dom Philip Anderson - Père abbé de Clear Creek: l'hommage à dom Forgeot.

Publié le 10 Septembre 2020

 

 

 

Pour le très révérend Antoine Forgeot
 26 août 2020 
Homélies du Père Abbé
dom Philip Anderson.
Clear Creek 
 
"Laudemus viros gloriosos, et parentes nostros in generatione sua."
 Louons maintenant les hommes de renom, écrit l'auteur du Livre de l'Ecclésiaste, et nos pères dans leur génération.
 (Eccles. 44:1)
 
Chers frères et sœurs dans le  Christ,
Mes très chers fils,
 
Aujourd'hui, il est de notre devoir - triste et solennel, mais aussi joyeux et plein d'espoir dans le Seigneur - de célébrer cette messe de Requiem en l'honneur d'un grand moine et prêtre, l'abbé puis l'abbé émérite de l'Abbaye Notre-Dame de Fontgombault en France, l'homme qui a fait venir de France les premiers fondateurs de ce monastère de Clear Creek, il y a près de vingt et un ans. Il serait impossible de décrire en détail tout ce que nous devons au Père Abbé Antoine Forgeot, mais, tout en priant pour son âme, nous ferons de notre mieux pour honorer sa mémoire et pour continuer dans la foi la mission qu'il nous a donnée dès le début. Je vais simplement tenter ici, en quelques mots, de dresser un portrait spirituel de notre cher abbé.
 
Saint Benoît voulait que ses moines gardent chaque jour la réalité de la mort sous leurs yeux, Mortem quotidie ante oculos suspectam habere. (Sainte Règle, chapitre 4, "Sur les instruments des bonnes œuvres", n. 47) Ainsi, ils ne sont pas surpris lorsque leur dernier jour arrive. Tout cela s'inscrit dans la logique surnaturelle d'être simplement ce que l'on est vraiment, de vivre le moment présent, de rester transparent devant Dieu et les hommes. Le père Abbé Antoine a certainement vécu selon ce programme spirituel.
 
Pendant ses plus de 33 ans comme abbé de Fontgombault, à une époque où, en raison d'une crise des vocations, peu de communautés religieuses s'agrandissaient (sans parler de la fondation de nouveaux monastères), Dom Antoine a achevé la fondation d'une abbaye et en a fondé avec succès trois autres, dont Clear Creek, alors que Fontgombault lui-même ne cessait de croître. Il a contribué à la création de nouveaux instituts cléricaux tels que la Fraternité Sacerdotale de Saint-Pierre, l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre et la Communauté de Saint-Martin. D'innombrables personnes sont venues à Fontgombault pour lui demander conseil à une époque de confusion liturgique et doctrinale. Chaque année, il se rendait à Rome en été pour conférer avec le cardinal Ratzinger, jusqu'à ce que ce dernier soit élu au siège de Pierre. Bien que toujours en bonne santé et vigoureux d'esprit, lorsqu'il estimait le moment opportun, il démissionnait de son poste d'abbé et travaillait avec diligence pour assurer une transition en douceur sous le nouvel abbé de son bien-aimé Fontgombault.
 
La palette spirituelle de Dom Forgeot, bien que jamais extravagante, avait beaucoup de couleurs. Outre la spiritualité bénédictine qu'il connaissait si bien et, bien sûr, son ardente piété eucharistique et sa dévotion au Saint-Siège, il était, comme beaucoup de sa génération, un fervent admirateur de Sainte Thérèse de Lisieux. Il avait également une réelle affection pour la carmélite de Terre Sainte, Sainte Marie de Jésus Crucifié, la "petite Arabe", dont la fête est célébrée aujourd'hui. Plus tard, il a également étudié les œuvres de Sainte Faustine. Mais c'est surtout sa dévotion mariale qui a fortifié Dom Antoine pour faire face à la grande tâche qui était la sienne, et qu'il a résumée dans sa devise tirée de la fête de l'Assomption, Ad Superna Semper Intenti, "Avoir [nos âmes] toujours l'intention des choses d'en haut ».
 
Dans une récente interview publiée en France, l'actuel abbé de Fontgombault, Dom Jean Pateau, nous raconte des choses intéressantes sur son prédécesseur, soulignant le réalisme lumineux de son mode de vie, notamment en ce qui concerne sa façon de célébrer la Sainte Messe :
 
Il s'opposait à la fois à cette banalité qui conduit à la perte du sens du sacré, et, d'autre part, à ce ritualisme qui, en mettant exagérément l'accent sur le rite, conduit aussi à une perte du sens du sacré. En regardant le Père Abbé Antoine célébrer [la Sainte Messe], on a été frappé à la fois par sa grande fidélité aux rubriques liturgiques, et par sa qualité intérieure, par son effacement de soi visant à être le plus transparent possible devant le mystère. Il était comme une fenêtre ouverte sur Dieu. (Interview, Pays Basque, 22 août 2020)
Tel était le père abbé Antoine durant sa longue vie de moine et d'abbé. Nous, ses fils dans la vie monastique, espérons donc l'être au moins dans une petite mesure.
 
À la fin de l'émouvante homélie qu'il a prononcée sur la place Saint-Pierre, devant une foule immense, lors des funérailles du pape - aujourd'hui Jean-Paul II - le 8 avril 2005, le cardinal Ratzinger s'est tourné en esprit vers le défunt pape, s'adressant directement à lui en des termes inoubliables. En changeant légèrement les mots, je voudrais répéter les mêmes mots à Dom Forgeot, le bon ami du Cardinal Ratzinger et du Pape Benoît XVI :
 
Nous pouvons être sûrs que notre bien-aimé [le Père Abbé] se tient aujourd'hui à la fenêtre de la maison du Père, qu'il nous voit et nous bénit. Oui, bénis-nous, [Père Abbé]. Nous confions votre chère âme à la Mère de Dieu, votre Mère, qui vous a guidé chaque jour et qui vous guidera maintenant vers la gloire éternelle de son Fils, notre Seigneur Jésus-Christ. Je vous en prie. (cf. Homélie du Cardinal Ratzinger lors de la messe de funérailles du Pape Jean-Paul II, le 8 avril 2005)
 
 
 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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