homélie mgr Domiinique Rey : ordinations sacerdotales. Un membre de la famille impériale des Hasbourg ordonné prêtre

Publié le 20 Juin 2018

 

Ordination presbytérale de Johannes de Hasbourg et Didier Berthod

Toute ordination sacerdotale est l’occasion d’une action de grâce. Cette action de grâce est le fruit d’abord d’un émerveillement devant l’appel de Dieu.

Appel déroutant qui dépasse les programmes de vie que l’on s’était fixés, qui bouscule nos agendas. Appel mystérieux qui se fraie un chemin à travers des rencontres parfois impromptues, au fil de prises de conscience, au gré des aléas de la vie… Une conviction, au départ subjective, va devenir peu à peu une certitude consistante lorsqu’elle est confirmée, confortée par l’Eglise.

Cet appel au sacerdoce, au fur et à mesure qu’il s’affiche, nous dépasse et nous plonge dans la démesure de la miséricorde de Dieu à notre égard. Qui sommes-nous pour recevoir une telle mission, devenir ministres du Seigneur, pour le représenter ? «  Oh, que le prêtre est quelque chose de grand ! S’il se comprenait, il mourrait », disait le curé d’Ars. Un prêtre aîné me répétait il y a quelque temps : « Les prêtres sont de moins en moins nombreux. Il va falloir qu’ils ressemblent de plus en plus à Jésus-Christ  ».

Notre action de grâce en ce jour est aussi portée par la générosité de la réponse à cet appel du Seigneur. Dans quelques instants, Johannes et Didier vont se prostrer sur le sol de tout leur long, dans une posture qui signifie le don radical de soi, jusqu’à la mort à soi-même. Par cette prostration, Johannes et Didier exprimeront ainsi qu’ils épousent cette terre qui devient le lieu de leur mission, jusqu’à la déposition de leur corps sur elle, en elle. La seule réponse qui vaille face à l’appel de Dieu est un oui sans restriction et sans retour en arrière, jusqu’à la mort.

Le « oui » que Johannes et Didier vont prononcer sera pour vous et pour l’Eglise, source de salut et de bénédiction. Ce « oui » les projette dans une nouvelle dimension de leur existence. De fils, de frère, d’ami… ils deviennent désormais vos pères. Pères pour vous engendrer à la foi. Radicalement au service de votre sainteté et de la croissance de l’Eglise notre Mère. _


Cette cérémonie est action de grâce, mais aussi elle va transformer la vie de Johannes et de Didier qui vont recevoir le sacrement de l’Ordre. Ils vont devenir des médiateurs de la grâce de Dieu en étant configurés au Christ Bon Pasteur, pour agir in persona Christi, c’est-à-dire en la personne du Christ afin de le rendre présent. Désormais ils ne s’appartiennent plus.

Le centre de gravité de leur existence se déplace en direction de la mission que le Christ leur confie. Leur existence devient pastorale, c’est-à-dire qu’elle ne se comprend qu’à partir de la mission que Dieu leur confie. Le prêtre n’a de raison d’être que l’enfantement des âmes à Dieu. Il fait naître l’homme, tout homme à la vie de Dieu. Il donne Dieu. Il donne le goût de Dieu et fait grandir le Corps du Christ qu’est l’Eglise. _


La joie du prêtre est de susciter autour de lui le bonheur de croire en Dieu.

Son combat c’est de vaincre les résistances et les refus que suscite cette annonce dans le cœur de l’homme. Le combat commence par lui-même, en ce qui en lui freine ou interdit l’action du Seigneur. Souvent la joie de la mission se cueille, non seulement après, mais aussi au cœur de la bataille. Comme en témoignent les Actes des Apôtres, «  ceux-ci étaient tout heureux d’avoir été trouvé dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus  ».

