Corpus Christi 2020. homélie dom Jean Pateau - Fontgombault

Publié le 11 Juin 2020

 

 

 

 

 

+ FÊTE-DIEU

 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

 

(Fontgombault, le 11 juin 2020)

Hic est panis, qui de cælo descendit.

Tel est le pain qui est descendu du ciel. Jn 6,58

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

 

Quel contraste ! À l’aube de l’humanité, une pomme dans les mains de l’homme est devenue cause de condamnation. Quand les temps furent accomplis, un peu de pain et un peu de vin dans les mains de Dieu sont devenus, et demeurent jusqu’aujourd’hui, instruments de salut.

Tel est le grand mystère de ce Pain, Pain vivant et vivifiant, que l’Église invite à méditer afin de mieux adorer :

De même que le Père qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. (Jn 6,57-58)

Le mystère de l’Eucharistie est mystère de vie. C’est la vie de Dieu qui veut devenir vie de l’homme. Il en va ainsi de tous les sacrements, admirables moyens mis en œuvre par Dieu pour toucher le cœur de l’homme, précieuses manifestations d’un amour incompréhensible et démesuré pour notre pauvre humanité. Dans le cas de l’Eucharistie, c’est Dieu lui-même, Auteur de tout don, qui est présent, et qui se fait don.

L’œuvre de la création avait révélé un amour gratuit. Si Dieu crée, ce n’est pas qu’il ait besoin de quelque chose. Celui qui semblerait devoir être assimilé au pauvre qui ne possède rien, est en réalité immensément riche : il n’a besoin de rien du tout, ou plus justement, de rien de ce qui est en dehors de lui. Dénué de tout ce qui attire notre curiosité et notre intérêt, Dieu est trop souvent ignoré par l’homme qui veut comme se libérer de cet amour gratuit, s’enorgueillir dans une effrayante solitude.

La création matérielle, réglée par Dieu avec « mesure, nombre et poids » (Sg 11, 20) est déjà une œuvre immense.

Elle n’est rien cependant en face de l’appel à la vie d’une créature spirituelle, invitée par le Créateur à la vision divine.

L’auteur du Livre de la Sagesse écrit :

Maître qui aime les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous : ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur. (Sg 11,26 – 12,2)

Cette pédagogie divine, nous la voyons à l’œuvre dans l’his- toire du salut. Les longs siècles de l’Ancien Testament façonnent le monde à travers le peuple élu.

À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils [...] rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être. (Hb 1,1-3)

Trop occupés à pourvoir au quotidien, nous oublions l’invitation et la volonté de Dieu, cette immense richesse qu’il veut nous partager. L’habitude, la distraction, sclérosent le cœur humain. Saint Paul nous met en garde :

Celui qui aura mangé le pain ou bu à la coupe du salut d’une manière indigne devra répondre du corps et du sang du Seigneur. ( 1 Co 11,27)

Il ne faut pas comprendre ces lignes comme une invitation à s’éloigner du sacrement de l’Eucharistie. Non, le corps et le sang de Jésus sont vraiment pour nous. Telle est la volonté manifestée dans les paroles de Dieu lors de l’institution de ce sacrement.

Ces mots de saint Paul invitent plutôt à considérer la profondeur et l’actualité du mystère d’amour qui a conduit à l’institution de ce sacrement, et qui demeure.

Dans un monde d’humains aux relations déshumanisées, la Messe dominicale risque de se limiter à un partage fraternel, un peu d’air au premier jour de la semaine, une bouffée d’oxygène au milieu de l’oppression ambiante. Cette fraternité entre disciples du même Seigneur est heureuse. Elle n’est pas suffisante.

Chaque prêtre, chaque chrétien, est placé par la célébration ou l’assistance à la Messe au cœur de l’histoire du salut, à la source inépuisable de l’amour de Dieu. Il n’est pas simplement au milieu de la communauté des frères qui l’entourent. Plus justement, c’est tourné vers le Seigneur qu’il va retrouver la communauté de ses frères, et même tous les hommes, dans une surnaturelle et efficace charité.

Les lignes de saint Paul demandent un examen sur les dispositions avec lesquelles nous entrons dans la célébration eucharistique. Sommes-nous conscients de l’amour qui est à la source de ce sacrement remis entre nos mains, à nos cœurs si pauvres, si vides et si sales ? Sommes-nous désireux d’y répondre ?

Si nous prenons au sérieux la célébration eucharistique, communion au Corps et au Sang du Seigneur, croyons que du cœur à cœur avec le foyer vivifiant de l’amour divin, notre cœur attiédi se réchauffera. La mission naît de la communion.

D’ici quelques jours, nous allons justement fêter le Cœur sacré de Jésus. La vérité de ce cœur humain témoigne de la fidélité de Dieu qui a tout donné en Jésus, sa vie pour notre vie.

Citons l’admirable prière de saint Irénée, évêque de Lyon (130-202) :

« Bienheureux les cœurs purs parce qu’ils verront Dieu » (Mt 5,8)... De même que ceux qui voient la lumière sont dans la lumière, et participent à sa splendeur, de même, ceux qui voient Dieu sont en Dieu, et participent à sa splendeur. Or, vivifiante est la splendeur de Dieu. Ils auront donc part à la vie, ceux qui voient Dieu. Tel est le motif pour lequel celui qui est insaisissable, incompréhensible et invisible, s’offre à être vu, compris et saisi par les hommes : c’est afin de vivifier ceux qui le saisissent et qui le voient. Car si sa grandeur est inscrutable, sa bonté aussi est inexprimable, et c’est grâce à elle qu’il se fait voir et qu’il donne la vie à ceux qui le voient. Car il est impossible de vivre sans la vie, et il n’y a de vie que par la participation à Dieu, et cette participation à Dieu consiste à voir Dieu et à jouir de sa Bonté... La Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu. (Adversus hæreses 4, 20, 5 et 7)

Du Dieu vivant et vrai, puissions-nous donc en tout temps, et particulièrement lors de la célébration de la Messe ou de l’ado- ration du Saint-Sacrement, être chaque jour davantage les vrais et vivants adorateurs pour en devenir les vrais et vivants messagers.

Amen, Alléluia.

Rédigé par Philippe

Publié dans #divers

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