"bénies entre toutes les femmes " l'amour maternel.

Publié le 2 Août 2019

  

    Quand on parle de maternité, c'est toujours avec une impression de recueillement, comme devant un mystère, et une émotion calme vous reporte, surtout quand on ne l'a plus, vers " celle qui vous prit, jeune âme, dans le ciel et qui vous mit au monde".

   Vénération serait peut-être ici le meilleur mot; c'est celui qu'emploie l' Eglise, quand elle salue, en la fête de l'Expectation de Marie, l'attente charmante et vénérable en effet de la Mère du Fils de l'Homme.

    A toute femme ainsi gratifiée, on aimerait à dire comme l'entendit la Virginale Mère :" Je vous salue pleine de grâce, le Seigneur est avec vous",  " vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni."

    Toute mère est digne du salut de nos coeurs, tant qu'elle-même n'a pas effeuillé sa couronne. Toute mère est pleine de grâce, puisqu'elle reçoit ce qu'il y a de meilleur, donner, et donner ce qu'il y a de meilleur comme étant la substance de tout don: la vie. Toute mère a le Seigneur avec elle, sans quoi elle ne pourrait ni faire vivre selon la chair, ni surtout allumer la flamme de l'esprit. Toute mère est bénie entre les femmes et béni est son fruit, car tout enfant de Dieu est accueilli avec tendresse et, avec lui, celle qui lui communique cette initiale bénédiction

   " Vous enfanterez, ajoutait l'ange, un fils qui sera appelé Jésus" , c'est-à-dire Sauveur, et tout enfant est sauveur à l'égard de la race fléchissante, à l'égard d'une vie individuelle qui s'en va sans que rien la recueille, à l'égard du temps anxieux d'avenir. -

    " Il sera grand et sera appelé le fils du Très-Haut", et tout enfant sera grand, s'il le veut, étant fils du Très-Haut par la grâce qui de Jésus passe à tout fils des hommes.

    " Et il règnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin" , et tout enfant aussi règnera, s'il sert Dieu, puisque " servir Dieu, c'est régner " ; il règnera sur la maison de Jacob, dont les douze tribus figurent l'oeuvre de Dieu et son gouvernement auquel notre fraternité avec Jésus nous associe, et son règne n'aura point de fin, le temps, dans lequel la mère introduit l'enfant ayant des suites éternelles.

   Je vous salue, mères, pleines de grâces, qui avez ainsi le Seigneur avec vous et qui êtes ainsi bénies entre toute les femmes.

   L'amour de la mère, est comme celui du père, un amour créateur. Il l'est peut-être avec moins d'initiative; il l'est par contre par contre avec plus d'intimité. Pendant des mois en contact substantiel avec son objet, lui versant constamment de soi-même, respirant afin qu'il respire, se nourrissant en vue de le nourrir , cet amour croît peu à peu en proportion de ce qu'il donne, consacré par la souffrance et qualifié spécifiquement par ce caractère charnel qui lui est d'abord imposé.

   La mère est celle qui fournit sa dernière élaboration à cette sève amère et précieuse qui de la souche d'Adam , à travers de longues générations, nous arrive. Elle est la terre qui, au printemps, pénétrée d'effluves, riche de semences, s'empresse à faire monter les sucs nourriciers.

    La mère conçoit de ce fait un attachement qu'on ne peut comparer mieux qu'à l'amour qu'on a pour soi-même. Elle verra dans l'enfant une partie de soi.

    Ce ne sera plus la chair de sa chair, comme il est dit de l'époux et de l'épouse, mais sa chair même, chair qu'elle aimera comme sans y penser; qu'elle ne verra souffrir qu'avec un sentiment d'arrachement intime; qu'elle ne verra partir pour la vie ou pour la mort, et serait-ce même pour la vie heureuse, qu'avec détresse et stupéfaction.  Rien de plus étonné, sans que peut-être elle l'avoue ni à autrui ni à son propre coeur, qu'une mère voyant grandir l'enfant, le voyant s'éloigner, faire sa vie, et qui sait ? peut-être oublier celle qui jamais ne l'oubliera.

   L'être à l'état initial, tel que la mère nous le donne, tel que le père avec elle l'a fourni, aura besoin d'être fomenté; sa nutrition, surtout sa nutrition première, c'est lui-même achevant de se continuer. Or, dans cette nutrition, qu'on la prenne au point de vue matériel, intellectuel, moral , religieux, c'est la mère qui a le rôle principal. Elle est la génitrice, et en conséquence elle est la nourrice : nutrix, dans le sens complet du mot.

   Voyez comme elle s'absorbe, et s'inquiète, et se travaille à propos de chaque détail de cette éducation infantile. Mieux qu'un ministre sur un dossier, elle se penche, trouvant souverainement importante la consistance d'un brouet, tragique cette dent qui perce, plus nécessaire que nos lois et que la balance de la justice le pèse-bébé qui la rassure après chaque ration de lait.

  Comme elle a raison! Les plus grandes choses sont faites des plus petites, et qui sait de quel avenir sont chargés ces menus riens dont une humanité naissante est l'objet !

 

     Au premier moment, la jeune âme, toute à l'inconscience, ne peut répondre que par des gestes suggérés aux avances que la religion fait aux enfants; mais ces douces suggestions, qui sont une des poésies de l'enfance chrétienne, sont aussi une valeur d'avenir. La mère doit faire balbutier Dieu ainsi qu'on dit papa et montrer au Père des cieux qui , je pense, s'en attendrit, une esquisse d'adoration et une espérance d'amour dans ces petites mains qui se joignent, dans cette bouche minuscule, ruche aux abeilles blanches où le nom de Jésus et le miel.

      La maternité est pour une jeune femme la plus haute sauvegarde; c'est le devoir devenu sentiment; c'est la vie organisée, centrée, dégagée d'égoïsme, reliée aux fins humaines les plus élevées, écartée des séductions extérieures, poussée à l'effort et au sacrifice. Ce qu'on dit de l'amour de Dieu , qu'il range tout en nous, est vrai proportionnellement de cet amour.

Toute mère est comme Marie, disions-nous, elle enfante un sauveur; ajoutons que, comme Marie elle enfante son propre sauveur.

 

 

Rédigé par RP Sertillange op +

Publié dans #spiritualité

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