Au cœur de la vie du prêtre, il y a l’eucharistie. Jamais le prêtre n’est autant prêtre qu’à la messe lorsqu’il prononce en la personne du Christ les paroles qui convertissent le pain et le vin en Corps et Sang du Christ. Moment d’intimité avec Dieu qui nous rejoint au plus intime de notre cœur. Moment de communion avec l’Eglise qui comme Corps du Christ, se construit à partir de l’eucharistie. Moment de sanctification du peuple chrétien, mais aussi de transformation du monde puisque celle-ci commence à partir de l’eucharistie. «  On ne comprendra le bonheur qu’il y a à dire la messe, que dans le ciel  », disait encore le curé d’Ars, qui ajoutait : « Voyez la puissance du prêtre : la langue du prêtre, d’un morceau de pain fait advenir Dieu. C’est plus que de créer…. »

Si l’efficacité du sacrement ne dépend pas de la sainteté du prêtre (Pastores dabo Vobis), l’Eglise souligne par contre que la sainteté du prêtre rend fructueux son ministère. Le prêtre est appelé à propager dans tous les compartiments de sa vie ce qu’il célèbre dans le sacrement de l’eucharistie. Sa vie entière se comprend, s’unifie, se perfectionne à partir de l’eucharistie. Comme le disait le pape Jean-Paul II « l’eucharistie, c’est ma vie. »

 
La qualité de la vie pastorale du prêtre dépend essentiellement de l’eucharistie.

C’était encore Jean-Paul II qui disait : « l’eucharistie est le sacrement le plus efficace pour l’évangélisation  » Nos initiatives aussi géniales soient-elles, resteront toujours des œuvres humaines. L’eucharistie elle, est l’œuvre de Dieu. Je peux parler beaucoup sur Dieu, à propos de Dieu, mais la vertu de l’eucharistie est de Le rendre personnellement et substantiellement présent. Le prêtre célèbre dans l’eucharistie «  source et sommet de la vie chrétienne » (Lumen Gentium n° 11), l’abaissement de Dieu, l’actualité de la Croix du Christ qui offre sa vie pour nous. Chaque messe accompagne notre marche vers la Patrie céleste. De messe en messe, nous marchons avec Dieu, vers Dieu. Le prêtre fait mémoire du Seigneur pour le faire vivre aujourd’hui en nos cœurs. Le prêtre signifie l’aujourd’hui de Dieu pour marcher ensemble sous sa conduite, vers un avenir qu’il a ouvert au matin de Pâques.

Par l’eucharistie, le prêtre nous apprend à discerner la présence de Dieu dans le pain et le vin offert. Tout Dieu dans la modicité de la parcelle d’hostie. L’infini dans l’infime. Tout le sacrifice du Christ dans une goutte de vin qui devient une larme de son Sang. La miséricorde divine s’exprime par ce geste inouï du Christ qui a voulu nous rejoindre au-dedans de nous-mêmes lorsque nous le recevons comme une nourriture. La miséricorde de Dieu s’exprime par sa descente jusque dans nos intestins, jusque dans nos entrailles.


Ministre de l’eucharistie, le prêtre est serviteur de la Miséricorde divine.

Face au mal le plus profond qui afflige notre humanité, qui blesse le cœur de chacun d’entre nous, la seule réponse qui permet à l’homme de ne pas désespérer de lui-même et des autres et même de Dieu, c’est la miséricorde qu’il nous révèle en son Fils. Il en est l’humble instrument. En raison de la miséricorde divine révélée par le Christ, l’homme ne peut tomber qu’en Dieu, aussi basse que soit sa chute. Par son ministère de la confession et en accordant le pardon de Dieu, mais aussi par son regard paternel, son attention à chacun et aux plus petits, par sa prévenance à l’égard des plus fragiles, le prêtre est homme de miséricorde.

Johannes et Didier, il vous faudra toujours revenir à cette infinie miséricorde de Dieu qui vous a choisis, appelés, bénis en ce jour consacré pour être ses ministres. Dans votre ministère de prêtre, vous aurez à vivre de pardon, en le donnant aux autres et aussi en le recevant pour vous-mêmes. Il vous faudra « recoudre », comme le disait Blanche de Castille qui s’adressait à son fils Louis IX, le futur saint Louis, à propos de la France blessée par tant de divisions. Oui, Johannes et Didier, vous serez des « couturiers de la grâce ». Recoudre, telle sera votre mission. Recoudre le fil rompu avec Dieu, avec les autres, avec son propre passé. Ce ministère de réconciliation sera votre joie mais aussi votre croix, en « complétant en votre chair ce qui manque à la Passion du Christ  ».


