Isaïe, le prophète de l'Avent.

Publié le 9 Décembre 2019

 

    On peut dire que chaque année, par la liturgie, Isaïe , sous le souffle de l'Esprit-Saint,  vient accomplir son office de prophète et nous faire entendre ses diverses prédictions pour préparer les voies du Sauveur naissant: Des vigiles du premier dimanche, le lecteur annonce l'incipit liber Isaie prophetae et ne referme le livre sacré que la veille de Noël après la lecture du dernier chapitre. Le même prophète fournit aux avant-messes des Quatre-Temps un grand nombre de lectures; ses aspirations les plus ardentes, ses cris de piété et d'espérance prolongent leurs échos dans les répons, les antiennes, les graduels , les versets: l'Eglise ne lasse pas de les redire. 

   Et quoi d'étonnant? Quel temps mieux choisi pour nous faire entendre celui que saint Jérôme appelle " l'évangéliste de l'Ancien Testament", tant étaient précises ses prédictions concernant la venue du Rédempteur, son origine humaine et divine, sa naissance d'une Vierge, ses souffrances, sa mort, sa glorification et la propagation de son royaume sur la terre? 

   Par ce choix, d'ailleurs, l'Eglise ne faisait que reconnaître une prééminence établie par Dieu lui-même. Aux heures solennelles de la vie du Sauveur, Isaïe est cité en témoignage. L'ange lui emprunte ses paroles dans son divin message à Marie (Luc , I, 31 ; Isaïe, VII,14) le Sauveur annonce à son précurseur captif la réalisation des signes prédits par le prophète (Matth, XI, 4-5; Isaïe LXI,I) et dans la synagogue de Nasareth, au début de son ministère apostolique, il interprète ses oracles aux Juifs étonnés (Luc, IV,18; Isaïe, LXI, I). Il déroula le parchemin et lut ce passage du prophète :" L'Esprit du Seigneur est sur moi; c'est pourquoi il m'a consacré par son onction, il m'a envoyé pour évangéliser les pauvres, guérir les coeurs affligés, annoncer aux captifs leur délivrance et aux aveugles la lumière: pour rendre la liberté à ceux qui sont brisés sous les fers, pour publier l'an de pardon du Seigneur et le jour de sa justice." 

   Le ministère prophétique, chez les Juifs, planait au-dessus de tous les pouvoirs constitués. Transformé par des irradiations surhumaines, le prophète était le porte-voix de Dieu. Il puisait dans la conscience de sa délégation divine une liberté et une puissance incomparables.

   Isaïe, fils d'Amos, fut élu de Dieu à ce ministère sept siècles environ avant la naissance du Sauveur. On peut dire qu'il réalise le type du prophète; il est le modèle du prédicateur. Aussi , chaque fois que les prêtres doivent annoncer l'Evangile au peuple, l'Eglise demande-t-elle pour eux des lèvres aussi dignes que celles d'Isaïe :" Purifiez mon coeur et mes lèvres, Dieu tout puissant, vous qui d'un charbon ardent avez purifié les lèvres d'Isaïe. "

   Sa science et sa force, il les a puisées dans la contemplation de Dieu. Sa mission extérieure s'alimente à cette source divine; elle n'en est que l'écoulement. C'est dans le temple, près de l'autel, avec les charbons ardents du brasier des holocaustes, au milieu des nuages d'encens, au son des voix si puissantes que les portes du sanctuaire en sont ébranlées , dans tout ce cadre symbolique, que l'Esprit-Saint purifie son coeur et délie sa langue. 

   L'année de la mort du roi Osias, je vis le Seigneur assis sur un trône élevé et les draperies de son vêtement enveloppaient le temple. Des séraphins nimbaient son visage. Ils avaient chacun six ailes: deux ailes voilaient leur face, deux autres recouvraient leur corps, et deux étaient déployées. Et ils criaient l'un à l'autre et disaient :

Saint, Saint, Saint est Jéhovah des armées!

