homélie pour la fête Dieu . Fontgombault

Publié le 22 Juin 2019

 

 

 

FÊTE-DIEU

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 20 juin 2019)

 

Cibavit eos ex adipe frumenti.

Il les a nourris de la fleur du froment

Ps 80,17

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

Peut-être n’est-il pas inutile de commencer l’homélie de ce jour, consacré à l’adoration de Dieu présent dans le sacrement de l’Eucharistie, en rappelant l’admirable texte « à la gloire de Dieu et Notre-Seigneur Jésus-Christ », appelé communément Credo de Paul VI et prononcé solennelle- ment le 30 juin 1968.

Limitons-nous au passage qui concerne la fête de ce jour :

Nous croyons que la messe célébrée par le prêtre, représentant la personne du Christ en vertu du pouvoir reçu par le sacrement de l’ordre, et offerte par lui au nom du Christ et des membres de son Corps mystique, est le sacrifice du calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels. Nous croyons que, comme le pain et le vin consacrés par le Seigneur à la Sainte Cène ont été changés en son corps et en son sang qui allaient être offerts pour nous sur la croix, de même le pain et le vin consacrés par le prêtre sont changés au corps et au sang du Christ glorieux siégeant au ciel, et Nous croyons que la mystérieuse présence du Seigneur, sous ce qui continue d’apparaître à nos sens de la même façon qu’auparavant, est une présence vraie, réelle et substantielle...

Toute explication théologique cherchant quelque intelligence de ce mystère, doit, pour être en accord avec la foi catholique, maintenir que dans la réalité elle- même, indépendante de notre esprit, le pain et le vin ont cessé d’exister après la consécration, en sorte que c’est le corps et le sang adorables du Seigneur Jésus qui dès lors sont réellement devant nous sous les espèces sacramentelles du pain et du vin, comme le Seigneur l’a voulu, pour se donner à nous en nourriture et pour nous associer à l’unité de son Corps mystique.

L’unique et indivisible existence du Seigneur glorieux au ciel n’est pas multipliée, elle est rendue présente par le sacrement dans les multiples lieux de la terre où la messe est célébrée. Et elle demeure présente, après le sacrifice, dans le Saint Sacrement, qui est, au tabernacle, le cœur vivant de chacune de nos églises. Et c’est pour nous un devoir très doux d’honorer et d’adorer dans la sainte hostie, que nos yeux voient, le Verbe incarné qu’ils ne peuvent pas voir et qui, sans quitter le ciel, s’est rendu présent devant nous.

Les mots utilisés par le Saint Pape sont lourds de sens : une présence vraie, réelle, substantielle du Christ glorieux en vue de se donner à nous en nourriture et de nous associer à l’unité de son Corps mystique ; une présence que nous avons le devoir très doux d’honorer et d’adorer.

Dieu peut-il se donner en nourriture ? Dieu peut-il s’avilir en se donnant en nourriture à des êtres humains ?

Si la religiosité humaine a souvent considéré le repas sacré comme un moyen de s’unir de manière assez lointaine à la divinité, le mets consommé dans un tel repas n’a jamais été considéré comme étant Dieu.

Les paroles de Jésus, rapportées par saint Jean dans la lecture de l’évangile de ce matin, sont sans équivoque :

Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui... Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. (Jn 6,56 ; 58 )

L’Eucharistie est folie ! Après avoir entendu ces paroles et récriminé contre elles, beaucoup d’entre les disciples abandonnèrent Jésus.

Si l’Eucharistie est folie, elle n’est pas la première folie issue du brasier d’amour qu’est le cœur de Dieu. Pourquoi avoir créé l’univers ? Pourquoi avoir placé l’homme à son sommet et l’avoir appelé à partager la vie divine ?

Même après que l’homme, par l’exercice désordonné de sa liberté, a opposé à son Créateur la folie de l’orgueil en désobéissant, l’amour divin n’a pas été vaincu : lorsque les temps furent accomplis, Dieu s’est incarné, instaurant avec sa créature une proximité nouvelle.

Par sa mort sur la Croix, le Christ a offert sa vie en rançon pour racheter la multitude de ceux qui acceptent d’entrer en communion avec lui, recevant sa chair en nourriture, et son sang en breuvage.

Sous les apparences d’un peu de pain et de vin, des aliments communs, Dieu vient à nous en prenant le risque que nous ne discernions plus son vrai Corps et son véritable Sang. Extérieurement, le pain que les pères ont mangé dans le désert de l’Exode et celui que nous mangeons aujourd’hui sont si semblables ; et pourtant, les pères sont morts, alors que celui qui mange le Corps du Christ vivra éternellement.

Dans la communion au Corps et au Sang de son Fils, Dieu invite l’homme à une complète nouveauté. Ce n’est plus nous qui vivons, c’est le Christ qui vit en nous. Dieu fait toute chose nouvelle tout particulièrement à travers ce sacrement. Il se penche sur chacune de nos humanités comme il l’a fait sur la Samaritaine au puits de Jacob :

Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissante en vie éternelle. (Jn 4,14)

Se donner en nourriture, se remettre aux mains de ses prêtres, n’est pas pour Dieu sans risque : dans le sacrement de son amour, Jésus rencontre en nos églises, en nos communautés, parfois même en nos propres cœurs, l’inattention, la désinvolture, l’abandon, voire la profanation. Comme nombre de disciples après l’annonce de ce don, nous pouvons si facilement nous éloigner du Seigneur. Pleurons humblement notre ingratitude.

Puisant à la source de la vie nouvelle qu’est le sacrement de l’Eucharistie, renouvelés par un amour immense, marchons, rajeunis de l’éternelle jeunesse de Dieu, vers les hommes et les femmes de notre temps, pour les inviter à entrer en plénitude dans cette communion qu’est le peuple de Dieu.

Adorant Dieu au Saint-Sacrement de l’autel, unis aux anges, à leur Reine et à tous les saints du Ciel, posons déjà sur la terre l’acte du ciel. Folie de l’amour de Dieu, qui attend de nos pauvres âmes, aimées au prix de sa chair et de son sang, une miette d’amour.

Amen, Alléluia.

ps. ça évite à l'abruti de service de me piquer le fichier! non mais sans blagues !

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article