lectio divina: l'exilé .

Publié le 12 Janvier 2020

 

   " Malheur à moi, parce que mon exil s'est prolongé."

      C'est le cri de douleur des captifs de Babylone vivant au milieu des peuples barbares; c'est aussi le cri de douleur des chrétiens sur la terre, et saint Paul, parlant de l'exil qui se prolonge sur cette terre, s'écrie aussi :" Pendant que nous sommes dans ce corps comme dans une tente, nous gémissons sous sa pesanteur. " (II Cor. V,4)

   Et dans un autre endroit:" Non seulement les créatures gémissent, mais nous-mêmes qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons au-dedans de nous." (Rom. VIII,23)

   Qu'est-ce , en effet , que la vie présente? un véritable exil. Et que dis-je, un exil? elle est mille fois plus triste qu'un exil. La première chose, comme la plus importante pour nous à savoir, c'est que nous ne sommes dans cette vie que des voyageurs. Les anciens patriarches le reconnaissaient hautement, et c'est ce qui les rend dignes de toute notre admiration. " C'est pour cette raison, ajoute l'Apôtre, que Dieu ne rougit point d'être appelé leur Dieu. " (Hebr. XI, 15,16)

Quelle est cette raison? Parce qu'ils ont confessé qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur cette terre. (S. Chrys) 

    Il y a plus ici: quelquefois un homme en voyage vit au milieu d'hommes meilleurs que ceux avec lesquels il vivait dans sa patrie; mais il n'en n'est pas ainsi de notre exil hors de la Jérusalem céleste. En effet, un homme quitte sa patrie, et quelquefois il se trouve heureux dans son exil; il y rencontre des amis fidèles qu'il n'avait pu trouver dans sa patrie.  Il fallait qu'il eût des ennemis pour être chassé de sa patrie, et il a trouvé dans l'exil ce qu'il n'avait pas dans sa patrie. 

    Telle n'est pas la patrie de la céleste Jérusalem, où tous les habitants sont bons; quiconque se trouve hors de ses murs est au milieu des méchants, et il ne peut se retirer d'entre eux qu'en revenant dans la société des Anges et des saints, où tous sont bons et justes... Car enfin, s'il habitait avec des justes, il ne dirait pas :" Malheur à moi! " Malheur ! c'est le cri de la misère, c'est le cri de la souffrance et de l'infortune. ... " Mon âme a été longtemps errante dans une terre étrangère." 

   De peur qu'on ne pensât à un voyage corporel, le Prophète dit que son âme a été longtemps errante. Le corps voyage en changeant de lieux; l'âme voyage en changeant de sentiment. 

   Si vous aimez la terre, vous voyagez loin de Dieu; si vous aimez Dieu, vous montez vers Dieu . (St Aug.)

   Quand on a considéré des yeux de la foi la grandeur des biens du ciel, la terre, avec tous les biens qu'elle renferme, ne parait plus digne d'attacher notre coeur que cette tente mobile que le pèlerin dresse dans le désert, ou que ces meubles précieux que le voyageur rencontre dans l'hôtellerie où il s'arrête quelques instants pour prendre le repas du matin ou le repos de la nuit.

   Le Prophète leur annonçait la paix, mais ces ennemis de la paix, non seulement ne la recevaient pas , mais attaquaient sans motifs, par leurs méchancetés, le prédicateur de la paix. (St Jérôme et St Hil.)

    Tant que nous vivons au milieu du monde, nous demeurons avec les habitants de Cédar, avec les ennemis de Dieu et de son Eglise, car les tentes de Cédar, tentes noires et grossières, sont celles de l'esprit de ténèbres. Ces tentes qui nous offrent un abri ne renferment que le vice, le mensonge et la fourberie, et mon coeur leur est trop souvent semblable, parce que lui-même ne donne asile qu'aux pensées vaines et aux coupables convoitises. 

   Désirons donc, comme le Prophète et comme l'Apôtre, voyager loin de notre corps plutôt que loin de Dieu, et ne soyons pas comme le grand nombre des chrétiens, qui chérissent tellement les jours de leur voyage et les tentes de Cédar, qu'ils ne savent pas de discours plus triste que celui qui les entretient du départ prochain de cette vie. 

   Le Prophète a dit qu'il a demeuré avec les habitants de Cédar, mais non dans les habitations de Cédar; car, bien que les saints vivent dans la chair, cependant, si les armes avec lesquelles ils combattent ne sont point charnelles, mais puissantes en Dieu, ils habiteront près des tentes , mais non sous les tentes de Cédar; car, séparés de leur corps par leurs inclinations, et déjà citoyens du ciel par le coeur, ils entendent l'Apôtre leur dire :" Pour vous, vous n'êtes point dans la chair , mais dans l'esprit, si toutefois l'Esprit de Dieu habite en vous. " (Rom. VIII,9) (St Hil.) " J'étais pacifique avec  ceux qui haïssaient la paix." 

   Qui de nous aujourd'hui pourrait tenir ce langage?

   C'est beaucoup pour nous d'être pacifiques avec les amis de la paix; pour lui, il l'était avec ceux qui haïssaient la paix. Comment pourrons-nous arriver à ce degré de vertu? si nous vivons ici-bas comme des étrangers , comme des voyageurs qui ne se laisse arrêter par aucune des choses qui se présentent à leurs regards. En effet, la cause principale des dissensions et des guerres, c'est l'amour des biens de la terre, la passion et la gloire, de l'argent et des plaisirs... 

   C'est pour cela que Notre-Seigneur nous envoie comme des brebis au milieu des loups. Il ne veut pas que vous puissiez dire : j'ai tant souffert que mon caractère en a été aigri. Vos souffrances fussent-elles mille fois plus nombreuses, vous dit-il, conservez la douceur de la brebis , et vous triompherez facilement des loups. Vous êtes en lutte avec un homme pervers et corrompu, mais les forces dont vous disposez vous rendent supérieur à tous les efforts des méchants.

   Quoi de plus doux qu'une brebis? quoi de plus féroce qu'un loup? et cependant les brebis triomphent du loup, comme nous le voyons dans la personne des Apôtres; car rien n'égale la puissance de la douceur, ni, la force de la patience... 

   " Lorsque je leur parlais, ils s'élevaient contre moi sans raison. " C'est au moment même que je m'entretenais avec eux, que je leur donnais des marques d'amitié, en leur adressant les paroles les plus bienveillantes, c'est alors qu'ils m'emportaient et qu'ils ourdissaient leurs ruses, sans que rien fût capable de les arrêter; et cependant, en face de ces dispositions haineuses, ma douceur ne se démentait pas. 

    Tels doivent être nos sentiments: qu'ils ne répondent à notre amour que par des outrages et des mauvais traitements , qu'ils nous donnent des pièges, ne laissons pas de leur opposer la même vertu. (St Chrys) 

    Vivre en paix avec des âmes pacifiques, avec des esprits modérés, avec des humeurs sociables, à peine serait-ce une vertu de philosophe et de païen; beaucoup moins doit-elle être pour une vertu surnaturelle et chrétienne. 

   Le mérite de la charité; disons-mieux, le devoir de la charité est de conserver la paix avec des hommes difficiles fâcheux, emportés. Pourquoi? Parce qu'il peut arriver, et parce qu'en effet il arrive tous les jours, que les plus emportés et les plus fâcheux, les plus difficiles et les plus chagrins, sont justement ceux avec qui nous devons vivre dans une plus étroite société, ceux dont il nous est moins possible de nous séparer, ceux à qui , dans l'ordre de Dieu, nous nous trouvons attachés par des liens plus indissolubles. (Bourdaloue) 

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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