"Mon âme a soif de vous! " Deus Deus meus, ad te de luce vigilo !

Publié le 15 Janvier 2020

 

 

    Il faut veiller pour Dieu, parce qu'il veille toujours sur nous; qu'il a sans cesse l'oeil ouvert pour exaucer nos prières , et qu'il répand sa lumière sur ceux qui veillent. (st Bas.) 

   Qu'est-ce que veiller? c'est assurément ne pas dormir. Qu'est-ce que dormir ? Il y a deux sommeils: celui de l'âme et celui du corps. Nous avons tous besoin du sommeil corporel, car, s'il nous manque , l'homme dépérit, le corps lui-même s'affaiblit. En effet , la fragilité de notre corps ne peut longtemps soutenir la veille et l'application active de l'âme. Si l'âme s'applique trop longtemps au travail, le corps fragile et terrestre devient incapable de le soutenir et de supporter son action; il tombe en défaillance et succombe. 

   C'est pourquoi Dieu a donné au corps le sommeil qui répare les forces de ses membres, afin que ceux-ci puissent soutenir l'âme pendant qu'elle veille. 

   Mais ce que nous devons éviter, c'est de laisser notre âme s'endormir; car le sommeil de l'âme est un sommeil funeste. Salutaire est le sommeil du corps qui répare les langueurs du corps; mais le sommeil de l'âme, c'est l'oubli de Dieu. Toute âme qui oublie son Dieu est endormie. C'est ce qui explique le langage de l'Apôtre à ceux qui oublient Dieu :" Levez-vous , vous qui dormez; levez-vous d'entre les morts, et le Christ répandra sur vous sa lumière. " (Eph. V,14)

   Etait-ce le corps qui dormait dans celui que réveillait l'Apôtre? C'était une âme endormie qu'il éveillait, et il l'éveillait pour que le Christ l'éclairât. C'est donc en veillant de cette manière que le Psalmiste dit : " O mon Dieu! dès que la lumière parait, je veille et j'aspire à vous. " Vous ne sauriez, en effet, veiller en votre âme, si une lumière ne se levait sur vous, qui vous tirât de votre sommeil. (St Aug)

   Il faut veiller pour Dieu, chercher Dieu, implorer son secours dès l'aurore :" Le sage s'appliquera à tourner dès l'aurore son coeur vers le Seigneur qui l'a créé, et il priera en présence du Très-Haut . (EcclXXXIV,6)

   La sagesse est connue facilement par ceux qui l'aiment et trouvée par ceux qui la cherchent. Elle devance ceux qui la désirent , pour se montrer à eux la première. Qui veillera pour elle dès le matin ne se lassera point; car il la trouvera assise à sa porte. (Sag. VI,13,15)

   Il y a une faim de l'âme, il y a une soif de l'âme! il y a donc aussi un pain de vie pour l'intelligence et le coeur; il y a un breuvage pour les veines de l'âme . . L'Ecriture qui excelle à peindre tous les mouvements de l'âme et toutes les formes de la vie, l'Ecriture nous fournit à chaque page de nombreux témoignages de cette vérité; elle nous parle des âmes qui ont faim; elle assure que Dieu les rassasiera; elle affirme que certaines âmes sont tourmentées par une soif violente. 

   Dieu , source de vie: on n'est admis à puiser à cette source qu'autant qu'on a soif. C'est Dieu qui invite les hommes aux eaux de sa grâce, mais il invite ceux qui en sont altérés. Il veut se donner, mais à ceux qui brûlent d'une soif ardente pour lui.

   Dieu a soif que nous ayons soif de lui; - Dieu donne cette soif à ceux qui ne l'ont pas. - Cette soif, c'est la faim et la soif de la justice; cette soif, c'est le désir de l'âme. Qu'il en est peu qui aient cette soif de Dieu! Comptez les aspirations, les désirs qui s'élèvent à chaque instant du jour du coeur des hommes sur la surface du monde habité: combien Dieu y a peu de part! 

    - Voyez de quelle soif brûle le Prophète, mais voyez aussi quel est le bien qu'il désire :" Mon âme a soif de vous. " Il y en a , en effet,  qui ont soif, mais ils n'ont pas soif de Dieu. Quiconque veut obtenir quelque chose est dans l'ardeur du désir, et ce désir est une soif de l'âme. Or, voyez combien de désirs variés se trouvent dans le coeur des hommes: l'un désir de l'or, l'autre désire de l'argent, celui-ci des propriétés, celui-là des héritages; qui , une grosse somme d'argent; qui, de nombreux troupeaux; un autre, une grande maison; un autre , une épouse; un autre, des honneurs, un autre , des enfants. 

   Vous voyez comme ces mille désirs agitent le coeur des hommes. Tous les hommes sont consumés de désirs, et à peine s'en trouve-t-il un qui dise :" Mon âme a soif de vous. " En effet, les hommes ont soif des biens de ce monde, et ils ne comprennent pas qu'ils sont dans le désert d'Idumée, où leur âme doit avoir soif de Dieu. 

