" Marche en ma présence et sois parfait. " règle de st benoît

Publié le 23 Janvier 2021

 

   

 

 

   Un sage de l'antiquité romaine, Sénèque, termine ainsi une de ses lettres à Lucilius :" Mon ami, je veux te donner , pour finir, un conseil utile et salutaire que je te prie de retenir. C'est que nous devons choisir quelque homme de bien, dont nous nous souvenions toujours et sous les yeux duquel nous nous imaginions vivre et faire toutes choses. Car pour empêcher la plupart des fautes qui se commettent, il suffit de faire paraître un témoin lorsque les hommes sont sur le point de faillir. Que notre esprit se représente donc quelqu'un qu'il respecte, et que par cette pensée il sanctifie jusqu'aux plus secrètes de ses actions. Heureux celui qui peut se tenir dans un tel respect vis-à-vis de quelqu'un et s'en servir pour régler et ordonner sa conduite. Qui est capable de révérer ainsi un homme se rendra lui-même bientôt digne qu'on le révère. " 

   Excellent conseil, en effet , et dont bien des âmes peuvent faire leur profit. Mais combien plus efficace la courte recommandation que Dieu avait donnée à Abraham :" Marche en ma présence et sois parfait. " 

   Pas n'est besoin d'un effort de l'imagination pour se représenter un homme absent, et qui, même s'il était présent, ne peut voir le fond du coeur et percer le mystère de nos intentions . Il y a quelqu'un qui est là toujours. Notre vie se déploie sous son regard. Il pénètre nos pensées les plus cachées. C'est Dieu. " Partout, dit le Sage, les yeux du Seigneur considèrent les bons et les mauvais. " " Sors-tu de ta maison, dit saint Augustin, tu es vu: tu y rentres? tu es vu encore; que la lampe soit éteinte ou allumée, il te voit; te caches-tu dans ton lit ou ne se passe-t-il rien que dans le fond de ton coeur, il te voit, il te voit toujours ! "

On sait de quelle poésie le psalmiste a revêtu les mêmes pensées : 

Où aller , Seigneur, pour me dérober à votre esprit?

Où fuir pour échapper à votre regard.

Si je monte aux cieux, vous t êtes;

Si je me couche dans le séjour des morts, vous voilà!

Si je prends les ailes de l'aurore,

Et que j'aille habiter aux confins de la mer,

Là encore votre main me conduire

Et votre droite me saisira.

Et je dis : Au moins les ténèbres me couvriront

Et la nuit sera la seule lumière qui m'entoure;

Les ténèbres n'ont pas pour vous d'obscurité;

Pour vous la nuit brille comme le jour,

Et les ténèbres comme la lumière.

   Il me souvient de certain tableau représentant au vif le visage de Notre-Seigneur et qui nous émerveillait lorsque nous étions enfants à la maison paternelle. Les yeux du Christ apparaissaient fixés sur nous, quelle que fût la place que nous occupions dans la chambre où il régnait. Si plusieurs, de divers endroits, nous considérions la face divine, chacun avait l'impression que ce regard était tout pour lui seul . " C'est moi qu'il regarde ", disait l'un. " Il me regarde, moi " , disait-on pareillement à l'autre bout de la chambre. J'ai lu depuis que jadis le cardinal Nicolas de Cuse avait fait composer une image de cette sorte et s' en servait en son Traité de la vision de Dieu pour suggérer que le regard de Dieu est fixé sur toutes les âmes et a une vision simple des êtres multiples qu'il a créés.

   Oui, nous sommes tous , partout, toujours sous le regard de Dieu, et cette pensée, si nous en sommes pénétrés profondément , est la plus salutaire qui soit pour nous faire éviter le péché et croître en vertu , pour arriver enfin à cette union divine qui est le terme de la perfection humaine. 

   Il est bien certain d'abord, comme le dit saint Thomas d'Aquin, que " si nous pensions toujours que Dieu est devant nous, qu'il voit tout, et qu'il est notre juge, nous l'offenserions rarement et même jamais. " 

   On raconte dans l'histoire des Pères du désert que l'un d'eux convertit par ce moyen ThaIs, fameuse pécheresse d'Alexandrie. Il était venu dans sa maison, et semblait-il , avec les mêmes intentions que tant d'autres, mais l'air inquiet il demandait d'être admis avec elle dans une chambre où personne ne pût les voir. " Venez ici, dit-elle. Personne n'y entre jamais et nous sommes absolument à l'abri de tout regard. " Mais lui alors leva le doigt vers le ciel :" Oh! pour Celui-là, dit Thaïs, nulle part on ne peut échapper à ses yeux. - Comment , dit le solitaire, se révélant soudain, tu sais cela, et tu pèches quand même !" ... La pauvre femme comprit alors, pour la première fois l'audace criminelle qu'il y avait de commettre ainsi à la face de Dieu, en présence de la divine Majesté de l'Etre trois fois saint, du Juge inexorable, un acte qu'on n'ose pas faire devant un passant quelconque. A partir de ce jour le péché lui apparut comme une énormité impossible, elle se fit murer dans une cellule pour y expier durant le reste de ses jours toutes ses fautes passées.

   Trop rares malheureusement sont les âmes qui au moment de la tentation se pénètrent de cette idée qui les sauverait du mal. Dieu n'est pas devant leurs yeux , dit le psaume, et toutes leurs voies sont souillées. "

Dans leur triste incrédulité, dans leur aveuglement volontaire , les pauvres pécheurs sont comme Caïn, dont il est dit dans la Bible que , " se retirant de la face de Dieu, il s'en alla errant et fugitif sur la terre" . Mais partout, quoi qu'il en eût, l'oeil de Dieu restait fixé sur lui. Le regard divin, qui devait être pour l'âme la lumière et le secours qui permettent de triompher du mal , est alors le juge qui se rend compte de tout pour que justice soit faite à la fin . " Malheur, à eux, dit le Seigneur par la bouche du prophète Osée, parce qu'ils se sont éloignés de moi!"

...

   C'est un fait que tous les saints de l'Ancien Testament et du Nouveau ont vécu sous le regard divin et que cette pratique a donné à leur sainteté même un suc nourricier . " Marcher devant Dieu " , " révérer la face de Dieu", sont des expressions qui reviennent souvent dans la Bible. " Vive le Seigneur en présence duquel je me tiens! " aimaient à s'écrier Elie et Elisée. " J'avais soin que le Seigneur fût toujours devant mes yeux " . disait David. Mais " le Dieu en présence duquel nos Pères ont marché" s'est revêtu pour toujours de notre humanité en la personne de Jésus.  Depuis l'Evangile nous avons l'impression très douce qu'une tendresse émouvante, une sympathie encourageante brille dans le divin regard qui repose sur nous, et nous suit dans tous nos chemins. 

   Faire un acte de foi à la présence de Dieu, renouveler en nous, raviver aussi souvent que possible cette pensée qu'il nous regarde, et surtout nous efforcer de produire dans notre coeur les actes qu'une telle pensée nous inspirera suivant la condition de notre âme et les circonstances du moment .  Ce sera tour à tour ou à la fois un sentiment de respect, une crainte révérencielle, une supplication filiale ou une parole d'amour, celle-ci par exemple : " O mon Dieu, vous me voyez; quand vous verrai-je à découvert comme je suis vu de vous? "

 

   

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Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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