consolatrix afflictorum , ora pro nobis.

Publié le 10 Mars 2020

 

   La beauté de Jésus est inépuisable. Comme la vue de Dieu dans le ciel, elle est toujours variée, et pourtant toujours la même; elle est toujours chère comme une joie ancienne et familière, et pourtant toujours un objet  de surprise et de rafraichissement pour l'esprit, comme si elle était , en réalité, toujours nouvelle.

   Jésus est beau toujours, beau partout, lorsqu'il est défiguré par les tourments de la Passion, aussi bien que dans les splendeurs de la résurrection, parmi les horreurs de la flagellation aussi bien qu'au milieu des charmes indescriptibles de Bethléem. 

   Mais, par dessus tout, Notre-Seigneur est beau dans sa mère. Si nous aimons Jésus , nous devons aimer Marie. Il faut que nous connaissions la Mère pour connaître le Fils si nous le séparions de sa Mère, si nous laissions celle-ci de côté comme un simple instrument que Dieu a choisi de la même manière qu'il eût pu choisir une chose inanimée , dont on ne regarde ni la sainteté ni la convenance morale.

   Or, c'est notre tâche de chaque jour d'aimer Jésus de plus en plus. Enfermons nous dans le jardin des douleurs de Marie. ... 

   La première chose qui nous frappe dans les douleurs de la sainte Vierge, c'est leur immensité, non dans son sens littéral, mais dans le sens que nous donnons ordinairement à ce mot, en l'appliquant à des choses créées. C'est aux douleurs de Marie que l'Eglise applique ces paroles de Jérémie :" Vous qui passez, voyez et considérez s'il est une douleur semblable à ma douleur. Qui comparerai-je avec toi, ô fille de Jérusalem? A qui t'égalerai-je pour te consoler, ô fille de Sion? car ta douleur est grande comme une mer. Qui est-ce qui te guérira? " 

   On représente l'amour de Marie comme un feu que des eaux abondantes ne pourraient éteindre, et c'est de la même manière que les saints et les docteurs de l'Eglise ont parlé de la grandeur de ses douleurs.

   Saint Anselme dit :" Quelle qu'ait été la cruauté exercée sur les corps des martyrs, elle était légère, ou plutôt elle n'était rien comparée à la cruauté de la passion de Marie. " Saint Bernardin de Sienne dit que la douleur de la Sainte Vierge a été si grande que, si elle était divisée et partagée entre toutes les créatures capables de souffrir, celles-ci périraient à l'instant. Un ange révéla à sainte Brigitte que si Notre-Seigneur n'avait pas soutenu miraculeusement sa Mère, elle n'aurait pu conserver la vie pendant son martyre. 

   ... Mais ce qui montre surtout l'immensité des douleurs de Marie, c'est qu'elles surpassèrent tous les martyres. 

   Nous aussi nous avons notre place dans ces douleurs. Marie doit souffrir pour l'amour de nous, aussi bien que pour l'amour de son Fils. Ne doit-elle pas être, en effet, la Mère de consolation, le refuge des affligés?

   Il faut donc qu'elle descende dans les profondeurs de toutes les douleurs que peut ressentir le coeur humain. Autant qu'une simple créature peut le faire, il faut qu'elle les mesure toutes et qu'elle les éprouve toutes, sans excepter même la douleur qui vient du péché, auquel nous sommes sujets et dont elle est exempte. Il faut qu'elle connaisse le poids de nos fardeaux et le genre de misère que chacun traîne à sa suite. 

   Ce doit être pour elle une science que de mesurer avec certitude les consolations qu'exigent nos faibles coeurs au milieu de leurs différentes épreuves, et de reconnaître ce qui soulage et calme nos souffrances dans les mille circonstances diverses et dissemblables où nous les éprouvons. 

