qui, du mileu de vous, y a été enlevé, en viendra de la même manière que vous l'avez vu monter" .  (Act. I, II) ? Ne semble-t-elle pas rappeler les Apôtres aux réalités de la vie pratique et détourner leur attention du ciel, où tout à l'heure saint Paul cherchait plus justement à fixer la nôtre? Non. Et peut-être n'est-il pas difficile d'accorder ce qu'il peut y avoir là d'apparemment contraire?

   Souvenons-nous des Apôtres pendant les trois années qu'il vivent en la compagnie du Seigneur. Ils le suivent dans ses voyages à travers la Palestine. Ils entendent son admirable doctrine. C'est pour eux d'abord qu'il la dispense. Ils sont les proches témoins de ses miracles. Eux-mêmes en son nom guérissent les malades et chassent les démons du corps des possédés. Pierre, Jacques et Jean assistent, émerveillés, à la transfiguration. Tous jouissent de sa présence réconfortante, après la résurrection, présence plus intime, plus divinement douce encore qu'avant sa mort. C'étaient ses derniers jours passés près d'eux sur terre. Il tenait à leur prodiguer, avec ses recommandations suprêmes, ses suprêmes témoignages d'amour. Vraiment il se livre tout entier; mais il ne se livre qu'en se faisant plus que jamais connaître d'eux dans la réalité de son être d'Homme-Dieu. Il amasse là tous les matériaux précieux dont l'Esprit-Saint, au jour de la Pentecôte, fera l' édifice indestructible de leur foi religieuse. Et néanmoins après comme avant la résurrection, c'est à peine si les Apôtres en ont une conscience bien nette. Ils se ressentent toujours du milieu inculte et grossier d'où Jésus les a tirés. Ils ne voient de toutes choses que la surface. Leur intelligence n'est pas assez vive pour entendre le mystère qui leur est proposé. Et c'est un fait que la divinité du Maître n'entrait que très peu dans le champ habituel de leur pensées.

   Gardons-nous de rien exagérer, et n'allons pas croire que l'effort du Christ était resté complètement inopérant. S'ils manquent du courage, à l'heure du danger, c'est qu'ils sont hommes, hélas ! comme nous sommes hommes.

   Mais Jésus s'est fait aimer d'eux. Il se les est attachés par le lien imbrisable du coeur. Le charme de la divine personne a agi sur eux, n'en doutons pas, et pour toujours. Tant de prodiges opérés par lui sous leurs yeux, tant de paroles sorties de sa bouche, plus suaves que la suavité même, et, de son coeur, tant de trésors d'une bonté si forte à la fois et si tendre, enfin son maintien, son geste, son regard, sa voix même , tout en lui n'était-il pas comme l'ombre du Verbe, une ombre légère avec des reflets de lumière divine? C'est constamment dans cette ombre qu'ont vécu les Apôtres. Comment, après certaines oeuvres plus éclatantes, n'auraient-ils pas senti dans le Christ la toute-puissance d'un Dieu (Luc VIII,35) Et pouvaient -ils fermer leur coeur à la révélation que le Père y faisait de son Fils (Matt. XVI,17) ? Certes ! ils croyaient qu'il était "le Christ, le Fils du Dieu vivant " (Mat. XIV, 33 XVI, 16) , Dieu comme son Père.  N'est-il pas vrai pourtant qu'ils le croyaient d'une foi lente et lourde, et si peu agissante? " Où donc est votre foi?" leur dit sévèrement un jour Notre-Seigneur;  (Luc , VIII,25)  Elle était tout au fond d'eux-mêmes, mais enveloppée de doute. Elle languissait, engourdie dans cette gaine gênante; et quand, par hasard, elle venait à bout de la percer par endroits et de se montrer, ce n'était que pour laisser paraître de fugitives lueurs d'elle-même. Voilà pourquoi le divin Maître les traite si souvent d'hommes " modicae fidei " .

   La veille de son Ascension, il leur reprochera encore leur incrédulité et leur dureté de coeur. (Marc , XVI,14) . La lumière pourtant ne leur a jamais manqué. S'il a varié l'exemple, la leçon était toujours la même: elle leur répétait qu'il était la Voie, la Vérité, et la Vie. " Nul ne vient au Père, leur a-t-il dit, que par moi. Si vous m'avez connu, vous auriez aussi connu mon Père.... Philippe, comment peux-tu dire :" Montrez-nous le Père? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même: le Père qui demeure en moi fait lui-même ces oeuvres. Croyez sur  ma parole que je suis dans le Père et que le Père est en moi: croyez-le du moins à cause de ces oeuvres" . - " Tout ce que le Père a est à moi; tout ce qui est à moi est à lui; car mon Père et moi nous sommes un" (Joan. XIV, 6,12; XVI,15; XVII, 10; X,10)

   Pendant trois ans, Jésus ne cesse de leur présenter le mystère de sa Filiation divine. En toute circonstance, à tout propos, il y revient. L'écho de cet enseignement retentit rarement bien fort en leur intelligence. Par moments, l'insistance qu'il y met tire d'eux une splendide étincelle de foi. On connaît l'admirable affirmation de saint Pierre (Mat. XVI, 16 ) et celle de saint Thomas (Joan XX,28); un jour ils s'écrient tous ensemble :" Maintenant nous voyons que vous savez toute chose... (Joan XVI, 30 "Nous croyons que vous êtes sorti de Dieu" (Joan, XVI,30). 

