homélie dom Jean Pateau - abbé de Fontgombault. Noël 2019

Publié le 25 Décembre 2019

 

 

Ô admirable échange ! Le Créateur du genre humain,

prenant un corps et une âme, a daigné naître d’une

Vierge ; en entrant dans l’humanité sans le concours de

l’homme, il nous a donné part à sa divinité.

(1ère antienne des Laudes de la Fête de Marie, Mère de Dieu)

Ce regard de Dieu sur l’humanité, qui s’incarne dans un enfant, renvoie à notre propre regard sur chaque humanité appelée à prendre part à la divinité.

Il y a peu, un philosophe1 présentait l’essor fulgurant de la crémation ces trente dernières années comme le fait d’une société qui ne veut plus laisser de traces, qui se refuse à transmettre, qui a honte d’elle-même. Loin de Dieu en effet, l’homme ne vaut plus grand-chose.   Sa vie n’a plus de sens.

 

Quel contraste : Dieu manifeste son amour en envoyant son Fils en notre propre chair, alors que l’homme méprise son corps et les liens de la chair qui s’y nouent. Le corps se réduit à un lieu de souffrance ou de jouissance, de souffrance et de jouissance. Il n’est pas aimé, il est subi. Lieu de la possession de l’autre ou de l’assujettissement, il n’est qu’un objet, un outil, que l’on regarde, que l’on prend, que l’on augmente ou diminue, que l’on vend, que l’on achète, que l’on jette.

Dieu s’incarne dans le temps, et l’homme veut échapper au temps. Dieu féconde en prenant le temps, et l’homme ne désire que jouir dans le présent. Dieu donne et se donne, quand l’homme refuse et se refuse. Dieu est fécond, et notre société devient structurellement stérile.

 

La destruction programmée de la famille, la promotion de l’amour libre ou contre-nature, le refus de la maternité et la conception en laboratoire des enfants, la confusion introduite chez l’enfant dès son plus jeune âge sur ce qu’il est, promeuvent une société déshumanisée. La société des sans-cœur aux mains des médias, armes de désinformation massive au service de ceux qui les possèdent, étend ses tentacules et étouffe les cœurs.

Notre monde, comme l’hôtellerie de Bethléem, n’a plus de place pour l’enfant. L’enfant n’y a plus sa place.

 

Pourtant, l’Enfant de la crèche et sa Mère continuent de nous offrir le témoignage d’un don gratuit. Puisque cet Enfant ne trouve pas de place pour renaître en notre monde, pourquoi aujourd’hui notre cœur ne serait-il pas sa crèche ? Ouvrons-lui enfin résolument la porte. « Tard, je t’ai aimé » écrivait saint Augustin

. Nous ne pouvons dire mieux. L’accueil du mystère de Noël nous invite à reconsidérer notre regard sur notre propre humanité et celle de nos frères. Peut-on mépriser ce que Dieu est venu visiter et racheter ? Le monde a besoin de témoins authentiques et cohérents du Christ, de témoins de l’amour de Dieu. Il en sera ainsi si Dieu est accueilli en nous.

 

Témoignons du mystère de Noël, de cet immense amour incarné dans la crèche, auprès de nos proches, de notre conjoint, de nos enfants, des membres de notre famille, des membres de nos communautés. Notre regard sur les autres est-il juste ? Ce qui est beau, c’est ce que Dieu veut pour chacun de nous.

Le monde va mal, car Dieu est cantonné à la porte des cœurs.

Qu’avec l’Enfant de la crèche, nous renaissions, accueillant le regard de Dieu, accueillant sa présence et son plan sur nos vies. Alors ce sera encore et toujours Noël, car Dieu demeurera avec nous, Emmanuel, et nous serons avec lui. Saint Noël à tous.

 

Amen.

 

 

 

 

Rédigé par Philippe

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article