" Comme le cerf soupire après les sources d'eau vive " .

Publié le 10 Septembre 2018

 

   Nous avons à vous parler d'un psaume qui répond à votre désir: il débute , en effet, par un saint désir que chante le Psalmiste :" Comme le cerf soupire après les sources d'eau vive, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu "

   Qui dit cela ? Nous tous, si nous voulons. Et pourquoi cherches-tu loin de toi qui parle ainsi, quand tu peux être celui que tu cherches?

   Pourtant tu n'es pas seul ainsi, c'est tout un corps qui désire: le corps du Christ, son Eglise, bien que tous ceux qui entrent dans l'Eglise n'aient pas ce désir . Mais ceux qui ont goûté la suavité du Seigneur et en ont trouvé la saveur dans ce cantique ne doivent pas se sentir seuls en possession de cette joie.  Qu'ils songent à tant de grains, jetés par toute la terre dans le champ du Seigneur ! C'est comme une seule voix de la chrétienté qui fait entendre ce cri :" Comme le cerf soupire après les sources d'eau vive, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu !"

   C'est donc aux enfants de l'Epoux, aux enfants de sa passion, aux enfants rachetés par son sang, aux enfants de sa croix, qui portent sur leur front le signe même de cette croix plantée par les ennemis sur le Calvaire, c'est à eux que ce psaume est chanté " pour l'intelligence.

   Que le désir de le comprendre s'avive donc en nous, et, s'il nous est chanté, comprenons-le.

   Mais que devons-nous comprendre en le chantant? J'ose répondre ici :' Ses perfections invisibles, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du monde, aperçues par l'intelligence au moyen de ses oeuvres. (Rom. I, 20)

   Ah! mes Frères, partagez mon avidité, communiez avec moi dans ce mien désir: aimons ensemble, que la même soif nous brûle, courons ensemble à la source de l'intelligence!

   Désirons donc la source, comme le cerf; - non point cette source à laquelle aspirent pour la rémission de leurs péchés ceux qui ne sont pas encore baptisés - ; nous, les baptisés, désirons cette source dont parle ailleurs l'Ecriture :" En toi est la source de vie ".  ps XXXV, 10 Il est lui-même la source et la lumière " .

   S'il est la source et la lumière, il est encore l'intelligence, car il rassasie l'âme avide de connaître. Et la lumière qui éclaire cette âme n'est ni corporelle, ni charnelle, ni extérieur, mais toute intérieure: lumière intime, refusée à ceux qui ne comprennent pas.

   C'est pourquoi l'Apôtre, s'adressant à ceux qui désirent cette source de vie et déjà commencent à y puiser, les adjure en ces termes :" Vous ne devez plus marcher comme les païens, qui marchent selon la vanité de leurs pensées. Ils ont l'intelligence obscurcie, ils sont étrangers à la vie de Dieu, à cause de l'ignorance où ils sont et de l'endurcissement de leur coeur " . Eph , IV, 17,18) Si donc les "Gentils " n'ont qu'une intelligence obscurcie, s'ils sont dans les ténèbres faute de comprendre, c'est que ceux qui comprennent sont dans la lumière.

   Cours aux sources, désire les eaux vives ! En Dieu est la source de vie, source toujours jaillissante; en sa lumière, une clarté que rien ne saurait obscurcir. Aspire à cette lumière, à cette source, à cette lumière que ne connaissant pas tes yeux: lumière pour laquelle un regard intérieur est préparé; source pour laquelle brûle la soif du coeur.

   Cours à la source, désire la source - mais non d'une course quelconque, non point à la manière de n'importe quel animal: que ta course soit celle du cerf.

   Qu'est-ce à dire ? Que ta course ne se ralentisse pas; cours sans relâche, sans relâche désire la source. Car le cerf est l'emblème de la vélocité.

   Tue donc en toi tout ce qui s'oppose à la vérité, et quand tu te verras vide en quelque sorte des cupidités perverses, n'en reste pas là comme si tu n'avais plus rien à désirer. Il te faut aller au-delà si tu as fait en sorte que plus rien ne t'arrête. Tu me diras peut-être - si tu es, en effet, devenu (comme le) cerf - :" Dieu le sait: je ne suis plus avare, je ne jalouse plus le bien d'autrui, je ne brûle d'aucune convoitise adultère, je n'ai plus ni haine ni envie contre personne ." Tu me diras peut-être :" Je suis guéri de ces vices" et tu te demanderas où trouver tes délices ?

   Désire les eaux vives ! Dieu a de quoi te rassasier, de quoi combler qui vient à lui, tel le cerf rapide, après avoir tué les serpents de son coeur.

   Mais peut-être le cerf ne désire-t-il pas les sources pour s'y baigner ? Savons-nous s'il s'agit de se baigner ou de boire ? Ecoute ce qui suit et ne cherche pas davantage :" Mon âme a soif du Dieu vivant " (ps XLY,3) Dire :' Comme le cerf aspire aux sources d'eau vive, ainsi mon âme soupire après toi , ô Dieu !" , c'est dire aussi :" Mon âme a soif du Dieu vivant ." Mais de quoi a-t-elle soif ?

" Quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face du Seigneur ? "  Voilà de quoi j'ai soif : venir et paraître (devant la face du Seigneur ) . J'ai soif dans mon voyage, j'ai soif dans ma course : je serai rassasié à mon terme. Mais quand viendra ce terme ? Ce qui est rapide pour Dieu est lent pour qui désire .

" Quand viendrai-je et paraitrai-je devant la face du Seigneur ? "  Ce qui est rapide pour Dieu est lent pour qui désire .

" Quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face du Seigneur ? "

 

saint Augustin.

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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