2.) la psychologie de la conversion : la lutte.

Publié le 17 Février 2013

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Avant d'en venir à cette simplification supérieur de son être, le convertit doit lutter.

 

Comme on le pense bien, les tendances diverses contraires et même contradictoires de la nature humaine ne se laissent pas facilement réduire à l'unité: à l'amour et à la pensée uniques. L'entreprise se compare justement à cette espèce particulière du drame, qui se nomme tragédie.

 

En effet, l'homme désaxé, multiple, "monstre et chaos", comme dit Pascal, "écartelé, non pas à deux chevaux comme dans les temps horribles", selon Lamennais, ne peut se rendre à "l'unique nécessaire", qu'à travers de durs combats et après une victoire coûteuse.

 

Car, s'il y a d'une part tous les biens que la foi met en relief, il y a par contre les cris d'agonie des passions, "me tirant, disait S. Augustin, par ma robe de chair", les préjugés, l'orgueil, le respect humain, les parents, les amis et toutes ces habitudes qui font la nécessité.

 

Le même saint décrit ainsi son conflit intérieur:" Cette volonté nouvelle qui se levait en moi de vous servir sans intérêt, de jouir de vous, ô mon Dieu, seule vraie joie, cette volonté était encore trop faible pour vaincre l'autre enracinée par l'habitude.

 

Ainsi deux volontés, l'une ancienne, l'autre nouvelle, l'une charnelle, l'autre spirituelle, étaient aux prises, et dans cette lutte mon âme se dissolvait".....

 

Le caractère essentiel de la conversion est bien marqué: un dualisme dans lequel des puissances contraires se font la guerre.

 

"Le converti, écrit le père Mainage, n'est pas seul sur le chemin qui le conduit à la vie catholique. Il est deux. Il se sent deux". Il suffit de songer aux deux hommes qui se partageaient saint Paul, aux deux volontés qui tiraillaient saint Augustin ou tout simplement aux deux pièces disparates et constitutives de tout homme: la chair et l'esprit.

 


 

L'idée d'un duel, qui se passerait dans les profondeurs de l'âme, caractérise assez bien le travail préliminaire à la conversion. Il faut choisir entre Dieu et soi-même, mais d'un côté comme de l'autre, les exigences sont totalitaires.

 

Certains convertis en ressentirent parfois la sensation presque physique: saint Paul "regimbe contre l'aiguillon", saint Augustin pleure à la pensée de quitter pour jamais "ces bagatelles de bagatelles, ces vanités de vanités, ses anciennes amies". Jacques Rivière est tellement terrassé qu'il écrit à Claudel: " J'aime mieux souffrir que de consentir à une domination, cette domination ne dût-elle durer qu'un instant et me donner l'éternelle béatitude".

De son côté, Claudel avoue :" La pensée d'annoncer à tous ma conviction, de dire à mes parents que je voulais faire maigre le vendredi, de me proclamer moi-même un de ces catholiques tant raillés, me donnait des sueurs froides". Eve Lavallière dira à ses amies: "Une conversion, c'est dur les premiers mois et les premières années. On ne passe pas un moment des ténèbres à la lumière. Il y a des hésitations, des doutes, du clair obscur". Le socialiste Retté, le juif Cohen, le luthérien Hecker, le Père Liberman et tant d'autres nous ont laissé des récits émouvants de leur ascension vers Dieu.

 

Jacod lutta contre un ange; les convertis luttèrent contre Dieu avant de faire leur soumission.

" Dure nuit! le combat spirituel est aussi brutal qu'une bataille d'hommes", écrivait Arthur Rimbaud.

 

Il ne faudrait toutefois pas réserver ces luttes, pas plus que l'unité pacifiante qui en résulte, au seul passage de l'incroyance à la foi ou de l'état de péché mortel à l'état de grâce.  C'est là le saut du mal au bien, généralement appelé première conversion.

 

A celle-ci peut et doit s'en ajouter souvent une seconde, qui consiste à passer du bien au mieux, d'une vie tiède à une vie fervente, de la médiocrité à la perfection. C'est en ce sens que Sainte Thérèse d'Avila et le bienheureux Henri Suso parlent de leur conversion. Le même état d'âme est visé quand Jésus dit à saint Pierre:" Et toi, une fois converti, affermis tes frères".

 

Qu'il s'agisse d'une première ou d'une deuxième conversion, des combats analogues doivent acheter l'orientation vers Dieu des pensées et des affections. Sans doute, le travail sera plus ardu si le converti doit tourner vers son Créateur une âme qui en est absolument détournée: la route sera plus pénible et les liens cèderont moins facilement. Cependant, pour quitter une générosité intermittente et partielle et embrasser une attitude stable et totale, la grande Thérèse dut se débattre longtemps.

 

"Je voudrais, dit-elle, pouvoir donner l'idée de la captivité où gémissait alors mon âme. Je voyais bien qu'elle était captive, mais je ne savais en quoi... Ma conscience me disait que je ne donnais pas à Dieu ce qu'exigeaient tant de bienfaits reçus... Je cherchais un remède, je prenais des moyens... Je désirais vivre, car je le sentais, ce n'était pas vivre que de se débattre ainsi contre une espèce de mort..."

 

Henri Suso connut aussi le dur labeur de l'homme qui se rend entièrement à Dieu.

 

Il lui a fallu, comme à tous les saints, passer au crible son humeur, sa conduite quotidienne, sa vanité, et ne sauver de son passé que ce qui lui semblait noble et pur, saint et agréable au Maître.

 

 


 



Rédigé par Henrie marie Bradet O.P.

Publié dans #spiritualité

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