En la tarde de la Vida, sólo queda el Amor.Vivement la quille !

Publié le 19 Octobre 2018

 

   L'âme séparée se connaît aussitôt, et directement par sa propre essence sans avoir besoin d'aucune idée, sans prononcer ce mot qu'elle disait si souvent: moi . Cette connaissance, cette vue d'elle-même, elle ne peut pas s'en détourner un seul instant. En se voyant elle connaît Dieu par l'image que lui présente de Dieu sa propre essence spirituelle et par la vue évidente qu'elle a d'être l'oeuvre de Dieu; il lui est aussi impossible de ne pas penser à Dieu qu'il nous est impossible d'entendre une parole sans penser à celui qui la profère. Donc ni la pensée d'elle-même, ni la pensée de Dieu ne peuvent la quitter un instant, soit qu'elle aille dans le purgatoire, dans l'enfer ou dans les limbes.

   Ce qu'elle voit aussi sans pouvoir un seul instant en détourner son intelligence ni sa volonté, c'est sa fin dernière.

  Que de fois sur la terre elle la perdait de vue, s'appliquant à des actes qui n'avaient aucun rapport avec cette fin dernière ! Sur la terre elle était poussée d'une façon indéterminée à rechercher le bien en général, et, cédant à cette impulsion, elle poursuivait librement soit des biens véritables, soit des biens apparents et trompeurs. Désormais, elle n'a plus cette impulsion générale et abstraite, elle tend au bien particulier, au bien concret qu'elle sait avec pleine évidence être son unique bien, et ce bien suprême, c'est Dieu. Elle voit , sans pouvoir l'oublier une seule minute, qu'elle est faite pour Dieu et qu'ayant accepté librement de lui obéir, elle ira à lui, elle s'unira à lui, elle jouira de lui.  Ce Dieu, elle l'aime d'un amour continuel, non pas par des actes successifs, mais par un acte unique , ininterrompu. Elle ressent en même temps un besoin de Dieu inextinguible; toutes les autres tendances ont disparu; celle-ci les a remplacées; elle est irrésistible, elle est si véhémente et si pleine qu'elle ne laisse place à aucune autre. Du reste les autres inclinations sont devenues en elles-mêmes impossibles, car l'âme fidèle , grâce aux lumières qui l'inondent, ne peut plus  aucunement se tromper sur ses mérites , sur ses qualités; avec son intelligence plus que centuplée, elle voit, dans une clarté éblouissante, qu'elle n'a rien que ce qu'elle a reçu de Dieu; elle ne peut donc avoir, et ne veut avoir aucune complaisance désordonnée en elle-même. Elle ne peut avoir aucun désir déréglé de l'estime des créatures, non seulement parce qu'elle ne veut que la volonté de Dieu, sa fin dernière, totalement aimée, mais aussi parce qu'elle saisit l'inanité des jugements des créatures . Elle n'a plus aucun attachement à ses volontés propres, car la volonté de Dieu qu'elle sait maintenant, qu'elle voit être seule désirable, saisit et dirige toutes ses volontés.  Les inclinations charnelles de sensualité, d'amour de ses aises, n'ayant plus d'objet ont complètement disparu. Donc tout en elle est transformée, toutes ses idées, tous ses sentiments sont réformés et inébranlablement perfectionnés.

   Tant qu'elle vivait sur la terre, il y avait en elle une succession rapide, pullulante, de pensées , de sentiments souvent contraires, désirs, soucis, peines, plaisirs, les uns instinctifs, indélibérés, les autres acceptés, aimés, cherchés; c'était un mouvement incessant, dont elle ne pouvait s'affranchir. Maintenant ce sont des idées beaucoup moins nombreuses, mais incomparablement plus larges, plus vastes, plus pleines, mais aussi incomparablement plus calmes. Auparavant ses idées acquises par des raisonnements comportaient des ombres, parfois des doutes; maintenant ses connaissances intuitives ne laissent place à aucune obscurité. Sa volonté suit l'intelligence et adhère au bien sans hésitation, sans que soit possible aucune réserve . Elle ne ressent donc plus ces tiraillements en sens opposés, qui faisaient qu'elle ressemblait en même temps à l'ange et à la bête; elle tend uniquement à Dieu et rien ne la distrait de cette aspiration. Il reste en elle seulement cette opposition qu ' a ressentie Notre-Seigneur de la peine de la souffrance et de la volonté de souffrir; peine de souffrir, oui, mais aucune résistance, pas même cette résistance indélibérée que nous ressentons souvent ici-bas, au moment même où nous faisons acte d'abandon.

