dernier dimanche de Pentecôte fête de Ste Cécile

Publié le 22 Novembre 2020

 

 

L'enseignement du Seigneur est effrayant. Il annonce d'abord la ruine de Jérusalem, événement dont, de fait, la violence et la cruauté seront extrêmes, ainsi que le rapportent les historiens anciens et récents. D'ailleurs, Il l'avait déjà prédit : Jérusalem, toi qui mets à mort ceux qui te sont envoyés, il ne restera pas chez toi pierre sur pierre. 

 

Il annonce aussi qu'en raison des élus, ces jours d'épreuve seront moins longs que ce qu'on pourra craindre. Il faut entendre élus en deux sens non exclusifs : d'abord les contemporains de cette ruine, qui par leurs vertus et intercessions épargneront au peuple un châtiment plus terrible encore, ensuite tous ceux qui se convertiront au long des temps, par la prédication de l'Evangile, d'où l'envoi en mission après la résurrection, allez, enseignez toutes les nations. Ainsi, l'histoire humaine ne cessera pas à la catastrophe de 70 ni à celle de 135, mais devra s'étendre jusqu'au jour mystérieusement fixé par Dieu pour le jugement général. 

 

Mêlant, l'instant d'après et d'un même élan de parole, ce futur immédiat et un avenir en réalité lointain et chronologiquement indéterminé, le Seigneur en vient à prédire la fin du monde comme si elle devait suivre de près la chute de la Ville sainte. Qu'est-ce à dire ? Que cette compression du temps est une manière de parler propre au discours prophétique, et que, s'Il est bien l'ultime accomplissement de toutes les Prophéties, Jésus-Christ a, comme homme, aussi fonction de prophète, et que, par conséquent, Il lui arrive de parler dans le style des Prophètes, annonçant comme s'enchaînant des événements en réalité très séparés et bien différents les uns des autres. Il y aurait tout un sermon à donner là-dessus mais ... passons et venons brièvement au fond de mon sujet. 

 

Cet enseignement est si effrayant qu'on l'oublie ou l'édulcore. Comment l'accorder, en effet, avec ce Dieu d'amour inconditionnel qu'on s'entête à prêcher, un Dieu prêt à tout accepter pour que l'homme d'aujourd'hui puisse être pleinement lui-même, comme il l'entend, c'est à dire selon les bien-pensances de nos sociétés déliquescentes ?  

 

Pour bien remontrer combien le discours du Christ est vie, vie divine, et non terreur, voici donc quelques rappels : 

 

1. Ce monde est créé par un début et en vue d'une fin. Il faut donc bien que cette fin arrive un jour. Autant s'y préparer. 

2. Vu la somme de mal à l'oeuvre en ce monde et la justice de Dieu, il faudra bien que tout cela se paie un jour. Ce jour est celui qu'on appelle dernier et jugement. Autant s'y préparer. 

3. Vu la puissance que Dieu a de tirer le bien du mal, par amour pour nous et en faveur de ceux qui voudront bien en profiter, il est aussi miséricordieux que juste que nous soyons soumis aux épreuves de fin de vie en vue du jugement particulier, et de fin du monde pour le jugement général. 

Autant s'y préparer. 

Jésus aurait donc raison de répondre à qui viendrait se plaindre de la dureté de Ses paroles : ce n'est pas Moi qui suis effrayant mais toi qui n'as rien compris. Les discours sombres du Seigneur, en effet, ne révèlent pas moins l'amour dont Dieu nous aime que ceux qui réjouissent. Ils le révèlent autrement. Je m'explique. Pour nous faire capables du meilleur, le Créateur nous a aussi fait capables du pire, forcé à cela pour ainsi dire par la loi même de Son amour. Car pour que mon oui soit un vrai oui, il me faut nécessairement la possibilité de dire non. 

 

Pourquoi reconnaît-on nul un mariage contraint ? Parce que le consentement n'a pas été fondé sur la liberté d'un refus. Tout le mystère est là. Soit Dieu crée des gens capables du non pour que leur oui soit véritable - des gens par amour et pour l'amour - soit il ne crée personne. Or qu'obtient-on quand on lui répond non ? On obtient le monde que nous voyons et que voyaient déjà les auditeurs de Notre divin Maître dans l'évangile de ce matin. Et c'est ce monde de feu, de sang et de larmes qu'au lieu de lui infliger une bonne fois ce qu'il mérite, Il veut bien travailler à l'intime encore et toujours, et jusqu'à la fin, pour y recruter Ses saints, foule impossible à dénombrer que le ciel aura rassemblée, et que le Voyant de Patmos, auteur inspiré du livre de l'Apocalypse, notre cher Apôtre Jean, eut la grâce en son exil de contempler d'avance.

 

Savoir que, par le Sacrifice de la Croix et le Sacrement qui le renouvelle depuis deux mille ans, Dieu tire pour nous le bien du mal que nous lui imposons doit mettre au coeur et faire répandre autour de soi une joie sainte, un courage à toute épreuve et une humilité qui n'a pas de fond, grâces urgentes dans la sainte Eglise d'aujourd'hui, si divisée dans une société qui ne l'est pas moins. Et doit nous faire attendre la fin annoncée de notre vie et de ce monde non dans la peur mais avec amour. Quand vous verrez tout cela se produire, dit encore le Sauveur, relevez la tête car votre délivrance approche. 

 

Que Marie, tendue de tout Son être vers l'accomplissement de toutes choses en Son Fils, et sainte Cécile nous obtiennent d'être embrasés de ce grand amour, dont la musique est un des plus beaux symboles. 

 

Fr. Augustin Pic, O.P.,

 

 

Rédigé par Philippe

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