avec petit frère: Cum Christo.

Publié le 20 Février 2020

 

 

 

" Laissez-lui votre humanité pour qu'en vous il soit victime. Laissez-lui votre humanité pour qu'en vous il revive tous les sentiments qu'il a éprouvés en chacun de ces évènements et pour qu'en vous il revive tous les évènements de sa vie terrestre, pour qu'en vous il revive tous les sentiments qu'il a éprouvés en chacun de ces évènements et pour qu'en vous, par conséquent , il mérite de nouveau pour vous et pour les âmes les grâces de rédemption et de transfiguration qu'il avait méritées par chacun de ces évènements. 

   C'est si beau cette vie liturgique, c'est si bon, si exaltant de vivre cette vie liturgique puisqu'aussi bien, ce n'est pas autre chose que la vie même du Christ qui s'offre à être vécue par nous. 

   Chaque année , en votre âme, recommencez la destinée terrestre du Christ ou plutôt qu'en vous le Christ recommence sa destinée terrestre. 

   Oh non, ce n'est pas là de la rhétorique, ce n'est pas là du sentiment vague et vide : c'est le roc même de la doctrine, c'est saint Paul et c'est saint Jean: c'est le christianisme dans ce qu'il a de plus solide et de plus profond. 

   Le Christ est avant tout le Christ sauveur, le Christ rédempteur. C'est cela qu'il veut être en nous. La messe nous le crie à chaque instant. Alors, que votre journée soit pour vous votre messe à vous, que votre vie soit une messe ininterrompue, c'est-à-dire une union ininterrompue de votre sacrifice au sacrifice du Christ. 

   Abandonnez-vous à ces grandes pensées, je veux dire vivez ces grandes réalités à chaque instant. Non, ce ne sont pas des mots, non , ce ne sont pas des illusions. Votre vie d'en vivre se sentira devenue tellement grande, tellement riche. Vous serez devenu le Christ lui-même: c'est l'expression de Saint Augustin après avoir été celle de saint Paul.

   Et alors pourquoi avoir peur de n'être plus vous-même si du même coup vous êtes le Christ?  Vous ne perdez pas au change, je ne crois pas, n'est-ce pas mon enfant; se vider de soi-même pour se retrouver en soi le Christ, mais aussi pour se retrouver soi-même en le Christ et par le Christ: qu'y a-t-il donc de terrifiant? Car le Christ qui est le même dans toutes les âmes, ne standardise pas les âmes. Chacun de nous est une parcelle du Christ mystique , en même temps que le Christ mystique tout entier est en lui, mais chacun de nous a sa façon personnelle d'être le Christ mystique. 

   Le Christ mystique, c'est l'adorateur que la Sainte Trinité s'est réservée de toute éternité pour trouver un hommage digne d'Elle. Mais dans cet hymne d'adoration qui s'échappe du Christ, chacun de nous dit sa note personnelle. Dans cette apothéose magnifique qu'est, en l'honneur de la Trinité, le Christ mystique, chacun de nous jette son reflet personnel. 

   Dans cet immense cri d'amour qu'est, en l'honneur de la Sainte Trinité, le Christ mystique, chacun de nous épèle le mot à sa façon . L'unité du Christ mystique ce n'est pas un moule brutal où la personnalité des âmes est comme anéantie; c'est comme une immense fournaise où une richesse splendide se fait de toute la variété des âmes fondues dans le Christ mais restées elles-mêmes dans le Christ. 

   Le Christ en vous, qu'est-ce que ça veut dire aussi? En vous: c'est-à-dire en ce dont est faite votre vie de chaque jour. C'est là que vous devez chercher et trouver le Christ. Le Christ, votre Christ, c'est votre vie de chaque jour qu'il sera le Christ en vous. Oui, votre vie de chaque jour, telle que la veut votre vocation, telle que la veulent les circonstances: il est là pour vous le Christ. 

   C'est en faisant cela en vous, avec vous, par vous, que votre Christ vivra, grandira, s'épanouira. 

   Cherchez-le dans la paix.

   Ce n'est pas peu de choses, savez-vous, que de chercher " son " Christ à soi, je veux dire la manière dont le Christ a choisi de vivre en vous, l'aspect particulier de lui-même qu'il vous demande de reproduire en vous.

   Alors on ne trouve pas du premier coup. Parfois il y a en vous des désirs impatients que soit d'un seul coup déchiré le voile qui vous cache " votre" Christ: parfois de ce que vos faiblesses vous ont laissé tellement en deçà de ces désirs, vous êtes tenté de douter de vous-même. 

   Pas trop de hâte à vouloir vous emparer de " votre " Christ qui aime à se faire chercher, qui veut se faire conquérir, qui veut se faire mériter. Alors il semble qu'il se dérobe, qu'il se dérobe. Il semble à l'âme qu'elle piétine et qu'elle n'avance pas . Oh ! qu'elle cherche toujours sans douter, pleine de confiance. Quand on cherche le Christ on le trouve. 

