C'est l'espérance folle !

Publié le 9 Janvier 2020

 

      L'espérance est une force intérieure qui nous pousse à l'effort, à l'action, à la lutte: c'est une vertu entreprenante qui entraîne l'âme à la manière des habitudes acquises et plus vigoureusement encore. Sous son influence, la volonté s'élance hardiment vers la béatitude. 

  Elle est la flamme doucement impétueuse qui entraîne le coeur, le souffle suave et véhément qui gonfle les voiles et nous emporte vers la vie, la force qui bande l'âme comme un arc et la rapproche du but. Elle déploie, elle prolonge la volonté et diminue la distance qui nous sépare du bonheur. C'est pourquoi saint Paul s'écriait :" Je me porte par tout mon être vers ce qui est en avant, je cours droit au but, pour obtenir le prix. " 

  C'est pourquoi saint Thomas écrivait : " Au désir l'espérance ajoute un effort, elle élève l'âme impatiente d'atteindre l'objet de ses voeux. 

   C'est pourquoi Albert le Grand disait :" L'espérance est l'essor magnanime d'un homme qui s'élance vers les hauteurs, qui se dilate pour embrasser la béatitude et l'éternité.

   Cet effort a quelque chose de laborieux: l'espérance qui l'anime nous presse de nous emparer de tous les moyens mis à notre disposition pour atteindre le but, d'accueillir tous les secours qui nous sont offerts pour opérer notre ascension, de saisir au vol, si je puis ainsi m'exprimer, toutes les grâces qui se présentent, de chercher dans les personnes, dans les choses, dans les évènements la puissance de Dieu pour nous soulever jusqu'à Dieu, de nous faire de tous les biens autant d'échelons qui nous permettent de monter au sommet où la gloire nous attire. Cet effort a quelque chose d'absorbant en ce sens que l'homme dominé par l'espérance néglige ce qui ne s'y rapporte pas et concentre son attention sur l'étoile du suprême bonheur allumée dans les cieux. 

   Oubliant ce qui est derrière lui, il dédaigne le rire mondain comme une erreur, il juge trompeuse la joie des sens, il estime qu'en s'y attardant il ne pourrait qu'y perdre, il pense que ce qui ne l'aide pas à gagner le Christ est indigne de son attention. 

   Cet effort a quelque chose de militant. L'espérance fait du chrétien un athlète que le sentiment de la difficulté exalte, stimule, enthousiasme. Elle l'endurcit à la fatigue, à la marche, elle lui apprend a supporter les privations sans défaillir, à savoir vivre dans l'abondance et dans la disette sans renoncer à la lutte. 

   Elle le rend agressif à l'endroit des obstacles qui barrent la route, - style certains réseaux sociaux, où elle ne s'attarde pas - 

elle lui met aux mains l'outil de l'ouvrier pour édifier son bonheur et l'épée du soldat pour repousser ses ennemis. 

   Le chrétien qui suit les impulsions de l'espérance déploie toutes ses énergies au service de sa destinée, même au milieu des ombres de la mort, il reste vaillant, sachant que le Seigneur est avec lui et qu'il peut tout en Celui qui le fortifie. 

   L'espérance naît de Dieu, c'est-à-dire que si elle vous manque, si elle est éteinte, si elle languit, c'est à Dieu que vous devez demander de l'éveiller, de la rallumer de vous la rendre avec son activité. Elle vous fait vivre dans l'atmosphère de Dieu; c'est-à-dire qu'en vous abandonnant à ses impulsions, vous goûterez déjà quelque chose de la félicité des élus et que vos âmes vibreront à l'unisson de ceux qui sont arrivés au terme.

   Elle vous fait vouloir la béatitude éternelle: sous son action, vous vous attacherez à cette béatitude comme à la seule réalité où vous puissiez trouver le rassasiement et vous n'aspirerez qu'à ce but idéal. 

    Elle vous rend capables d'attendre Dieu avec une confiance inébranlable: en lui obéissant, vous démasquerez et vous repousserez tous les tentateurs qui chercheraient à vous détacher de son ancre et à vous aventurer au milieu des orages et des écueils.

   Elle vous imprime un élan vigoureux vers Dieu: en écoutant sa voix vous ne négligerez aucun des secours qui vous sont offerts pour entrer dans la Jérusalem céleste, et chaque pas que vous ferez vous rapprochera de votre fin. 

   Vous trouverez déjà dans cette docilité une grande force, de vives consolation, puis un jour le voile se déchirera, et vous serez tout à coup transportés de l'exil où l'on attend le bonheur dans la patrie où on le possède. 

    Faites donc appel à l'espérance, demandez-lui, quand votre zèle pour le bien se ralentit, de le ranimer et de vous communiquer sa force, invoquez son secours et son appui pour rendre à toutes les autres vertus leur ardeur et leur activité.

    Lorsque les créatures vous attirent par leurs charmes et vous tentent, priez-la de répéter à vos oreilles ses divines promesses, de faire briller avec plus d'éclat les grandes perspectives qu'elle ouvre devant vous, de vous arracher à la séduction des choses périssables en vous attachant aux réalités qui ne passent pas. 

   Dans l'adversité réfugiez-vous sous son aile, et là, à l'abri, songez qu'il n'y a point de proportion entre les tribulations que nous endurons ici-bas et le bonheur qui nous attend là-haut, consolez-vous des épreuves du présent en escomptant les félicités de l'avenir. 

   Si l'un des vôtres vous est enlevé, ne restez pas ensevelis dans votre chagrin, suivez votre espérance dans son vol et cherchez au-delà du temps, au milieu des bienheureux, les âmes qui ne vous ont été ravies qu'en apparence et que vous retrouverez bientôt.

   A mesure que les années s'écoulent laissez cette belle vertu se dilater davantage, prendre plus complètement possession de vous, afin que, sous son égide, vous sentant plus près du bonheur, vous vous résigniez plus facilement aux sacrifices qui vous sont successivement imposés.

   Enfin, à la dernière heure, au milieu des angoisses de l'agonie, ne permettez pas au sceptre de la mort de vous épouvanter comme il épouvante ceux qui n'attendent rien de l'éternité, mais écoutez l'ange de l'espérance qui penché sur votre couche funèbre se prépare à vous emporter avec lui dans les cieux et dites à ce compagnon futur de votre félicité : 

J'ai l'âme pleine de joie, car nous allons à l'instant franchir le seuil de la maison de Dieu. 

Laetatus sum in his quae dicta sunt mihi, 

in Domini ibimus." 

 

rp Janvier op+ 

Rédigé par Philippe

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