Coeur fait pour aimer !

Publié le 16 Juin 2020

 

 

 

   Dieu doit être le seul objet de l'amour; tel est le cri de la nature entière . " 

   " Toutes les créatures, Seigneur, me disent de t'aimer, chacune d'elles a un langage pour publier ta grandeur et ta bonté. La beauté des cieux, la clarté du soleil et de la lune , les feux des étoiles et des planètes, le cours des fleuves, la verdure des champs, l'éclat et la diversité des fleurs, tout ce qu'ont produit tes mains divines, ô Dieu de mon coeur, Epoux de mon âme, tout cela me crie de t'aimer. Tout ce que je vois me convie à ton amour, et me reprend quand je ne t'aime pas. 

   Je ne puis ouvrir les yeux sans apercevoir des témoins de ta sagesse, ni les oreilles sans entendre les témoins de ta bonté; tout ce que tu as fait , Seigneur , m' apprend qui tu es.

   Toute la création révèle ton amour; l'Ecriture , en parlant d'elle, dit que l'esprit de Dieu flottait sur les eaux: l'amour divin flotte au-dessus de toutes choses, les gouvernant par sa douce loi. Tout part de cette source vive. Il donne la beauté à tout ce qui existe, et si la vue de notre âme n'était pas obscurcie par les nuages des passions et de l'amour-propre, la première chose qui la frapperait dans la création serait l'amour du créateur. 

   Si la terre me porte et me nourrit, l'amour est le bon jardinier qui le lui a commandé en la créant. Si l'air me rafraîchit et me permet de respirer, c'est l'amour  qui le lui a ordonné. Si l'eau nous est utile, nous fournit ses poissons, court impétueusement vers la mer d'où elle est sortie, c'est pour obéir au commandement de l'amour. Si le feu donne sa chaleur, le ciel sa lumière et ses influences pour produire dans la terre des substances diverses, tout cela est à mon usage, à l'usage de l'unique ami que l'amour s'est ménagé sur la terre. 

   Que sont, ô mon Dieu, les éléments, les oiseaux, les animaux, les cieux et les planètes , sinon des charbons ardents avec lesquels tu mets le feu à nos coeurs? Que sont le soleil, la lune, les cieux et la terre , sinon des joyaux que la main répand pour nous faire connaître ton amour?

   Chaque matin, ô mon âme, tu trouves à ton réveil l'univers entier qui t'attend pour te servir, et pour qu'en revanche tu paies en son nom la dette de libre amour que seule tu dois à ton créateur et au sien. Toutes les choses t'excitent à l'aimer, toutes te demandent de remplir leur obligation. La voix universelle de la création t'y invite, et proclame sa majesté, sa beauté et sa grandeur. Les cieux, Seigneur , racontent ta gloire, le firmament annonce les oeuvres de tes mains, et les hommes sont inexcusables de ne pas l'ouïr. Le ciel silencieux manifeste ta gloire et nous apprend quel sera le séjour de tes élus, puisque tu découvres déjà tant de merveilles à des yeux mortels. 

   Quelle richesse est la tienne, toi qui te sers de lumières si riches! Quel art a pu produire un travail si exquis, une clarté si vive, des influences si diverses, des mouvements si variés sans aucune erreur? 

   Job a raison de demander: Qui racontera l'ordre des cieux et dira leurs mouvements ?

   O mon coeur alourdi, comme le désir de contempler tant de grandeur te soulève jusqu'aux demeures célestes! Combien grande est la maison du Seigneur, combien vaste le lieu où il réside ! 

   Je verrai les cieux, oeuvre de ses mains, et la lune et les étoiles qu'il a créées. Oui, tout ce que je vois, ô Dieu, me commande de t'aimer.

Et  j'en puise en moi-même un nouveau motif, quand je me tourne vers ce petit monde, qui est l'homme, et que je plonge mes regards dans mon âme.

   J'entends le psalmiste qui dit :" En moi je connais ta science admirable . De la connaissance de moi-même je passe à la connaissance de la profonde sagesse. C'est pourquoi ton prophète Isaïe dit aux pécheurs :" Tournez-vous vers votre coeur, méchants. En vous-même, vous verrez qui est votre Dieu. " 

   Oui , il est contre nature de ne pas l'aimer, ce Dieu créateur et providentiel. La brute est reconnaissante d'un bienfait: l'homme seul refuse  à son Maître l'obéissance et l'amour; seule, la créature raisonnable se récolte contre son Dieu. Elle est née pour commander aux bêtes, et les bêtes lui enseignent son devoir d'amour et de gratitude! Que dis-je? La nature même inanimée le lui apprend. Si un peintre avait tracé sur la toile une figure d'une grande beauté, qu'il eût pu lui donner la vue et le sentiment pour se voir et connaître son auteur, combien cette figure ne l'aimerait-elle pas? Que ferait-elle sinon de chérir, de bénir, de glorifier et d'honorer celui qui l'aurait faite si belle, si admirable et si admirée? Ne serait -elle pas jour et nuit occupée à lui rendre grâces? 

   Et toi, mon âme, qui n'es pas seulement l'oeuvre d'un peintre merveilleux, mais sa propre image, tu ne le bénirais pas, tu ne l'aimerais pas sans cesse !

   Il est ton ami, le plus sûr, ton libérateur, ton rempart, ton refuge, ta fin dernière et comme le pain qui doit te rassasier, hartura, il est la beauté incorruptible, éternelle, beauté qui ne passe pas comme la fleur éphémère de la beauté terrestre. Il est la bonté, il est le souverain bien : si le bien est l'objet de la volonté, pourquoi mon coeur ne t'aimerait-il pas de toutes ses forces, ô mon Dieu ?

fray Diego de Estella. 

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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