"Christus heri, hodie, ipse et in saecula" avec Abraham et les prophètes.

Publié le 6 Décembre 2019

 

 

 

 

      Toutes les manifestations du Christ, sous l'ancienne ou la nouvelle alliance, toutes les étapes de l'oeuvre de la Rédemption, sont des évènements auxquels nous devons prendre part: tout en eux est fait pour nous édifier, nous instruire, nous sanctifier; nous devons nous faire les contemporains du Christ, des associés de tous ses mystères, depuis la promesse de l'Eden jusqu'à la consommation de toutes choses en Lui pour l'éternité. 

   Il est très profitable à notre piété d'adorer , dans les ombres de l'ancienne Alliance, l'unique réalité qu'elles enveloppaient. 

   Recherchant les raisons de cette longue préparation, saint Thomas dit , entre autres :" Par respect pour la majesté du Verbe incarné, conformément à ce que dit saint Augustin, plus était grand le Prince à venir, plus long devait être le cortège de ses précurseurs." Les prescriptions légales, " ce n'était que l'ombre des choses à venir, mais la réalité se trouve dans le Christ." (Col. II, 17) Tout était rempli de significations mystérieuses, chaque cérémonie, cachait en elle la prophétie d'une portion de la vérité future. " Sachez que tout ce qui arrivait au peuple de Dieu lui arrivait en figures... Ces choses d'ailleurs été écrites pour notre instruction, à nous qui sommes arrivés à la fin des temps." (I , Cor. X,II)

   Le Christ était partout et son ombre planait sur tous les livres de l'ancienne Alliance. On voit par là la place culminante occupée par le Christ au centre des temps, et la merveilleuse unité du plan divin. " En ta postérité seront bénies toutes les nations de la terre, parce que tu as obéi à ma voix." (Gen.XXII,18), avait dit le Seigneur à Abraham.      Or, cette postérité désignait le Christ, " afin que la bénédiction promise à Abraham s'étendit aux nations dans le Christ Jésus". (Gal. III,14). Aussi, à l'aurore de l'Incarnation, le cantique de reconnaissance de la Vierge Mère rappelle-t-il la réalisation de cette promesse :" ainsi qu'il l'avait promis à nos pères, à Abraham et à sa race, pour toujours." (Luc I,8)

   La promesse faite à Abraham est universelle puisque toutes les nations doivent être bénies en lui . (Gal. III,8) Le principe de cette extension est la Foi : ceux-là seront les fils d'Abraham qui partageront la foi du père des croyants. Les chrétiens constituent la descendance spirituelle d'Abraham: le principe de ce rapport de descendance est l'union au Christ. 

   Longtemps donc avant sa venue terrestre, notre grand Christ était l'objet de la foi et des désirs de tout le peuple fidèle. Les aspirations ardentes des patriarches et des prophètes, que l'Eglise nous met sur les lèvres en ce moment, s'adressaient à ce même Seigneur et Maître que nous servons: Il était le centre de convergence de tout Israël. 

   Se basant sur cette vérité trop oubliée, la Liturgie de l'Avent prépare les mystères du Christ par l'histoire d'Israël; elle greffe la nouvelle Alliance sur l'ancienne et fait sortir l'Eglise de la Synagogue sans solution de continuité, comme le fruit naît de la fleur et la tige du tronc.  Et ce rapprochement, en nous remplissant l'âme d'enthousiasme pour notre Christ antérieur aux siècles, plus vaste que l'Univers, plus haut que les cieux; seul espoir des nations, seul Rédempteur du genre humain, dominant les deux Testaments, depuis la promesse de l'Eden jusqu'aux visions apocalyptiques de l'Adoration de l'Agneau; ce rapprochement, dis-je,  nous met au coeur un grand sentiment de reconnaissance. 

