mes larmes. psaume 42

Publié le 13 Janvier 2020

 

   "Mes larmes sont devenues mon pain."

   Les hommes mangent pendant le jour cette nourriture que l'on nomme du pain, et la nuit ils dorment, mais le pain des larmes est mangé nuit et jour, soit que vous preniez le jour et la nuit pour le temps tout entier, soit que, par le jour, vous vouliez comprendre les prospérités, et par la nuit, les adversités de ce siècle. 

   Au milieu des prospérités ou dans les adversités, je verse les larmes de mon désir, je ne perds rien de l'avidité de mon désir, et même, quand tout est bien pour moi dans le monde, tout y est mal , jusqu'à ce que je paraisse devant la face de Dieu. 

 Pourquoi me forcer de me féliciter, en quelque sorte, du jour, si quelque prospérité de ce monde vient à me sourire?

   Est-ce qu'elle n'est pas décevante? Est-ce qu'elle n'est pas transitoire, périssable, mortelle? est-ce qu'elle n'est pas temporaire, changeante , passagère? Est-ce qu'elle n'apporte pas plus de déception que de délectation? Pourquoi donc, même au sein de prospérité, mes larmes ne seraient-elles pas mon pain? Car , même lorsque le bonheur de ce monde brille autour de nous dans tout son éclat, tant que nous sommes dans ce corps, nous sommes voyageurs loin de Dieu . (II Cor. V,6) 

 

   Quelquefois les larmes n'ont pas de cause précise :" Il y a des larmes dans tout l'univers," et elles nous sont si naturelles, qu'encore qu'elles n'eussent pas de cause, elles couleraient sans cause, par le seul charme de cette ineffable tristesse dont notre âme est le puits profond et mystérieux. " ( Lacordaire )

   On pleure comme l'enfant au berceau, sans savoir pourquoi; on pleure parce qu'on est exilé, et que, dans l'exil, le sentiment de la patrie mouille souvent la paupière, alors même qu'on n'en n'a pas le souvenir distinct et présent.

   

   On pleure , parce que rien ne nous satisfait complètement, que le lait le meilleur contient quelque mélange d'absinthe, le vin le plus doux a ses gouttes d'amertume... Qui me dira la cause de ces larmes? " C'est, s'écrie Bossuet, c'est je ne sais quoi qu'on ne peut dire. " 

   N'est-il pas vrai , en empruntant dans un autre sens la pensée de Virgile, qu'il y a partout des larmes dans les choses. " sunt lacrymae rerum." 

  Il est d'autres larmes plus précieuses, plus fécondes, larmes divines, qui semblent tomber du ciel dans le coeur de l'homme: ce sont les larmes d'un coeur aimant, coeur qui est penché sur le coeur de Dieu, et qui pleure parce qu'il aime.

   N'en avons-nous jamais versé , de ces larmes parfumées, comme les appelle sainte Catherine? Nous avons dû en répandre, ne serait-ce qu'à l'époque de notre première communion, après une retraite , dans une oraison fréquente, à ces jours de lumière inopinée où Dieu semble vouloir entrer brusquement dans votre coeur, dans la pénombre d'une abbaye ?

Et je ne parle pas seulement des larmes extérieures; c'est vous que je veux spécialement désigner, larmes mystérieuses qui tombez en silence d'un coeur liquéfié d'amour; larmes immatérielles, invisibles , que les anges aperçoivent à peine, mais que Dieu distingue et reçoit avec bonheur comme la plus pure essence de l'âme ! 

   C'est vous que je salue, que je voudrais pouvoir adorer comme cette liqueur embaumée qui sort de certains arbres dans les pays orientaux! Vous coulez toujours: il n'est pas nécessaire que le tronc qui vous porte soit fendu par le fer, il suffit que ses feuilles soient agitées par la plus légère brise d'amour. 

 

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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