   Quant à nous , disons :" Mon âme a soif de vous ;" disons-le tous , parce que nous ne sommes tous qu'une seule âme dans le même Christ. Que ce soit cette âme qui ait soif de Dieu, dans le désert d'Idumée. (St Augustin)

   C'est peu que mon âme ait soif de vous, ma chair aussi ressent la même soif; mais, si l'âme est altérée de Dieu, comment la chair est-elle aussi altérée de lui? C'est que la résurrection a été promise à notre chair. De même que la béatitude est promise à notre âme, ainsi la résurrection est promise à notre chair. (St Augustin)

   " Mon âme a soif de vous; en combien de manières ma chair vous désire-t-elle!" Oui, ma chair prend part au désir de l'âme; car c'est en elle que s'accomplit ce qui cause à l'âme ces transports :" Mon coeur et ma chair se réjouiront dans le Dieu vivant." (Ps. LXXXIII,2)

   Tous mes os crieront :" Seigneur , qui est semblable à vous? " Qui vous est semblable en puissance? Mais qui vous est semblable en bonté et en amour ? (Bossuet ) 

 " Toute créature attend avec un grand désir la manifestation des enfants de Dieu...." dans l'espérance qu'elle sera elle-même affranchie de cet asservissement à la corruption, pour entrer dans la liberté et la gloire des enfants de Dieu. (Rom. VIII,19,21)

    Mais en quel lieu cette soif est-elle ressentie par notre âme, et aussi tant de fois par notre corps, soif qui n'est point un appétit vulgaire, mais le besoin de vous posséder , vous, Seigneur notre Dieu? 

   " Dans une terre déserte, sans route et sans eau . " comme la Vendée ! 

   Cette terre c'est le monde, c'est le désert d'Idumée, d'où le psaume a reçu son titre: " Dans une terre déserte . " 

   C'est peu qu'elle soit " déserte" ; c'est-à-dire sans aucun homme pour habitant; elle est de plus " et sans route et sans eau. " 

   Plût au ciel que dans ce désert il y eût du moins une route! Plût au ciel qu'un homme tombé dans ce désert sût au moins par où il pourrait en sortir ! Mais il n'y voit aucun homme pour le consoler, il n'y voit aucune route pour en sortir .  Il y séjourne donc. 

   Plût au ciel qu'il y trouvât de l'eau, tout au moins pour réparer ses forces, s'il ne peut en sortir ! Que ce désert est funeste! Qu'il est horrible et redoutable! Et cependant Dieu a eu pitié de nous: il nous a donné une route dans ce désert, Notre-Seigneur Jésus-Christ lui même. (Jean IV,4) - - Jésus sacramenté. (père Henry ) 

   Voilà donc que , dans ce désert, nous possédons toutes choses, mais elles ne viennent pas du désert. Le Psalmiste vous a fait d'abord connaître ce qu'est le désert en lui-même, afin que, sachant l'étendue de votre malheur, si vous veniez à goûter ici-bas quelques consolations, en y rencontrant des compagnons, un chemin, de l'eau, vous vous gardiez de les attribuer au désert, mais que vous les rapportiez à celui qui a daigné vous visiter dans le désert . ( St Aug. )

" Pour voir votre puissance et votre gloire. " 

   D'abord mon âme et souvent aussi ma chair ont eu soif de vous dans le désert, dans cette terre sans route et sans eau; " et ainsi j'ai paru devant vous, dans votre sanctuaire, pour voir votre puissance et votre gloire. " 

   Nul, s'il n'a d'abord soif dans ce désert, c'est-à-dire dans l'état malheureux où il est , ne parvient jamais au souverain bien , qui est Dieu. Mais , dit-il, " j'ai paru devant vous dans votre sanctuaire. " 

   Déjà se trouver dans le sanctuaire est une grande consolation surtout avec ses moines. 

   Que veut dire :" J'ai paru devant vous pour voir." Il n'a pas dit :" J'ai paru devant vous pour être vu de vous; mais :" J'ai paru devant pour voir votre puissance et votre gloire." 

   C'est pourquoi l'Apôtre dit :" Et maintenant , vous connaissez Dieu, ou plutôt Dieu vous connaît ." (Gal.IV,9) En effet , vous avez d'abord paru devant Dieu, afin que Dieu pût vous apparaître. " Pour voir votre puissance et votre gloire. " 

   Assurément, dans ce désert, c'est-à-dire dans cet isolement, si un homme demande au désert même ce dont il a besoin pour être sauvé, il ne contemplera jamais la puissance et la gloire du Seigneur; mais il y restera, destiné à y mourir de soif, et il ne trouvera ni route, ni consolation, ni eau qui lui donne la force de subsister dans le désert. 

   Au contraire, si cet homme s'élève jusqu'à Dieu, s'il lui dit, du fond de son coeur et de ses entrailles " Mon âme a eu soif de vous et combien de fois ma chair aussi, il recevra de grandes consolations. (St Aug)

 

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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