...

   En même temps que son intelligence, devenue purement spirituelle, s'est immensément amplifiée, sa volonté s'est aussi merveilleusement intensifiée et ses opérations de volition et d'amour atteignent des degrés de puissance qui dépassent plus qu'on ne peut le concevoir la force de vouloir et la force d'aimer qu'elle avait autrefois.  Les joies et les peines, parce qu'elles procèdent de l'amour et qu'elles s'y mesurent, ont suivi la même ascension , et la capacité de jouir comme celle de souffrir sont plus que centuplées. ... Il y a d'autres jouissances et d'autres souffrances que l'âme peut ressentir dans sa nature spirituelle , des émotions agréables ou douloureuses, dont nous ne pouvons, nous qui vivons dans la chair, nous faire aucune idée. Sainte Thérèse décrit une blessure d'amour provenant du sentiment de l'absence de Dieu.

   Par moment, dit-elle, Dieu accroît encore cette douleur en " envoyant une notion de lui-même par une voie étrange et qu'on ne peut rendre " , c'est-à-dire par une vue purement intellectuelle. " Il n'est pas sur la terre de souffrance qui égale celle-ci du moins parmi celle que j'ai expérimentées."

   C'est là une blessure d'amour, et qui est mesurée à la capacité d'amour. Après l'avoir dépeinte, la Sainte décrit une autre blessure qui atteint l'âme dans sa nature :

   " Il semble à l'âme qu'on lui passe une flèche par le coeur ou au travers d'elle-même. Elle en ressent une douleur si vive qu'elle en gémit, mais en même temps si délicieuse qu'elle voudrait ne la voir jamais finir. Cette douleur ne réside pas dans le sensible; ce n'est pas une plaie matérielle; elle est dans l'intérieur de l'âme sans qu'il paraisse aucune douleur dans le corps. Este dolor no es en el sentido, ni tempoco es llaga material, sino en el interior de el alma, sin que parezca dolor corporal.

  On ne peut donner ceci à comprendre que par des comparaisons: j'emploie celles-ci qui sont grossières pour un pareil sujet, mais je ne saurais pas le dire d'une autre manière. Ce sont là des choses que l'on ne peut dire, ni écrire, aussi c'est impossible à comprendre sauf par qui l'a expérimenté; je veux comprendre jusqu'où va cette peine, parce que les peines de l'esprit sont très différentes de celles d'ici-bas. Je conçois par là combien les souffrances endurées par les âmes dans l'enfer et dans le purgatoire dépassent ce que nous pouvons nous représenter au moyen des souffrances corporelles. '

   Une autre grande différence entre l'âme unie au corps et l'âme séparée est que la première ne peut goûter dans le même temps qu'un nombre limité de joies et ne peut endurer à la fois que quelques souffrances. Comme elle ne peut porter son intention simultanément sur de nombreux objets, resserrée qu'elle est par la chair qui l'emprisonne, de même elle ne peut ressentir qu'un petit nombre de joies ou qu'un petit nombre de souffrances; les unes empêchent de ressentir aussi vivement les autres;  si les souffrances se multiplient beaucoup, ou si elles étaient trop cruelles, la mort s'ensuivrait. L'âme séparée n'a point à craindre d'être anéantie par les douleurs ; n'étant point limitée par l'étroitesse du corps, elle peut jouuir à la fois de milliers de suavités diverses, elle peut aussi endurer, et dans le même moment, des douleurs de modes très variés, très dures et très nombreuses.

   Il nous arrive de ressentir en même temps des joies et des peines, et d'ordinaire, dans notre état présent, elles se contrebalancent et s'atténuent les unes les autres : l'âme séparée, dont les joies et les peines sont incomparablement plus intenses, peut les éprouver en même temps , les unes et les autres restent très fortes.

 

rp . A Saudreau .

 

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article