   C'est quand on croit que décidément on n'arrivera pas au bout qu'alors, tout d'un coup, le Christ, satisfait que l'âme se soit obstinée à sa recherche, se révèle lui-même au fond du coeur: trait de lumière qui, en une seconde, nous livre ce que nous avons si longuement cherché, mais aussi brûlure au coeur, telle qu'en un instant la volonté se sent haussée à des énergies dont elle n'aurait pas soupçonné qu'elles puissent lui venir ainsi, comme par un coup de baguette magique. 

   Coup de baguette magique? non. C'est la source qui a jailli des eaux vives qu'avait accumulées la persévérance de nos efforts à la poursuite de notre Christ, restés en apparence inutiles. 

   Alors, si cette disposition générale de chercher le Christ est en vous, ce désir ardent de le vouloir, s'il est en vous, je vous en prie, n'attachez aucune importance aux faiblesses d'un moment: n'y faites même pas attention.

    A plus forte raison , ne vous laissez pas déprimer par tout ça. Finalement, voyez-vous, quand nous sommes dépités de trouver ces faiblesses en nous, c'est de l'orgueil. C'est qu'on s'était mis en route vers le Christ en se croyant capable par soi-même de se hausser jusqu'à lui, c'est que nous croyions qu'il y a en nous autre chose que le mal.  Et tout le bien qui est en nous, ça c'est de Dieu, ça c'est du Christ. Alors être étonnés de se trouver soi-même en soi, c'est s'être trompés sur son compte, c'est de l'orgueil. 

   Alors mon cher enfant, savez-vous où je voudrais que vous en arriviez. Et quand vous y serez arrivé, vous éprouverez qu'il n'y a pas dans la vie spirituelle, si féconde en joies cependant, de joie plus profonde que celle-là; être heureux de trouver en soi cette faiblesse, savourer de trouver en soi cette faiblesse, savourer de se savoir rien, de se sentir rien. Savourer , que Dieu seul est, que nous, nous ne sommes pas. Et que si nous sommes , c'est par ce que Dieu a mis de lui-même en nous. C'est le " je me réjouis de mes infirmités " de saint Paul. 

   Voilà la vraie humilité, non pas dans les conceptions étroites qu'en ont la plupart des âmes ... la véritable humilité qui sait qu'elle n'est rien, que Dieu seul est , mais qu'avec Dieu en elle, elle peut être tellement de choses elle-même. Alors la véritable humilité, non pas nier et contester ce que nous avons en nous, mais savoir qu'en nous tout cela n'est pas de nous mais est de Dieu. Oh ! savourer le " sans moi vous ne pouvez rien faire " de notre Christ. 

   Et alors, puisque devant Dieu qui est Celui qui est, nous sommes "celui qui n'est pas " , ... alors voulant tout de même être, chercher en nous quelque chose par quoi nous soyons et savoir que c'est le Christ. Oui, par le Christ qui est en nous, seulement nous sommes, nous. Car par le Christ seul qui est en nous, il y a le bien en nous . Et  seul le bien , on peut dire qu'il est. Le mal , lui, il n'est pas. Et comme de nous-mêmes , nous ne sommes que le mal, alors de nous-mêmes, nous ne sommes pas. 

   Oui, pour être devant Dieu quelque chose, savoir que nous avons besoin d'être le Christ, d'être le Christ à fond, à plein. Et plus nous sommes le Christ, plus nous sommes. Plus alors nous glorifions Dieu par le Christ qui est en nous. 

  Après avoir savouré d'être, en face de Dieu qui est, celle qui n'est pas - arrivez-en là, demandez à Dieu d'en arriver là - d'avoir découvert de tels horizons, vous en resterez ébloui à jamais, et votre coeur en craquera de joie; après avoir savouré d'être , en face de Dieu qui est, celle qui n'est pas, savourez d'être en face de Dieu son propre Christ, et alors étant le propre Christ de Dieu, savoir qu'on est cette fois digne de Dieu, enfant de Dieu, qu'on vit de la vie même de Dieu. 

 

 

   Rien ne nous donne le Christ comme la liturgie. 

   Revivre ainsi, l'un après l'autre, les grands évènements de la vie du Christ, revivre par conséquent l'un après l'autre les sentiments qui furent ceux du Christ en chacun de ces grands évènements: peut-il y avoir un moyen plus sûr pour que notre Christ soit vraiment vivant en face de notre âme. 

   N'être plus nous tout le long de l'année, tout le long de notre vie , être le Christ lui-même dévoué à la gloire de la Sainte Trinité: par chacune de nos démarches, même les moindres , que le Christ en nous soit glorifié et glorifie son Père: je vous le répète: peu importe alors que l'on mène une vie active ou que l'on soit contemplatif - il suffit d'être ce que le Bon Dieu a voulu qu'on soit - oui, peu importe puisque en nous le Christ est plus aimé, puisque, par le fait qu'il est aimé en nous, il est aimé en dehors de nous, puisque le Père est glorifié. Oui, toujours plus de simplicité avec le Bon Dieu. On n'est jamais assez simple avec lui, on n'est jamais assez enfant avec le Bon Dieu. Quand on est devant lui, ne plus penser qu'à lui.... 

 

 

 

rp Peyriguère.

Rédigé par Philippe

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