   Notre-Seigneur ne nous a pas rachetés de nos péchés par une apparition brillante dans les cieux, par une vision passagère de la croix aperçue des verts sommets du Thabor dans la splendeur éloignée du firmament, ni par une absolution prononcée une fois pour toutes sur les hauteurs du Carmel, en vue de la mer et de notre occident lointain. Ce n'était pas sa volonté que la Rédemption fût aussi facile que la Création, facile pour lui, du moins, car pour nous elle l'est d'une manière merveilleuse. 

   Il accomplit notre salut durant de longues années, avec des souffrances infinies, dans des abîmes d'ignominie, par l'effusion de son sang et par les inexprimables amertumes de son âme. Il gagna notre salut, il le mérita, il lutta pour l'obtenir et il ne réussit que par les prodiges de sa Passion. Il n'était pas nécessaire que tout cela arrivât, sans doute: une parole, une larme, un regard aurait pu l'accomplir; il eût même suffi d'un acte de la volonté de Dieu, avec ou sans incarnation. Mais ce n'était pas son bon plaisir qu'il en fût ainsi. Dans sa sagesse infinie, il ne voulut pas s'appuyer seulement sur sa puissance infinie, et il choisit une autre voie. 

   Il en est de même de Marie. Elle n'est pas créée tout d'un coup Mère des affligés, comme par des lettres de noblesse. Elle ne devient pas la consolatrice de ceux qui souffrent, par un simple décret émanant de la volonté divine. Il en pu en être ainsi, mais il en est autrement. Sa qualité de Mère des hommes est comme une longue et pénible conséquence de sa divine maternité. Pour l'acquérir et la mériter, elle a travaillé, elle a souffert, elle a supporté les plus énormes fardeaux de douleurs et elle l'a enfin obtenue sur le Calvaire. 

   Ce n'est pas qu'à proprement parler, elle put mériter cette qualité comme Jésus mérita le salut du monde, puisque cette qualité n'est qu'une partie du salut mérité par le Sauveur. Mais elle la mérita autant que le pouvait une créature, et c'est lorsqu'elle s'approchait du but, que Dieu vint par sa grâce au devant d'elle. 

   Combien donc n'était-il pas nécessaire pour nous que Dieu permit à Marie de souffrir! Que serait l'océan des douleurs humaines sans cette espèce de clarté lunaire qu'y répand Marie? ... Combien de pleurs n'a t-elle pas déjà essuyés de nos yeux? Que de larmes amères ne nous a-t-elle pas fait trouver douces? 

   Et puis, la vieillesse arrive, le cercle de ceux que nous aimons se rétrécit chaque année, la maladie, la mort nous attendent. Combien n'avons-nous donc pas encore à demander aux trésors de consolations que renferme le  coeur immaculé de Marie? 

   Ce fut avec l'entière satisfaction de ce Coeur, et pour notre bonheur, que Dieu lui permit de souffrir, afin qu'elle en devint plus réellement la Mère des affligés, car en s'appesantissant sur elle, ses douleurs allègent à chaque instant les nôtres.

   Que la mesure des souffrances que nous pouvons endurer est petite, et combien grand fut le poids des douleurs qu'elle put supporter, et comme elle les supporta royalement! 

   Notre-Seigneur a été notre réconciliation et notre exemple.  Il a racheté le monde uniquement par son précieux sang. Ses mérites seuls nous ont sauvés. Ses prérogatives, comme Rédempteur, ne sont partagées par personne. Il fallait que sa Mère fût rachetée, aussi bien que le reste des hommes, quoiqu'elle dût l'être d'une manière différente et plus sublime, préventive et non réparatrice, par l'incomparable grâce de l'Immaculée Conception, et non par la régénération après un état de chute. Cependant, c'était la volonté de Notre-Seigneur que sa Mère, sa coopération, son consentement, ses grâces, ses souffrances fussent tellement mêlés avec l'oeuvre de la Rédemption, que nous ne pussions les en séparer.

Il voulut que la Compassion de Marie fût liée à sa propre Passion. 

   

rp Faber. 

 

 

 

Rédigé par Philippe

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article