   Comme Notre-Seigneur les connaît bien ! '' Maintenant, oui , leur répond-il, vous croyez. Pourtant voici que l'heure vient, et déjà elle est venue, où vous serez dispersés de côté et d'autre, et vous me laisserez seul" (ibid . 31,32) .

   Leur pauvre foi ne brillait ainsi qu'en jets de lumière , rapides comme l'éclair, et tout de suite après, s'enfonçait dans la nuit des sens.

...

   Le mystère de l'Ascension, avec tout ce qu'il comporte de conséquence heureuse pour nous, va contribuer à nous en dire l'excellence. Il est de foi qu'un évènement inespéré a eu lieu, restaurant avec avantage tout l'ordre de choses que nous avions détruit de fond en comble. Non seulement le péché nous avait exclus du paradis terrestre, mais il nous avait à tout jamais fermé le paradis céleste. Nous êtions, par lui, constitués dans l'éternelle inimitié de Dieu . Rien ni personne au monde créé ne pouvait nous tirer de cette situation sans issue. Par amour pour son Père, et pour que ne fût pas définitivement perdue la gloire que Dieu s'était promise en créant l'homme, le Fils de Dieu se résolut de devenir lui-même l'intermédiaire et l'auteur de leur réconciliation.

   Il prend , à cet effet, notre nature humaine au sein de la Vierge Marie. Sur l'innocence de cette nature humaine il assume toutes nos fautes qu'il se charge d'expier, se faisant pour nous, par substitution, seul coupable aux yeux de son Père. Il souffre à cause d'elles, à cause d'elles il meurt sur la croix, et par sa propre mort, leur donne à elles-mêmes le coup de mort.  Ainsi justice est faite: grâce à cela, nous sommes rendus à l'amitié de Dieu. Puis il ressuscite après trois jours passés au tombeau. Et, après quarante autre jours, il monte aux cieux.

   Il est bien entendu que ce n'est point sa nature divine qui souffre, et meurt et ressuscite, étant de soi, impassible et immortelle. Et donc ce n'est pas elle non plus qui monte aux cieux. Jamais elle ne les a quittés. N'est-ce pas elle-même son propre ciel? Mais c'est notre nature humaine à nous, celle dont il s'est revêtu lors de sa venue au monde, c'est elle , toute sainte, toute spiritualisée, toute pleine de grâces et maintenant pleine de gloire, qui s'élève plus légère que l'air, plus rapide que les vents, dans les hauteurs: c'est elle qui monte aux cieux.

   Et où s'arrêtera-t-elle dans son Ascension sublime? Dans quel séjour de lumière et de beauté fixera-t-elle son repos? Ni les astres qui nous ravissent par leur éclat, ni tout ce que nous pouvons nous figurer de grandeur et de magnificence dans cet immense monde sidéral, pour nous rempli de mystère encore, ni les Anges ni aucun de leurs sept choeurs dont la théologie se plaît à exalter les splendeurs glorieuses , n'ont pour elle assez de lumière et de beauté.

    Les Chérubins qui gardaient contre elle l'entrée du paradis terrestre, la voient maintenant s'élever bien au-dessus d'eux. Elle passe au milieu des puissance supérieures et tout aussitôt les dépasse.  Et pendant qu'elle traverse leurs phalanges, elles les entend crier, dans un frémissement d'admiration joyeuse, vers celles qui sont encore plus haut:

" Attolite portas, principes, vestras et elevamini, portae aeternales,

et introibit rex gloriae. "

"Quel est donc ce roi de gloire "  (ps. XXIII, 7,10)

- C'était hier  " l'Agneau immolé " ; c'est aujourd'hui

" Le Lion de la tribu de Juda, le rejeton de David,

qui a vaincu la mort" (Apoc. V, 5)

c'est le Christ qui monte, pour s'y asseoir et y régner éternellement, jusqu'au trône même de Dieu.

" Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite "  (Ps. CIC, 1)

c'est enfin Celui que " toutes les créatures au ciel , sur la terre et sous la terre et dans la mer, et toutes les choses qui s'y trouvent " adorent en disant :" A Celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau, louange, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles . (Apoc. V, 12-14)

 

dom Simon osb +

 

 « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (dernier verset de l’évangile de saint Matthieu).

Le séjour permanent dont nous parle le Seigneur n’est pas la permanence de l’Eucharistie, ni celle de la vie surnaturelle en chaque âme fidèle ; mais une forme d’assistance spéciale, d’une absolue fermeté, soustraite aux conditions du temps : « Je suis avec vous – Mais nous mourrons, Seigneur ? – Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles. » Pour que cette promesse se réalise, il faut que les disciples à qui parle le Seigneur se succèdent jusqu’à la fin du monde ; dans ce passage, il ne s’adresse donc pas aux seuls apôtres présents. « Je suis avec vous tous les jours » : c’est la continuité parfaite. Et nous voyons bien à quel dessein se rapporte la présence ainsi promise : assurer l’efficacité du ministère apostolique, soutenir perpétuellement ceux qui, présents ou futurs, enseignent, qui baptisent, qui gouvernent en son nom.

Dom DELATTE, Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ,le Fils de Dieu

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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