Réflexions d'un pasteur.

Publié le 6 Avril 2020

 

 

La première chose est de tourner nos yeux et notre cœur vers Dieu, et de nous réfugier dans sa miséricorde ; de changer notre vie, de nous laisser convertir par lui. C'est l'attitude propre au temps du Carême, dans lequel nous nous trouvons. La conversion est comme une renaissance, c'est un renouvellement des attitudes, des mentalités, des critères et des valeurs. Il s'agit d'un changement profond dans la vie, d'un renouveau intérieur qui implique une nouvelle orientation générale. Cela signifie revenir à Dieu, réorienter le chemin, le but de la vie, pour que l'épine dorsale soit le Christ, pour qu'il soit le centre qui articule tous les autres éléments : famille, travail, loisirs, engagement politique, volontariat, bref, toute la vie.
 
Le progrès de la science et de la technologie dans notre monde est très grand, avec une maîtrise apparemment illimitée des forces de la nature, au point d'atteindre le clonage des êtres vivants. Se sentant si puissant, l'être humain pourrait être tenté de penser qu'il n'a plus besoin de Dieu, car il a la capacité de construire tout ce qu'il veut. Mais n'oublions pas que cette histoire n'est pas nouvelle ; c'est l'histoire de la construction de la tour de Babel, telle que racontée dans le livre de la Genèse (cf. Gn 11, 1-9). Ils voulaient prendre la place de Dieu, et à cause de leur orgueil, ils étaient confus et divisés.
 
L'homme porte en lui une soif d'infini, une nostalgie de l'éternité, une recherche de beauté, un désir d'amour, un besoin de lumière et de vérité, qui le pousse vers l'Absolu ; il porte en lui le désir de Dieu. Dieu est la Réalité même, avec des majuscules, la Vie même. Le sens de la vie humaine est de recevoir l'amour de Dieu, de le connaître, d'y croire et de le vivre ; de le partager et de le communiquer ; d'aimer Dieu de toutes ses forces et son prochain comme soi-même. Dans notre vie, dans nos familles, dans notre société, donnons à Dieu la place qui lui correspond, la première place.
 
 
Un arrêt en cours de route
 
 
Cette pandémie mondiale nous a obligés, par la force, à nous arrêter. Nous avons dû nous isoler, nous enfermer dans nos maisons, coupés du monde, de la société, des amis, voire de la famille, confinés dans nos téléphones portables, nos ordinateurs et en regardant les informations en permanence.  Mais rendons-nous compte que c'est aussi une occasion de mieux nous connaître, de revoir le film de notre vie et de prendre conscience de qui nous sommes et des chemins de notre existence.
 
Dans le pèlerinage de la vie, les espaces de silence, de recueillement, de réflexion personnelle, sont essentiels pour mieux se connaître, se regarder dans le miroir avec sincérité et sans dissimulation. En ces jours, où nous aurons sûrement plus de temps, il sera bon pour nous d'entrer dans notre intérieur, de revoir notre propre vie à partir d'une réflexion sincère qui facilite la rencontre avec soi-même et favorise, à son tour, la rencontre avec Dieu.
 
 Cette attitude doit durer toute une vie, et ce n'est pas quelque chose de nouveau ; il est bon de se rappeler que sur le frontispice du temple de Delphes était gravée l'exhortation "Connais-toi toi-même". Tout au long de l'histoire, les êtres humains ont cherché la vérité, le sens des choses et surtout le sens de leur vie. Dans toutes les cultures, on retrouve les questions fondamentales sur l'origine et la fin de la vie, sur le mal et la mort, sur l'au-delà, sur sa propre identité.
 
La connaissance de soi est essentielle pour se positionner correctement face à Dieu et aux autres. D'autre part, plus une personne avance dans sa vie de foi, plus elle s'approche de Dieu et reçoit sa lumière, plus elle se connaît, est consciente de sa petitesse et se sent indigne devant lui. L'examen de conscience, la révision de la vie à la lumière de la Parole de Dieu, sera particulièrement utile pour la connaissance de soi et pour atteindre la véritable humilité.
 
Nous, les humains, sommes ensemble, nous existons ensemble.
 
 Nous pouvons vivre les uns contre les autres, ou dos à dos, en s'ignorant, ou nous pouvons vivre en relation, en ouverture ; nous pouvons nous accueillir, nous offrir, nous sentir proches les uns des autres, c'est-à-dire vivre ensemble. Être un voisin, comme nous le rappelle la parabole du bon samaritain, signifie accomplir le commandement de l'amour en se faisant le voisin des autres, en particulier de ceux qui ont le plus besoin du voyage. Je suis un frère pour tous ceux que je rencontre, pour tous ceux qui ont besoin de mon aide.
 
 Il n'y a rien de vraiment humain qui ne trouve pas un écho dans le cœur du chrétien en pèlerinage.
 
La rencontre avec le frère conduit au partage et à la collaboration. Le pèlerin doit partir léger avec ses bagages, avec l'essentiel et sans attachement à ses quelques affaires. Vivre ensemble implique une attention à l'autre, une réciprocité. Cela signifie être attentif aux autres, ne pas être indifférent au sort des autres, être conscient de l'interdépendance entre les personnes, être solidaire.
 
La solidarité n'est pas un sentiment de compassion pour le plus faible ou pour la personne nécessiteuse qui se trouve à côté de moi ; c'est "la détermination ferme et persévérante de s'engager pour le bien commun, c'est-à-dire pour le bien de chacun, afin que nous soyons tous vraiment responsables de tous", selon les mots de Saint Jean Paul II.
 

+ Josep Àngel Saiz Meneses

Obispo de Terrassa

 
 
 

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article