Rendez-nous l'Eucharistie !

Publié le 20 Avril 2020

 

"Nous au ciel et vous sur la terre,

nous devons être une même chose en pureté et en amour,

nous en contemplant l'Essence divine, vous en adorant 

le Très Saint Sacrement, nous en jouissant, vous en souffrant, voilà

la seule différence. Mais plus on aura souffert ici-bas, 

plus on jouira là-haut. "

Santa Teresa.

 

   - Le disciple.- Maintenant , éternelle Sagesse, dites-moi quel bien procure votre présence eucharistique à l'âme fidèle qui vous reçoit avec amour et désir?

   - La Sagesse. - Mon fils, cette demande est-elle digne de quelqu'un qui aime? Qu'ai-je de meilleur que moi-même? Que peut-on désirer lorsqu'on est uni à l'objet de son amour? et quand on s'est donné, que peut-on refuser? Dans ce sacrement , je me donne à toi, et je t'enlève à toi, tu me trouves et tu te perds afin d'être changé en moi-même.

   Dis-moi, que fait la douceur du printemps aux campagnes et aux jardins, lorsque sont passés les glaces, les neiges, les vents et les rigueurs de l'hiver? Que fait l'éclat des étoiles à l'obscurité de la nuit? Que font les rayons du soleil pour un air transparent? Tous les biens affluent par ma présence à l'âme qui me reçoit avec amour. Mon corps glorieux n'offre-t-il pas le charme de l'été, mon âme ne surpasse-t-elle pas toutes les splendeurs des étoiles, et ma divinité, n'est-elle pas plus riche en lumière que de multitudes de soleils. "

   Mais ce Christ, si riche et en possession des biens de son père, je ne le vois pas! Mes yeux le cherchent et la lumière n'éclaire point sa face; j'écoute, et mes oreilles n'entendent point le son de sa voix; j'étends la main, et ma main ne touche point le bord de son vêtement.

   Où est  cette lumière ? D'où vient cette voix? Où puis-je trouver cet être mystérieux? J'interroge le ciel et la terre, et le ciel et la terre me répondent : " Je ne suis point ton Christ." Je descends avec émotion dans les profondeurs de mon être , et ma substance et ma vie me crient :" Je ne suis point ton Christ."  Encore un coup, où est ce Christ bien-aimé, la consolation et le père de mon âme, de ma vie et de mes joies?

" Le Disciple. - Mais, Seigneur, je n'éprouve pas les douceurs dont vous parlez; je reste dans la communion, aride, froid , insensible; je suis comme un aveugle qui n'a jamais vu le soleil; je voudrais que vous me donniez des signes plus certains, des preuves plus évidentes de votre présence.

   - La Sagesse. Moins elle a de signes et de preuves, plus la foi est pure et méritoire. Je ne suis pas dans ce sacrement une lumière extérieure qui se montre et qui agit sur les sens; je suis un bien d'autant plus grand qu'il est plus intérieur et plus caché. Les êtres grandissent, et tu ne vois leur développement que lorsqu'il est accompli. Ma vertu est secrète, mes grâces sont insensibles, et l'on reçoit mes dons spirituels sans les sentir et sans les voir. 

bx henri Suso. 

   Je suis un pain de vie pour les âmes bien préparées; un pain inutile pour les négligents et pour les indignes, pour ceux qui sont coupables de péchés mortels, une plaie temporelle et une ruine éternelle. 

   Approchez-vous donc du Christ Jésus, car il vit, sous ces fragiles apparences du pain et du vin, dans la réalité de sa personne.

   Approchez-vous et rassasiez vous de ce pain, le pain de votre vie supérieure.  Approchez-vous et buvez ce sang mystérieux , le sang qui fait germer les vierges. Approchez-vous  et vivez car le Christ épanche tous les jours sa vie sur le monde. 

