"Nous avons vu son étoile. "

Publié le 6 Janvier 2021

 

 

 

 

+ ÉPIPHANIE

 Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU 

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault 

(Fontgombault, le 6 janvier 2021)

 

 « Vidimus stellam ejus. »

 

 « Nous avons vu son étoile. » (Mt 2,2)

 

 Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

 

Il y a presque deux semaines, la crèche nous accueillait pour fêter la naissance de notre Rédempteur. L’Église nous convie aujourd’hui pour son Épiphanie, sa manifestation au monde. De fait, la naissance de l’Emmanuel, « Dieu avec nous », a été très discrète, cachée aux yeux des foules : une étable retirée, Marie et Joseph, seuls, puis quelques bergers convoqués par les Anges. Ce fut tout. Les bergers, des hommes silencieux, avaient probablement gardé le secret divin. Désormais, le temps est venu de la proclamation de cet événement. À qui sera-t-il révélé , et comment ? 

 

Dieu est surprenant. Dans la nuit de Noël, des Anges avaient porté l’annonce de la divine naissance aux pasteurs. N’est-ce pas leur rôle de messagers divins ? Mais aujourd’hui, quel n’est pas notre étonnement de voir arriver dans nos crèches le déploiement de couleurs et d’animaux qui accompagne les mystérieux rois ! Les noëls populaires ont multiplié les couplets à leur sujet. L’arrivée de ces dignitaires à Jérusalem n’aura pas manqué de susciter un certain désordre dans la ville. Bien vite, la nouvelle est parvenue aux puissants, d’autant que les Mages souhaitaient les rencontrer. Ces hommes venus d’Orient révèlent à Hérode, aux princes des prêtres et aux scribes, l’existence de l’étoile et la naissance de l’Enfant-Roi. En retour, ils reçoivent des savants l’indication du lieu où trouver celui que la prophétie appelle « le Chef qui gouvernera Israël. » Que les destinées humaines sont différentes ! À ce nom de Bethléem en effet, les Mages reprennent la route. Ils poursuivent le long chemin débuté sous le signe humble et discret de l’étoile ; et voici justement qu’apparaissant de nouveau devant eux, elle s’arrête au-dessus du lieu où repose le nouveau-né. La joie dans le cœur, ils poussent la porte de l’étable. Les puissants de Jérusalem, eux, ne consentiront pas à parcourir la dizaine de kilomètres vers Bethléem. Sur le chemin de Dieu, ils étaient immobiles et ils le demeureront. Bien plus, ils feront parcourir à d’autres ce chemin, non pour adorer l’Enfant, mais pour le tuer. L’annonce de la naissance du Messie, bien loin de consoler leur attente, ne suscite en eux que la haine et la crainte. Mais l’Enfant échappe de leurs mains, et la prophétie d’Isaïe se réalise : sa naissance n’est pas demeurée secrète, car voici que la gloire du Seigneur se lève, et que sa clarté illumine les nations : les peuples marchent à sa lumière, et les rois à l’éclat de son aurore (cf. Is 60,1-3). 

 

À notre tour, nous sommes convoqués à la crèche. Quel chemin prendrons-nous ? Celui d’Hérode ? Celui des Mages ? Chemin de ténèbres ou chemin de lumière ? 

 

Les Mages ont été attentifs aux signes des temps, à ces circonstances qui entourent nos vies et qui demeurent, même quand elles semblent contraires, le don de la Providence, toujours accompagné de la grâce nécessaire pour faire face au présent selon la volonté de Dieu. Dieu vient à nous dans les événements. Rien n’échappe à sa Providence.

Les Mages, dociles aux signes divins, acceptent donc de se mettre en route, de renoncer à leurs projets, à leurs habitudes. Ils font le choix radical de Dieu. Ils se convertissent et le font vraiment. Une lointaine velléité, une vague volonté ne convient pas. Il faut des actes et des actes concrets, répétés. Ils partent et non pas les mains vides : c’est un Roi qu’ils viennent visiter, et dont ils ont vu l’étoile. L’évangile rapporte qu’avant de quitter leurs contrées lointaines, ils ont pris avec eux de l’or, de l’encens et de la myrrhe. L’antienne de Benedictus au lendemain de l’Épiphanie précise : « l’or, car il est le grand Roi ; l’encens, puisqu’il est le vrai Dieu ; la myrrhe destinée à sa sépulture. » 

 

Les voici arrivés à la crèche. Autant saint Matthieu a détaillé l’étape à Jérusalem auprès d’Hérode, autant il décrit sobrement l’arrivée à l’étable. Ils entrent. Ils trouvent l’Enfant et sa Mère. Ils se prosternent, adorent, offrent leurs présents et s’en retournent par un autre chemin. Quel contraste entre la rencontre tourmentée d’Hérode avec l’Enfant de la crèche et celle des Mages : pour eux, pas de rendez-vous, pas d’attente, pas de douane à l’entrée. La seule douane sur le chemin de la rencontre avec Jésus est celle que nous placerions, comme Hérode, à la porte de notre propre cœur. L’oreille du Seigneur demeure ouverte à qui s’adresse à lui. Les Mages ont simplement vu une mère et son enfant. Malgré ce peu, ils se prosternent et adorent. La banalité de ce qu’ils voient n’est pas un obstacle à leur entrée dans le mystère de cette naissance qui leur a demandé un si long voyage. Ils ne sont pas déçus. Bien plus, ils se laissent imprégner par l’enseignement de cette présence. Dieu est inépuisable. Nul ne sort inchangé de la rencontre avec Lui. Les Mages offrent à l’Enfant de la crèche l’or, l’encens et la myrrhe, ce qu’ils ont de plus beau et de plus significatif. 

 

Et nous, quel cas faisons-nous de l’invitation à rencontrer le Christ en chaque instant ? Qu’allons-nous offrir à l’Enfant qui vient à nous ? Il est Roi, d’une royauté qui n’est pas semblable à celle des grands de ce monde : il règne sur les cœurs. Offrons-lui donc l’or de nos cœurs. Il est Dieu : il a donc droit à l’encens de notre prière. La myrrhe enfin évoque sa tragique destinée, sa mort, pour nous gage du salut. L’Enfant de la crèche attend donc notre amour, notre prière, notre misère.

 

 Le mystère de Noël invite à ne pas séparer le don à Dieu de notre cœur, l’offrande de notre prière, et le don de notre misère. Jésus attend tout de nous comme il le disait un jour à saint Jérôme : « Tu ne m’as pas tout donné ; tu ne m’as donné ta misère. » Nul ne l’aime vraiment s’il ne répond pas à cette dernière attente.

S’il nous faut quitter la crèche, demeurons avec Dieu. Poursuivons notre vie par un autre chemin, libérés du poids de la misère abandonnée aux pieds de l’Enfant ; nous souvenant aussi que la porte de la crèche demeure ouverte, si quelque misère à nouveau venait assombrir notre horizon.

Une étoile luit sur chacune de nos vies, l’étoile, signe d’Espérance, témoin de l’amour inépuisable de Dieu qui, dans la crèche de Bethléem, a voulu recevoir le nom de Jésus : Dieu Sauveur. 

 

Amen.

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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