un bel exemple : ’Ismaël de Tomelloso serviteur de Dieu . " Se taire et prier " .

Publié le 15 Novembre 2018

penser à la grandeur des simples.

La Vérité la plus profonde est le silence.

 

"Ne parle à personne de ce que tu penses, de ce que tu ressens, de l’Action Catholique, des choses de l’Eglise, des jeunes, des religieuses…Voilà - se disait-il à lui-même - se taire et prier ; et aider les autres comme je pourrai, si le cas se présente, ou chanter tout bas une chanson : chanter est le propre de celui qui croit en Dieu. "

 

Voici une petite histoire intérieure. En effet, la biographie d’Ismaël Molinero Novillo, connu sous le nom d’Ismaël de Tomelloso par les Jeunes de l’Action Catholique Espagnole après sa mort, le 5 mai 1938, à l’Hôpital de Saragosse, est banale. C’est une « vie » dénuée d’événements notables, d’anecdotes brillantes ou de faits insignes, selon la mentalité utilitariste et pragmatique à la mode aujourd’hui. Mais il est bon que nous nous arrêtions de temps en temps, au moins un peu, et que nous prenions note des récits anodins. C’est à peine si l’attention est attirée par la médiocrité de modestes et humbles péripéties. Et moins encore s’il s’agit de sujets insignifiants comme le silence et la méditation, pure oeuvre de la grâce de Dieu et d’une réponse généreuse, silencieuse, reconnaissante et effrayée de la part de l’homme. De n’importe lequel d’entre eux. D’Ismaël Molinero Novillo, par exemple.

Ismaël est vraiment un « cas ». Sa biographie tient en une demipage. Elle ne permet pas de donner libre cours à l’imagination dans une région, la sienne, où l’imagination est à l’ordre du jour et où l’inspiration artistique s’élance à travers champs à la recherche du labyrinthe dans le paysage, de ses fables, de ses rêves romanesques. Pour raconter l’histoire sans relief d’Ismaël, il suffit de la durée d’un credo, ou du temps qu’un paysan dise à un autre qu’il pleut très fort sur les terres de la chapelle de la Vierge. Naturellement, Ismaël n’a pas eu l’idée de tenir un Journal ni d’écrire dans un cahier ses pensées spirituelles. Quand il était sur le front, il a envoyé quelques lettres de rien du tout : « Je vais bien, maman; ne vous faites pas de souci pour moi. Il fait très froid. Amitiés à la famille… ».

Ils étaient membres du Centre de Jeunes d’Action Catholique récemment fondé, et l’abbé Bernabé Huertas les dirigeait. Ismaël, lui disent Miguel, Pedro et les autres, si tu veux, tu peux venir au Centre et tu verras que cela en vaut vraiment la peine. Qui ? Moi ? Mais oui, et comment ! Et il a répondu qu’il était d’accord.

Depuis lors, à travers le paysage illimité de la plaine grande ouverte de son âme, Ismaël a été peu à peu envahi par une lumière qui, à mesure que le temps passait, éclairait ses pensées et ses intentions ; et même, qui pourrait dire le contraire, il s’est accumulé dans le fond de son être un tas de chansons nouvelles et beaucoup de joie à offrir aux pauvres, aux vieillards, aux petits enfants, aux voisins solitaires, aux humbles femmes qui venaient au magasin de tissus où il travaillait...

Je suis à Dieu et pour Dieu, répétait-il. Il remarquait en lui-même, en dépit de l’atmosphère tendue qui enveloppait le village, une immense envie de rendre tout le monde heureux, ses parents et ses frères et soeurs à la maison, tous ceux qu’il rencontrait le matin sur la Place avant d’aller au travail ; et lui, le plus secrètement possible, il passait par l’église pour faire une visite au Saint Sacrement. Je veux donner un bon exemple de vie, avouait-il.

A l’Asile des indigents, il était heureux chaque fois qu’il avait l’occasion, surtout le dimanche, de s’amuser à jouer de la guitare et à chanter des « Jotas »a pour les vieillards nécessiteux. Il leur récitait des poésies, leur organisait des bals et leur montait de joyeuses comédies. Parfois, lorsqu’il parlait avec une religieuse, avec Don Bernabé, ou bien avec Miguel et Pedro, il lui échappait ce désir impétueux et naïf : Je veux être bon, mais je ne sais comment faire. Bien sûr qu’il le savait. Ismaël était bon par nature. Bon comme on respire. Comme on dit une plaisanterie ou un bon mot, quelque chose pour faire rire ceux qui vivent dans la tristesse, les pauvres gens ! Ah, si je pouvais être prêtre un jour ! rêvait-il. Ayant suivi une retraite au Séminaire de Ciudad Real, il avait longuement observé le prêtre qui la dirigeait, ainsi que les séminaristes…

Et lui, dont la dévotion au Christ du Saint Sacrement était telle que, chaque fois qu’il le pouvait, il allait devant le Tabernacle et y demeurait le regard fixe, il avait souvent dit : J’aimerais être prêtre.