Johannes et Didier, le meilleur que l’on puisse souhaiter pour vous en ce jour de votre ordination presbytérale, c’est la fidélité. La fidélité dans la sainteté. La fidélité à travers vos pauvretés et parfois grâce à elles. En paraphrasant Bernanos dans son journal du curé de campagne : « La grâce des grâces est de s’aimer humblement soi-même.  »

+ Dominique Rey
- Abbaye de Saint-Maurice (Suisse)

Johannes de Habsbourg-Lorraine, arrière petit-fils du dernier couple impérial d’Autriche, sera ordonné prêtre le 16 juin 2018 à Vérolliez (VS), au sein de la Fraternité Eucharistein. Parcours atypique d’un “enfant du grand monde” qui a finalement trouvé Jésus auprès des “petits”.

“Mon Père, je m’abandonne à toi. Fais de moi ce qu’il te plaira”. Cette prière du bienheureux Charles de Foucauld est la préférée de Johannes de Habsbourg-Lorraine. Elle reflète au plus près sa trajectoire de vie, profondément marquée par un “lâcher-prise” face à la volonté de Dieu. Un Dieu qui l’a finalement “planté” dans une terre à laquelle sa naissance ne le destinait pas.

Johannes a en effet vu le jour en 1981 au sein d’une des plus fameuses familles d’Europe: les Habsbourg. Une dynastie traditionnellement catholique qui a été déterminante dans l’histoire du continent. Ses arrières grands-parents sont Charles Ier et Zita de Bourbon-Parme, dernier couple impérial d’Autriche. La Suisse a été leur premier pays d’exil, après la chute de la monarchie austro-hongroise en 1918. Charles Ier mourra sur l’île portugaise de Madère, en 1922, et sera béatifié par saint Jean Paul II à Rome, en 2004. Zita, après maintes péripéties à travers le monde, finira ses jours à Zizers, dans les Grisons, en 1989. Son procès en béatification a été ouvert en 2008.

 

Un Dieu présent, mais pas encore dans la vie concrète

Dispersés ensuite dans le monde, certains Habsbourg sont revenus en Helvétie. C’est le cas de la branche à laquelle appartient Johannes. Il passe ainsi la plus grande partie de son enfance dans le village fribourgeois de Torny-le-Grand. Son père travaille à Fribourg. Sa famille est profondément pratiquante, assistant à des messes même en semaine. Mais pour Johannes, la figure de Jésus se résume alors à une connaissance notionnelle. “J’étais pieux. J’allais à la messe et je priais, mais sans réellement savoir que le Christ est vivant, qu’il s’est incarné pour être réellement avec nous”, admet-il.

Coup d’œil sur la “vanité du monde”

Johannes a, à ce moment de sa vie, d’autres préoccupations en tête que la religion. Il ambitionne de faire carrière dans le monde de la finance. Après avoir fait ses classes à Romont, puis au collège St-Michel de Fribourg, il commence des études d’économie à l’Université de St-Gall. A seulement 23 ans, il intègre une banque parisienne spécialisée dans les fusions-acquisitions. Prestige, argent, visibilité, il y trouve ce qu’il cherchait.

Mais au fond de lui, quelque chose ne va pas. “J’étais entouré de gens ouverts et sympathiques, dans une bonne ambiance. J’avais beaucoup d’amis. Mais je me sentais en même temps très seul et j’avais un profond sentiment de manque intérieur”.

Dans ce milieu où l’amour n’est jamais réellement gratuit, il acquiert une “compréhension de la vanité du monde”. “Il n’y a rien de mal à faire de la finance, mais j’ai saisi que l’on ne peut pas mettre toute sa vie, toute sa confiance là-dedans”. Il quitte la banque parisienne après un an pour se consacrer totalement à une autre quête: celle du sens.

“Dis à Jésus de venir dans ton cœur”

Son père, Rodolphe d’Autriche, engagé à l’institut Philanthropos, à Fribourg, l’invite alors à passer un jour sur place. Un “nouveau monde”, où il rencontre des personnes pour lesquelles “Dieu est tout”. Il comprend alors encore plus profondément que son cœur a soif du Christ et décide d’entreprendre des études à l’institut sis sur la colline de Bourguillon.

Au cours de son cursus, il a une discussion décisive avec sa petite sœur, Marie-des-Neiges, qui, à seulement 17 ans, “a fait une rencontre personnelle avec Dieu”. “Dis à Jésus de venir dans ton cœur”, lui suggère-t-elle.

