l'Ange et le prêtre.

Publié le 24 Juin 2020

 

 

   J'admire, ô mon bon Ange, les pouvoirs qui vous ont été donnés dans le monde de la nature et dans celui de la grâce. 

   Vous dominez les éléments et vous pouvez au nom de Dieu, les transformer et produire à nos yeux les plus grands prodiges, répandre dans les airs les influences salutaires ou les fléaux meurtriers , selon que le demandent sa bonté ou sa justice. 

   Vous pouvez  enchaîner la rage des méchants Esprits, modérer leurs persécutions, les empêcher de bouleverser la nature et de nuire aux hommes autant qu'ils le voudraient. 

    Vous pouvez inspirer aux pécheurs des sentiments de repentir, aux justes le courage de la vertu, aux âmes parfaites la vitalité de l'espérance et les ardeurs de la charité. 

    Vous pouvez recueillir sur la terre toutes les saintes oeuvres qui s'y accomplissent, les porter au ciel, les offrir à l'adorable Trinité. 

   Mais les pouvoirs du prêtre ne sont-ils pas plus admirables encore et plus étonnants?

   Vous disposez les âmes à la grâce en agissant sur leur intelligence, sur leur coeur, sur leur imagination, sur toutes leurs facultés, et même sur les sens du corps; mais vous ne la leur conférez point. 

   Les grands pouvoirs du prêtre consistent précisément à conférer la grâce en conférant les signes qui la contiennent , les sacrements.

   Vous ne pouvez , comme lui, enlever d'une âme la tache originelle qui la souille, la revêtir d'innocence, la transformer en enfant de Dieu et de l'Eglise.

  Vous ne pouvez rendre l'enfant de Dieu parfait chrétien, en faisant descendre en lui le Saint-Esprit avec ses sept dons. 

  Vous ne pouvez procurer aux âmes le divin aliment de l'Eucharistie, en le produisant au saint autel par la consécration du corps et du sang de Jésus-Christ. 

   Vous ne pouvez rendre pur ce qui est impur, absoudre une âme de ses fautes, briser les chaînes de sa captivité, fermer l'enfer sous ses pieds, ouvrir le ciel au-dessus de sa tête, faire d'un criminel un élu.

   Vous ne pouvez, par votre présence et votre bénédiction, rendre légitimes et valides les liens des époux et préparer les familles saintes par les saintes unions. 

   Vous ne pouvez procurer la propagation du divin sacerdoce , en consacrant les prêtres de Jésus-Christ, en leur conférant de sublimes pouvoirs, en les envoyant prêcher l'Evangile à toutes les nations. 

   Vous ne pouvez enfin, par les saintes onctions et par le saint viatique, purifier les moribonds de leurs dernières souillures, les fortifier pour le dernier combat et les mettre en état de faire avec confiance leur passage du temps à l'éternité. 

   En un mot, vous n'êtes point ministre des sacrements qui confèrent la grâce. Vous y préparez les âmes par vos inspirations, vous y assistez le prêtre, mais vos fonctions n'y sont jamais que secondaires et accessoires. 

   Ces considérations, ô mon bon Ange, me font admirer la miséricorde de Dieu sur moi et me touchent profondément; mais , en même temps, elles me couvrent de confusion et me font trembler. 

   Qui suis-je pour paraître ainsi au milieu des Anges et remplir des fonctions divines qu'ils se jugeraient eux-mêmes indignes de remplir? 

   Quand je vais procéder à l'acte incomparable de l'administration d'un sacrement, quelle sainteté devrait résider en mes yeux, en mes oreilles, en ma langue, en mes mains, en toute mon âme et en tout mon corps ! 

   Oh! je le comprends mieux que jamais, dans le ministre des divins sacrements il ne doit y avoir rien de bas, rien de vulgaire, rien surtout de souillé. Le Dieu de sainteté ne peut être représenté dans une action sainte que par un ministre saint. Un ministre conférant sa grâce aux autres sans l'avoir en lui-même, quel monstrueux spectacle! Je sais que Dieu le permettrait cependant pour ne pas priver les âmes des grâces qui leur sont nécessaires. Tel est l'excès de sa bonté envers les âmes; mais quelle ne doit pas être son indignation envers le ministre coupable!

    Les dispositions dans lesquelles je dois être, vous me les avez fait connaître, ô mon bon Ange; ce sont celles dans lesquelles vous seriez vous-même si vous aviez reçu les pouvoirs que j'ai reçus et si vous les exerciez à ma place. Assurément, vous ne pourriez être plus pur que vous ne l'êtes, mais il me semble que tout en vous prendrait un caractère divin et que vous tressailleriez  d'admiration. 

   Je recours à vous, ô mon bon Ange et je vous supplie de m'obtenir ces dispositions.  Je les désire dans toute la sincérité de mon âme. Montrez-moi dans sa sublime réalité ce qui s'accomplit dans l'administration d'un sacrement. Que jamais je ne perde de vue, ni la sainteté du mystère lui-même , ni la nuée de témoins célestes qui m'entourent au moment où il s'accomplit. 

   Mes pouvoirs sont un trésor sacré et divin qui m'a été confié, non pour rester improductif en mes mains, mais pour que je le fasse valoir au centuple au profit des âmes. 

   Ranimez donc mon zèle, ô mon bon Ange, et que l'administration d'un sacrement soit toujours à mes yeux, une grande et heureuse action. Faites aussi que je l'administre toujours avec discrétion et sagesse et que je sache discerner les âmes vraiment dignes de le recevoir. 

mgr. Chardon. 

   

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article