11 Novembre : " à nos morts " .

Publié le 7 Novembre 2018

      La religion du Christ fait du patriotisme une loi, il n'y a point de parfait chrétien, qui ne soit un parfait patriote.

   Elle surélève l'idéal de la raison païenne et le précise, en faisant voir qu'il ne se réalise que dans l'Absolu.

   D' où vient, en effet, cet élan universel , irrésistible, qui emporte d'un coup toutes les volontés de la nation dans un même effort de cohésion et de résistance aux forces ennemies qui menacent son unité et son indépendance?

   Comment expliquer que , sur l'heure, tous les intérêts cèdent devant l'intérêt général; que toutes les vies s'offrent à l'immolation?

   Il n'est pas vrai que l'Etat vaille, essentiellement mieux que l'individu et la famille, attendu que le bien des familles et des individus est la raison d'être de son organisation.

   La brutalité des moeurs païennes et le despotisme des Césars avaient conduit à cette aberration - et le militarisme moderne tendait à la faire revivre - que l'état est omnipotent et que son pouvoir discrétionnaire crée le Droit.

   Non, réplique la théologie chrétienne, le Droit, c'est la Paix, c'est-à-dire l'ordre intérieur de la nation, bâti sur la Justice. Or la Justice elle-même n'est absolue, que parce qu'elle est l'expression des rapports essentiels des hommes avec Dieu et entre eux . Aussi la guerre pour la guerre est-elle un crime. La guerre ne se justifie qu'à titre de moyen nécessaire pour assurer la paix. " Il ne faut pas que la paix serve de préparation à la guerre dit saint Augustin, il ne faut faire la guerre que pour obtenir la paix " .

   A la lumière de cet enseignement , que reprend à son compte saint Thomas d'Aquin, le patriotisme revêt un caractère religieux.

   Les intérêts de famille, de classe, de parti, la vie corporelle de l'individu sont dans l'échelle des valeurs, au dessous de l'idéal patriotique, parce que cet idéal, c'est le Droit qui est absolu. Ou encore cet idéal, c'est la reconnaissance publique du Droit appliqué à la nation, l'Honneur national.

   Or, il n'y a d'Absolu, dans la réalité que Dieu.

   Dieu seul domine par sa sainteté et par la souveraineté de son empire, tous les intérêts et toutes les volontés. Affirmer la nécessité absolue de tout subordonner au Droit, à la Justice, à l'Ordre, à la Vérité, c'est donc implicitement affirmer Dieu.

   Et quand nos humbles soldats, à qui nous faisions compliment de leur héroïsme, nous répondaient avec simplicité :" Nous n'avons fait que notre Devoir "  " l'Honneur l'exige", ils exprimaient à leur façon, le caractère religieux de leur patriotisme.

   Qui ne sent que le patriotisme est " sacré " et qu'une atteinte à la dignité nationale est une sorte de profanation sacrilège?

   Un officier d'état-major me demandait naguère si le soldat qui tombe au service d'une cause juste - et la nôtre l'est à l'évidence - est un martyr.

   Dans l'acception rigoureuse et théologique du mot, non , le soldat n'est pas un martyr, car il meurt les armes à la main, tandis que le martyr se livre, sans défense à la violence de ses bourreaux .

   Mais si vous me demandez ce que je pense du salut éternel d'un brave qui donne consciemment sa vie pour défendre l'honneur de sa patrie et venger la justice violée, je n'hésite pas à répondre que sans aucun doute le Christ couronne la vaillance militaire, et que la mort, chrétiennement acceptée, assure au soldat le salut de son âme.

   " Nous n'avons pas, dit Notre-Seigneur, de meilleur moyen de pratiquer la charité, que de donner notre vie pour ceux que nous aimons." Majorem hanc dilectionem nemo habet ut animam suam ponat pro amicis suis. "

   Le soldat qui meurt pour sauver ses frères, pour protéger les foyers et les autels de la patrie, accomplit cette forme supérieure de la charité.

   Il n'aura pas toujours, je le veux, soumis à une analyse minutieuse la valeur morale de son sacrifice, mais est-il nécessaire de croire que Dieu demande au brave entraîné au feu du combat, les précisions méthodiques du moraliste ou du théologien?

   Nous admirons l'héroïsme du soldat: se pourrait-il que Dieu ne l'accueillit pas avec amour?

   ... Car telle est la vertu d'un acte de charité parfaite, qu'à lui seul il efface une vie entière de péché. D'un coupable, sur l'heure, il fait un saint.

   Et combien n'y en a - t - il pas, parmi ces jeunes gens de vingt ans, qui n'auraient pas eu, peut-être le courage de bien vivre, et dans l'entraînement patriotique, se sentent le courage de bien mourir ?

Cardinal Mercier.

 

Rédigé par Philippe

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