Laissez-moi pleurer !

Publié le 30 Mars 2020

 

   Nous devons nous conformer à la volonté de Dieu dans les calamités publiques, telles que la guerre, la peste, la famine, et tous les fléaux de la vengeance divine. Il en faut faire autant, quand le malheur vient fondre sur nous personnellement et sur les nôtres. Le grand secret pour y parvenir, c'est d'envisager toutes choses avec les yeux de la foi, d'adorer les jugements du Très-Haut avec un coeur contrit et humilié, et quels que soient les fléaux qui nous frappent, de bien nous persuader que la Providence, infiniment sage et paternelle, ne se résignerait pas à les envoyer ni à les permettre, s'ils n'étaient entre ses mains les instruments du renouvellement et du salut pour les peuples et pour les âmes.

   " C'est ainsi qu'elle conduit au ciel, par le chemin de la souffrance, une foule de gens qui se seraient perdus en suivant une autre route. Combien de pécheurs qui, rappelés à Dieu par la voie sévère de l'affliction, renoncent à leurs anciennes iniquités, et meurent dans les sentiments d'un véritable repentir! Combien de chrétiens qui occuperont un jour une place glorieuse dans le ciel, et qui, sans cette salutaire épreuve, eussent éternellement gémi dans les flammes de l'enfer! 

   Ce que nous appelons fléau et châtiment est souvent une grâce insigne, une preuve éclatante de miséricorde." (P Rodriguez) 

   Accoutumons-nous à n'envisager toutes choses que par ces grandes vues de la foi, et rien de ce qui se passe en ce monde ne nous scandalisera, rien n'altérera la paix de notre âme et sa confiante soumission à la Providence. 

   Il est facile de voir la main de la Providence dans la peste, la famine, les inondations, la tempête et les autres calamités de ce genre, parce que les éléments insensibles obéissent à son autorité sans jamais lui résister.

   Au-dessus des hommes bons ou mauvais, et jusque derrière les suppôts de l'enfer, il y a l'arbitre suprême, la cause première qui les mène, à leur insu peut-être, et sans laquelle rien ne peut se faire. La politique des princes, les ordres des chefs, l'obéissance des soldats, les projets ténébreux des persécuteurs, leur mise à exécution par les subalternes , les ruines et la souffrance qui résulteront de là, tout a été prévu jusqu'au moindre détail; tout a été combiné et décrété dans les conseils de la Providence.

   Il se forme une étrange collaboration de la malice de l'homme et de la sainteté de Dieu. L'infiniment Saint ne peut cesser de haïr le mal; il le tolère pourtant, afin de ne pas reprendre aux hommes le libre usage de leur liberté. Mais sa Justice imprescriptible demandera compte à chacun en son temps: aux nations et aux familles dès ici-bas, car elles n'ont pas, comme telles , l'éternité; aux individus, dans ce monde ou en l'autre. 

   En attendant, Dieu veut utiliser , pour parvenir à ses fins, la malice des hommes et leurs fautes, comme leurs bonnes dispositions et leurs saintes oeuvres; de sorte que même le désordre de l'homme rentre dans l'ordre de la Providence.

   ....

   A notre époque de persécution, il est visible que Satan est délié, et qu'il a reçu permission de cribler le juste.  " Pourquoi ce triomphe des méchants? Pourquoi cette apparente défaite de l'Eglise? Pourquoi cette perversion de la masse? Pourquoi ces gouvernements impies qui perdent les peuples? Pourquoi cet effacement et cet attiédissement de ceux qu'on appelle bons? Pourquoi, en un mot, cet empire du mal sur le bien? "

   Pourquoi?  Par respect de la liberté qui est la condition du mérite et du démérite. Dieu laisse faire. Mais quand il jugera qu'il en est temps, pour renverser les méchants, pour réveiller les endormis, pour ranimer les tièdes, pour défendre les justes, il laissera déchaîner sur le monde coupable une guerre universelle. 

   ... On oubliait Dieu; on se souvient qu'Il est le Maître des évènements. Comment ne pas le voir? Les hommes qui ont déchaîné la tempête ne savent ni la diriger ni s'en garantir; mais Dieu, tout en se réservant de faire pleine justice à son heure, utilisera la prévoyance des uns et l'imprévoyance des autres, les engins perfectionnés et les plans habilement conçus, le courage et les brillantes actions, les fautes , la malice et même le crime. 

