lettre aux amis: dom Jean Pateau Père abbé de Fontgombault

Publié le 1 Novembre 2020

 

 

 

Fête de la Toussaint, 1er novembre 2020

Chers Amis,

Les événements de ces dernières semaines me poussent à vous écrire quelques lignes. Elles naissent d’échanges par courrier ou encore de rencontres qui ont suscité une réflexion. Les événements, ce sont les attentats de ces derniers jours.

Ce sont aussi les caricatures de Charlie Hebdo, non sans lien avec ces attentats, et à l’origine d’une campagne contre la France dans le monde musulman profondément choqué. L’un de vous m’écrivait au lendemain de l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine : « On apprend qu’un professeur d’histoire a été décapité par un islamiste pour protester contre un enseignement hostile à Mahomet ; c’est évidemment un acte monstrueux, mais montrer le journal Charlie-Hebdo pour apprendre à des jeunes de 4e ou 3e ce qu’est la liberté de penser, c’est choisir ce qu’il y a de plus bas dans le domaine de la presse… »

Nous devons être conscients que pour les musulmans, politique et religion se mêlent. L’Europe est demeurée chrétienne dans leur vision. Les caricatures du prophète, le soutien à l’hebdomadaire satirique et l’affirmation d’un droit au blasphème par nos hommes politiques sont interprétés comme le fait de chrétiens en lutte contre l’islam. Cela appelle à leur sens une réponse. Il y a eu des protestations officielles… Comment ont-elles été reçues ? En quels termes y a-t-on répondu ? Il y a eu l’attentat dans la basilique Notre-Dame de Nice… autre réponse encore plus désordonnée que sa cause.

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Les événements, c’est aussi le confinement qui reprend pour quelques semaines, avec l’interdiction du culte public ; interdiction dont la nécessité est loin d’être avérée, compte tenu des précautions mises en œuvre par les paroisses.

À plusieurs reprises, le Président de la République a appelé les Français à l’unité. C’est important. C’est son rôle. Cela soulève au moins deux questions : - L’État est-il lui-même promoteur d’une authentique fraternité au sein de la société ? - L’invitation du Président s’adresse-t-elle à tous, ou seulement à ceux qui, du simple fait qu’ils croient en Dieu et qu’ils refusent de se faire les esclaves béats de provocateurs cachés derrière le nom générique de « média », et parce qu’ils n’admettent pas de voir humilier ce qu’ils ont de plus cher, sont montrés du doigt ou tournés en dérision ? Les trois mots placés au fronton de nos mairies sonnent aujourd’hui bien creux…

Aujourd’hui de plus en plus de chrétiens se sentent étrangers en leur propre pays. Je ne demande pas aux dessinateurs de Charlie Hebdo de croire en Dieu. J’attends seulement d’eux qu’ils respectent ce que les autres croient, au nom de l’unité à promouvoir entre les citoyens et du devoir de chaque citoyen d’édifier son pays. Cela n’est pas exorbitant, cela s’appelle simplement du savoir-vivre. Si tel n’est pas le cas alors il n’y aura pas d’égalité ni de fraternité. Sans un minimum de savoir-vivre… pas de « vivre ensemble » possible. Les moines sont les premiers à être conscients de cela.

Les croyants, citoyens au même titre que les autres, ont le droit de refuser d’être humiliés dans leur foi par les sans foi ni loi. Être respectés dans notre propre pays tels que nous sommes est un droit que nous devons revendiquer. Dieu a été, est et sera.

 

Pour finir, un mot du confinement. Il y a à peine un an, on nous promettait dans un avenir proche le sur-homme… Pas pour tous, sans aucun doute, mais pour quelques-uns qui pourraient s’offrir des options sur un corps mal aimé. Aujourd’hui, où est-il, ce sur-homme ?

Ce n’est qu’un sous-homme que l’on rencontre dans les rues : un homme masqué réduit à sa plus simple expression. Comment ne pas se souvenir de l’épisode biblique de la Tour de Babel. L’homme a oublié la leçon : ce qui se fait sans Dieu n’a pas d’avenir. Invitons donc le Seigneur dans ce nouveau confinement. Au lieu d’occuper et de faire vivre le monde avec des idées folles, répandons autour de nous l’amour que le monde ne sait plus donner, qu’il craint même de donner, qu’il refuse de donner : amour envers l’enfant à naître, amour pour le malade ou le vieillard qui s’approchent de la mort, amour du prochain, amour de Dieu toujours. Répandons sans relâche le vrai, le bien, le beau, un peu de la Vérité qu’est Dieu, de la bonté qu’est Dieu, de la beauté qu’est Dieu.

Alors ce nouveau confinement sera comme un long Avent, une préparation à la fête de Noël. Commençons par cheminer dans la lumière des Béatitudes

(Mt 5,1-12) :

Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Et puis, demeurons en famille avec Marie et Joseph sur la route de Bethléem dans l’attente de l’Enfant-Dieu, le Consolateur, le vrai Roi de Paix.

+ fr Jean Pateau abbé.

requête congrégation de Solesmes 

Rédigé par Philippe

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