Une phrase qui suscitera en lui une supplication intérieure, jusqu’à ce matin d’octobre 2005, où il officie comme servant de messe, à la chapelle de Philanthropos. Il ressent alors, dans une incroyable joie, l’amour que le Christ lui porte. “J’ai eu une soudaine connaissance existentielle que Jésus était tout et que j’étais fait pour lui”. Une expérience qu’il décrit comme indicible. “Je savais à partir de là que dans les plus grands moments de doute et de peur, je pourrais toujours revenir à ce point”. L’idée de devenir prêtre commence alors à germer en lui. “J’ai toujours eu le goût de l’extrême. Cela a été le cas pour ma carrière dans la banque. Cela a aussi été le cas avec ma ‘carrière’ spirituelle. Je voulais tout donner à Jésus”.

Premier “agenouillement”

Dès le début de ses études à Philanthropos, il se rapproche de la Fraternité Eucharistein, basée en Valais. Il est impressionné par la ferveur, l’adoration, l’accueil des pauvres qui règne parmi ses membres. Il décide alors de faire une année sabbatique dans la communauté. Direction Château Rima, dans le sud de la France.

Dès le premier soir, il y fait une rencontre déterminante pour son cheminement spirituel. David est un jeune marginal passé par la drogue et les hôpitaux psychiatriques. Ce jeune homme qui lui paraît d’abord “très étrange” lui parle pendant des heures de sa passion pour Star Wars. “Je me suis demandé comment j’allais pouvoir passer une année avec ce type. Il était aux antipodes des milieux que je fréquentais d’habitude”. Un défi pour Johannes, qui sent pour la première fois de sa vie son incapacité viscérale à aimer son prochain en vérité. Il crie alors vers Dieu pour Lui demander la grâce de pouvoir dépasser cet égocentrisme. “Cela a été pour moi un premier ‘agenouillement'”. Finalement, une belle et durable amitié s’est créée entre lui et David. Johannes deviendra notamment son parrain de confirmation. Il lui a promis de faire son possible pour venir à son ordination à Vérolliez.

S’abandonner à Dieu

En 2011, retour sur les bancs de l’uni. A Fribourg cette fois, jusqu’à l’obtention d’un master en théologie, en 2015. Son mémoire de fin d’études s’intitule “La menace divine”.

Beaucoup de personnes, explique-t-il, craignent de s’abandonner totalement à Dieu dans leur vie concrète, car elles ont peur d’avoir à renoncer à leurs certitudes et à leurs acquis. La Bible aussi est bourrée de ces lieux où Dieu paraît être une menace pour son élu. Mais Dieu s’avère finalement comme l’Infiniment Bon, celui qui seul peut en vérité ressusciter l’homme”.

De retour à temps complet dans la Fraternité Eucharistein, Johannes a beaucoup d’autres rencontres avec ces “petits” dont parle l’Evangile. L’une des missions que s’est donné la communauté est en effet d’accueillir et de soutenir les “oubliés” de la société. Muni d’une sensibilité intellectuelle et artistique, il est amené à réaliser avec eux des tâches principalement manuelles. Des occupations et des fréquentations qu’il y a encore dix ans, il n’aurait jamais pensé avoir.

“Dieu m’a pris à contre-pied. Il m’a dit, comme pour Abraham ou Moïse, ‘quitte ta terre’. J’ai compris qu’il m’avait ‘planté’ dans cette terre nouvelle, où je pouvais donner les meilleurs fruits”. (cath.ch/rz)


Vœux définitifs dans la Fraternité

Johannes de Habsbourg réside depuis un an dans la maison d’Eucharistein à St-Jeoire, en France voisine. Il sera ordonné prêtre le 16 juin 2018, à Vérolliez, sur le champ des martyrs, juste à côté de l’Abbaye de Saint-Maurice. Didier Berthod sera également ordonné dans la communauté Eucharistein. Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon et prélat référent de la Fraternité présidera la cérémonie.

Dans la foulée, les vœux définitifs seront prononcés en même temps par 16 membres de la communauté, dont son fondateur Nicolas Buttet. En effet, la Congrégation pour les instituts de vie consacrée a autorisé les membres d’Eucharistein à faire leurs vœux définitifs dans la Fraternité: une nouvelle étape dans les démarches pour sa reconnaissance canonique.

Johannes confie sa hâte de renforcer encore son engagement envers son prochain, l’Eglise et la Fraternité. Il souhaite se mettre pleinement au service du charisme particulier d’Eucharistein, qui implique le développement de la foi à travers la vie communautaire, la dévotion eucharistique, ainsi que le partage de vie avec les personnes en difficulté.

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #homélies

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