   Tout lui sert à promener le fléau sur les nations, les familles et les individus. Il ne le fera cependant que dans la mesure utile à ses fins: que l'on tombe à genoux, il s'apaise volontiers; mais si les bonnes impressions des premiers jours se dissipent, si les yeux s'obstinent à rester fermés et les coeurs sans repentir, aura-t-on le droit d'être surpris que la guerre se prolonge, et qu'il surgisse d'autres fléaux peut-être? 

   Vaudrait-il mieux que, persévérant dans leur funeste oubli des lois divines, les nations continuent de courir à l'abîme, et les âmes à l'enfer? 

   Mais une telle sévérité dans un Dieu si bon, comment l'expliquerez-vous? Pour s'en étonner, il faut n'avoir point compris les droits de Dieu méconnus, son amour méprisé, la multitude de ses grâces et l'excès de notre malice, les joies de l'éternité bienheureuse ou les tourments d'un enfer sans fin. 

   C'est précisément parce qu'il est infiniment bon, que notre Père des cieux nous aime sans faiblesse, et comme il le faut pour notre éternité.  Toutes les prospérités du monde serait le pire des fléaux, si elles endorment les âmes dans l'insouciance et l'oubli, et si le réveil n'a lieu qu'au fond de l'abîme. Au contraire, les plus effrayantes calamités, quand même elles dureraient des années entières , sont peu de chose auprès d'un enfer éternel; elles sont même une grande miséricorde du côté de Dieu, et pour nous une heureuse fortune , si nous pouvons à ce prix désarmer la justice divine, éviter l'enfer et recevoir nos droits au ciel. 

 

   Les fléaux de Dieu apportent aux uns l'épreuve, aux autres le châtiment, à toutes les bonnes volontés des grâces de renouvellement. Heureux qui sait les comprendre et les mettre à profit!" Ces désastres, dit le P. de Caussade, sont autant de coups de prédestination pour plusieurs. Mais il faut bien avouer qu'ils peuvent être en même temps , pour d'autres, des coups de réprobation. Ce ne sera pourtant que par leur faute, et leur très grande faute; car quoi de plus raisonnable et de plus facile , en un sens que de faire de nécessité vertu? 

   Pourquoi se raidir inutilement criminellement contre la main paternelle de Dieu, qui ne nous châtie que pour nous détacher des misérables biens d'ici-bas? Sa colère même vient de sa miséricorde, il ne nous frappe que pour nous retirer du péché et nous sauver. Comme un sage chirurgien, il coupe jusqu'au vif les chairs pourries , afin de conserver la vie et de préserver le reste du corps.

   Que faire au milieu des calamités?

   - Nous humilier sous la main puissante de Dieu" et nous abandonner à sa Providence avec une soumission filiale, dans l'intime conviction que c'est Dieu qui a tout conduit, que ses desseins impénétrables ont pour principe l'amour des âmes , et qu'il saura mettre au service du bien les évènements les plus déconcertants. 

   Et pour ce qui nous concerne personnellement, nous souvenir que nous sommes dans la main  de notre Père des Cieux : s'il veut nous sauver, il lui est aussi facile de le faire au milieu de tous les périls, que de nous appeler à lui quand aucun danger n'apparaît menaçant; et s'il veut nous éprouver, que son saint nom soit toujours béni! 

   En conséquence, il faut prier, prier encore, prier toujours. Demandons, cherchons, frappons, crions. Importunons Dieu, et pour qu'il abrège la calamité, si tel est son bon plaisir, et , d'une façon absolue, pour qu'il y ait le moins possible d'âmes à périr dans la tourmente, pour que les foules reviennent à Dieu d'un coeur contrit et humilié, que les Saints se multiplient, que l'Eglise soit plus fidèlement écoutée, et Dieu moins offensé. Et puisque " la prière jointe au jeûne est (spécialement ) bonne, et que l'aumône fait trouver miséricorde", au jour des calamités, c'est le temps ou jamais, de nous renouveler dans la fidélité à tous nos devoirs, et d'ajouter à nos sacrifices obligatoires quelques mortifications de surcroît, pour mieux apaiser le juste courroux du Ciel.

   Car les calamités sont, en général, la punition du péché, et , plus elles sont universelles et terribles, plus le flot de l'iniquité a dû provoquer la colère divine. Rien de mieux à faire que d'améliorer notre propre vie, et d'offrir au Maître irrité, au Père méconnu, un redoublement d'amour et de fidélité pour nous, un large tribut d'amende honorable et de réparation pour les nôtres et pour le monde coupable.

" Seigneur, mettez une mesure et une fin à nos larmes." st Bernard 

dom Vital Lehodey. 

 

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #videos, #spiritualité

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