Toute la terre est pleine de sa gloire. 

   Les portes étaient ébranlées dans leurs fondements par la puissance de cette voix et des nuages de fumée emplissaient le sanctuaire.  Alors je dis : 

 Malheur à moi! Je suis perdu!

Car je suis un homme aux lèvres souillées, 

Et j'habite au milieu d'un peuple impur.

Et mes yeux ont vu le Roi, Jéhovah des armées;

   Mais l'un des séraphins vint vers moi, tenant à la main un charbon ardent qu'il avait pris sur l'autel. Il en toucha ma bouche et dit : 

Ceci a touché tes lèvres;

Ton iniquité est enlevée et ton péché expié.

   Et j'entendis la voix du Seigneur disant: 

Qui enverrai-je,

Et qui sera notre messager? 

   Et je dis:

Me voici, envoyez-moi. 

  Oui, avant d'être prophète devant le peuple, Isaïe fut voyant aux pieds des autels. 

    L'esprit de Dieu a allumé dans l'âme du prophète un désir immense du Sauveur promis et toute sa prédication jaillit de ce foyer. Ce ne sont que cris d'impatience, appels pressants, transports sublimes. Il pourrait dire, lui aussi :" Voici que depuis qu'ont retenti à mes oreilles les paroles de votre message, mon esprit a tressailli de joie en moi et brûle de se porter à la rencontre du Dieu qui vient le sauver." 

   A la vérité, une longue série de messagers nous sont venus dès le commencement du monde, poussés par le même Esprit; ils n'avaient tous qu'un cri, qu'une parole: Il vient, le voilà! Mais aucun n'a étendu le regard si loin et annoncé au peuple d'Israël l'histoire du Christ avec une telle plénitude de traits et de lumière. Ce message de paix qui caractérise le ministère du fils d'Amos n'exclut pas l'annonce des vengeances divines, habituelle aux prophètes; il entreprend, au contraire, de reprocher aux Juifs les crimes dont ils se sont souillés; il s'indigne avec véhémence contre les abus des grâces et l'endurcissement du coeur; il prédit la ruine de cette race ingrate, mais ses malédictions lui sont inspirées par le désir immense de préparer le règne du Sauveur; quand il maudit comme il bénit, Isaïe envisage les espérances de l'avenir. La parabole de la ruine de Jérusalem, que nous lisons le jeudi de la première semaine, est d'une incomparable puissance :

Mon bien-aimé avait une vigne

Sur un coteau fertile.

Il en remua le sol, il en ôta les pierres,

Et la planta de ceps exquis;

Il y bâtit une tour au milieu,

Et il y creusa un pressoir;

Puis il attendit qu'elle donnât des raisins. 

Mais elle donna des fruits verts.

Et maintenant, habitants de Jérusalem et de Juda,

Jugez, je vous prie, entre moi et ma vigne;

Qu'y avait-il à faire de plus à ma vigne

Que je n'aie pas fait pour elle? 

Et maintenant , voici mes desseins,

J'arracherai sa haie, et elle sera dévastée,

J'abattrai sa clôture , et elle sera foulée aux pieds.

J'en ferai un désert, 

Et elle ne sera plus ni taillée, ni cultivée;

Les ronces et les épines y croîtront,

Et je commanderai aux nuées

De ne plus laisser tomber la pluie sur elle.

Car la maison d'Israël est la vigne de Jéhova des armées.

Et les hommes de Judas sont le plan qu'il chérissait,

Il en attendait la droiture, voici l'iniquité;

La justice, et voici des cris de détresse.

    La parole d'Isaïe est plus vraie pour nous que pour le peuple juif. Notre esprit de foi doit nous faire découvrir, à travers les symboles de son histoire, les réalités surnaturelles de l'économie rédemptrice. 

 

Rédigé par Philippe

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