Approchez-vous et soyez purs, humbles, les maîtres de vos passions, car le Christ possède la plénitude de la pureté, de la force, de l'humilité, et nous buvons de ce trop-plein qui déborde. " Venite ad me , et ego dabo vobis omnia bona." Oui , je m'approcherai de vous, ô mon Christ, et je parlerai, et je me nourrirai de votre amour, de vos abaissements, de votre gloire. 

   L'humanité avait besoin d'un Dieu qu'elle put voir et prier à son aise, d'un Dieu qu'elle put contempler dans l'infirmité, sans être éblouie de sa substance, et le verbe de Dieu s'est fait chair. Le païen, esclave de ses plus grossiers instincts, adorait des dieux de chair et de boue. 

   Aujourd'hui on dit : La nature , le monde l'homme, c'est Dieu, et l'erreur, appuyée sur des brides de vérité, s'en sert comme d'un passeport. J'ôte l'abus, que reste-t-il? le besoin d'un Dieu visible, d'un Dieu fait chair. 

   On nous dit bien: Où est votre Dieu? Où est sa vie, son action? Notre Dieu ! nous le contemplons à travers les harmonies , les lois de la création, le parfum d'une fleur, le prisme virginal de nos facultés. 

   Notre Dieu ! nous l'avons vu dans les patriarches qui l'attendaient, dans les prophètes qui le saluaient; nous l'avons vu dans les infirmités de sa propre chair, car il a pris un corps dans les chastes entrailles d'une vierge, il est né, ses pieds ont foulé le sol de la Judée, sa parole et ses miracles ont manifesté sa physionomie divine et il est mort. 

   L'homme meurt, et son nom s'en va se perdre dans l'oubli des siècles. Eh quoi! ne nous reste-t-il de Jésus-Christ qu'un son vague et lointain? Sommes-nous les déshérités de sa personne , de sa présence, de sa vie? Nos adorations sont-elles stériles , et nos voix sans écho? 

   L'incrédule l'affirme, mais il blasphème.

   Jésus-Christ vit, au fond de nos tabernacles, dans la réalité de sa chair, de son âme , de son sang et de sa divinité, et encore que nos yeux ne le voient pas, car sa présence surnaturelle échappe à la grossièreté de notre vision, la substance du pain n'est plus, et il est réellement présent. 

   Ah ! nous avons besoin, à certaines heures, alors que le découragement et le désespoir montent à notre âme, d'une main qui essuie les sueurs de notre front et console les tristesses de notre existence . Nous avons besoin d'une poitrine aimée, d'un langage et d'une vie qui ne sont plus le langage et la vie de ce monde, il y a dans notre être, dans notre coeur, de ces angoisses qu'il ne comprend pas, de ces blessures qu'il ne sait point panser, une faim et une soif de l'infini qu'il ne peut assouvir, et nous entrons dans une église catholique, et là, nous rencontrons, la main , la poitrine et la vie de l'homme - Dieu. 

   Fouillez les replis de votre coeur et demandez-lui ce qu'il veut !

   Le coeur veut aimer, qu'il batte sous la poitrine d'un charbonnier ou sous la poitrine d'un prince, c'est sa fonction, sa loi, son besoin.  " Aimer, a dit quelque part Leibnitz, c'est placer sa félicité dans la félicité d'un autre. 

   " Or, placerez-vous cette félicité, cette vie intime de votre coeur dans une ambition , une poignée d'or ou un frémissement de la chair ? Oh ! faites-le, si vous bon vous semble, et vous sentirez le vide et l'inanité de ces choses; oui, prenez cette gloire, ces soleils , ces plaisirs, ces adorations, et dites-moi vraiment si cela suffit . 

   Oh ! non, Dieu est plus grand que ces soleils, plus grand que le sol qui nous porte, plus grand qu'une épée voûtée sous le poids de ses victoires, plus grand que la créature, et le coeur de l'homme , que rien de la terre n'assouvit, se jette dans les bras de Dieu, et il vit à l'aise. 

 

 

rp Albert Fermé op+ 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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