   Au contact de ces âmes ardentes des prophètes déjà tout embrasées de l'amour du Christ qu'elles n'ont fait qu'entrevoir dans une aurore encore si lointaine, nous , les fils privilégiés de la lumière, en possession des sublimes réalités de l'Incarnation, de la Rédemption et de l'Autel, nous sentirons nos âmes déborder de gratitude et d'amour :" Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont point vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont point entendu . " (Luc, X,23,24)

   Si Abraham a tressailli de joie en désirant contempler je jour du Sauveur (Jean, VIII,56), quelles délices ne doit pas trouver l'âme chrétienne dans ce message divin qui annonce l'approche du Messie, la réconciliation du monde avec Dieu et les biens du siècle futur! 

   Et quelle douceur dans cette prière qui nous fait entrer en communion de foi, d'espérance et d'amour avec toutes les générations croyantes, groupées autour du Christ Rédempteur, depuis le commencement de l'humanité!  Ce même Jésus, aujourd'hui si près de nous, régnait sur les intelligences et sur les les coeurs de tous les justes de l'Ancien Testament, comme il règnera à jamais sur tous les élus: 

"Christus heri, hodie, ipse et in saecula"

(Hebr, XIII, 8)

   L'article fondamental que le Juif devait professer pour passer sans heurt de la Synagogue à l'Eglise, ou mieux pour continuer à faire partie du peuple d Dieu, c'était: Jésus de Nazareth est le Christ, c'est-à-dire le Messie promis à nos pères, le descendant de David, l'attente et l'espérance d'Israël . " Je t'adjure par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu." (Matth. 63)

   Pour nous aussi , si nous voulons comprendre cette grande vérité que nous sommes de la descendance spirituelle d'Abraham, et prendre conscience des rapports profonds qui rattachent l'Eglise à la Synagogue, il nous faut fortifier notre foi et professer que notre Christ Jésus était le Messie promis; que tous les livres de l'ancienne Loi, les Prophéties, les Psaumes, parlent de Lui et ont trouvé en Lui leur complète réalisation.

   La liturgie de l'Avent est une continuelle profession de foi de cette vérité. Dans ses répons et ses antiennes les textes prophétiques et les réalisations évangéliques sont constamment juxtaposés; Matthieu et Jean répondent à Isaïe et à David : l'Ave gratia plena de l'Ange , faisant écho au Rorate caeli desuper du Voyant. Dans ce cadre de l'ancienne Alliance, le Christ nous apparaît selon la magnifique expression de Tertullien, l'Illuminator Antiquitatum. 

   Toutes les choses anciennes ont été établies pour signifier le grand mystère du Christ. C'est dans ce sens profond qu'Il est appelé " le premier-né de toutes les créatures" (Col.I,15), le Premier du genre humain; car c'est en Lui seul que toutes les nations sont bénies, c'est-à-dire sanctifiées et consacrées à la majesté divine.

   L'Eglise, en nous faisant vivre le mystère du Christ dans la première Alliance, suit l'exemple de Notre-Seigneur et des Apôtres, exemple qu'ont suivi tous les Pères de l'Eglise . " C'est là ce que je vous disais étant encore avec vous, dit Notre Seigneur avant son ascension; qu'il fallait que tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moise, dans les Prophètes et dans les Psaumes s'accomplit. Alors il leur ouvrit l'esprit pour comprendre les Ecritures." (Luc XXIV,44-46)

   "O hommes sans intelligence et dont le coeur à lent à croire tout ce qu'on dit les prophètes! Ne fallait-il pas que le Christ souffrit toutes ces choses pour entre dans la gloire? Puis, commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, Il leur expliqua, dans toutes les Ecritures ce qui le concernait ..." Et ils se dirent l'un à l'autre :" N'est-il pas vrai que notre coeur était tout brûlant au-dedans de nous, lorsqu'il nous parlait en chemin, et qu'Il nous expliquait les Ecritures? " (Luc XXIV,25-33)

 

 

 

Dom Beaudouin osb+

 

   

Rédigé par Philippe

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