Quelques jeunes gens, grâce au contact de l’exemple de vie d’Ismaël, prendront, avec le temps, la décision d’embrasser la vocation sacerdotale. L’Esprit du Seigneur, c’est bien connu, souffle où il veut et quand il veut. Il aurait été un bon prêtre, notre jeune homme. Les dispositions et les qualités ne lui manquaient pas, au dire de ses biographes. Ni la joie, ni l’enthousiasme qui lui venait du centre de son âme. Dans le dernier tronçon de sa vie, alors que son corps était rongé par la tuberculose au point qu’il n’en pouvait plus, il a confié à l’aumônier qui l’assistait : Je me sens très heureux, mon Père. Peut-être guériras-tu, lui a dit le prêtre pour l’encourager. Je ne veux rien en ce monde, a répondu le jeune homme, si je meurs je serai totalement à Dieu.

Si je ne meurs pas, je veux être prêtre. Un bon prêtre. De ceux qui servent Dieu gratuitement.

La vie et la mort d’Ismaël de Tomelloso ont été une vie et une mort « gratuites ». Un offertoire présenté tout à fait gratuitement à Dieu.

Et silencieux. Il est impressionnant de voir comment a germé et s’est forgée progressivement la semence de la grâce de Dieu que le groupe de jeunes de l’Action Catholique de son village avait semé un jour dans le coeur d’Ismaël. Il s’est laissé travailler sans mettre d’obstacles à l’oeuvre de l’Esprit environné d’humilité et de silence. Et, en quelque sorte, en secret. On peut dire que le trait distinctif de l’expérience spirituelle d’Ismaël est le silence. Il semble impensable qu’un garçon au tempérament si plein de vie, si extraverti, si cordial, ait pu avoir tant de volonté pour esquiver les difficultés qui ont été son lot.

Sa caractéristique a été de se mettre peu à peu de côté et de passer inaperçu. Loin de lui le désir de s’illustrer en des faits notables ou en des entreprises dignes de reconnaissance publique et d’applaudissements. Pendant la guerre surtout, et spécialement l’année où il s’est vu obligé à demeurer sur le front jusqu’à l’instant où il a remis sa vie au Seigneur à Saragosse, Ismaël a cheminé enveloppé dans une discrétion véritablement héroïque. Il n’y a pas eu un instant où il n’ait marché pour ainsi dire sur la pointe des pieds sur les terres du silence. Sans se faire remarquer. Sans que personne n’ait pu imaginer le torrent d’amour de Dieu qui jaillissait en lui. « Tout à Dieu et pour Dieu. » Et « se taire et souffrir. » Quelqu’un a dit que la vérité la plus profonde est le silence. Cela se réalise de manière singulière chez Ismaël.

C’est une vérité qu’il a découverte presque sans s’en rendre compte. Comme prier. Comme faire rire les vieillards de l’Asile. Comme aimer la Vierge. Comme traiter avec bon sens et amitié les clients du magasin où il travaillait comme employé. Quand a été mobilisée la classe 38, la sienne, le 18 Septembre 1937, et qu’il a dû plier bagages avec ses camarades pour rejoindre le front de Teruel, c’était un garçon avisé : Ne parle à personne de ce que tu penses, de ce que tu ressens, de l’Action Catholique, des choses de l’Eglise, des jeunes, des religieuses…Voilà - se disait-il à lui-même - se taire et prier ; et aider les autres comme je pourrai, si le cas se présente, ou chanter tout bas une chanson : chanter est le propre de celui qui croit en Dieu. Quand a eu lieu la bataille d’Alfambra, la première semaine de Février 38, il a offert à Dieu son silence pour la paix. C’était la guerre et il était si pauvre qu’il n’avait pas autre chose. D’ailleurs, est-il nécessaire de dire qu’on est de l’Action Catholique ? Même si on vous fait prisonnier et qu’on vous envoie de l’autre côté et qu’on puisse enfin parler, le mieux est de se taire, et de s’en aller tout droit, sans faire de bruit, vers la maison de Dieu.

C’est ce qui est arrivé. Transpercé par les sinistres aiguilles de la tuberculose attrapée lors de ce terrible hiver, après la bataille on l’a conduit à un camp de prisonniers à Santa Eulalia, puis à San Juan de Mozarrifar : Mon Dieu, comme j’ai envie de communier ! Il en a fait la demande à voix basse – d’une petite voix suppliante ! – mais en vain. L’aumônier avait sûrement oublié.

 

Cependant, qui pouvait savoir que ce petit prisonnier de vingt ans dont la vie était en train de s’éteindre si rapidement, et dont les yeux brillaient comme la lampe du Saint Sacrement dans les églises, avait un tel désir de sanctification ? Le Seigneur est toujours surprenant et il a sa manière à lui d’inspirer de l’amour à n’importe qui. Ismaël Molinero Novillo a rendu son âme à Dieu le 5 Mai 1938.

A ce moment-là, son silence s’est brisé comme un vase de parfum. Tout le monde, autour de lui, l’aumônier, les infirmières, les membres de l’Action Catholique de Saragosse, ont loué et remercié Dieu. Très vite, la jeunesse espagnole a su mettre en paroles le témoignage silencieux d’Ismaël de Tomelloso. Les histoires mineures, avec le temps, s’avèrent très éloquentes.

site internet.

 

 

Rédigé par Philippe

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