le moteur du chant sacré, c'est l'amour.

Publié le 29 Septembre 2008



Jean, dans sa lettre, nous crie deux vérités capitales : " Dieu est Amour " et " Aimons-nous les uns les autres ". Et Jésus, dans ses adieux à ses disciples le Jeudi Saint, leur laisse, comme testament, le même commandement : " Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. " Jésus sait bien que cet amour devient possible parce qu'il prend sa source dans l'amour même de Dieu qui " nous a tant aimés ". Et il sait aussi que cet amour s'alimente à sa propre vie, cette vie qu'il a donnée pour nous tous. " Comme je vous ai aimés " exprime alors un amour altruiste, le don de soi, un esprit de service qui va lier les êtres humains entre eux. C'est pourquoi l'amour véritable aboutit à la Paix, le souhait solennel de Mgr Maillet, fondateur du mouvement des Pueri Cantores.

Saint Augustin qui a écrit des textes merveilleux sur la musique, écrivait un jour : " Chante si tu aimes ". Oui, car la musique, si elle vient du coeur, a un singulier pouvoir pour remuer les êtres humains jusqu'au fond de l'âme. Nous avons tous remarqué combien, dans un concert, les gens sont en communion avec les artistes si ceux-ci sont fervents, s'ils croient en leur art et s'ils sont vrais dans leur expression.

Or, pour nous en tenir à la musique sacrée, le musicien est là, non pour se faire valoir mais pour établir une communication entre les merveilles que le Seigneur propose et les fidèles, les baptisés. Or, ce beau message, si le musicien, le chanteur le vit profondément, s'il le sent bien présent au fond de lui-même, grâce à un art musical de qualité appuyé sur sa foi, ce message sublime, il passera dans l'âme du fidèle pour provoquer une réaction de conversion, d'action de grâce, de louange, de joie spirituelle. " Chante si tu aimes ".

Par la musique sacrée, chaque moment de la célébration est ainsi mis en valeur, et au cours de l'année liturgique, le Petit Chanteur suivra son Sauveur, essaiera d'exprimer au mieux l'espérance de l'Avent, la joie de Noël, les sentiments de contrition et le désir de conversion du temps de Carême, l'enthousiasme de la joie de Pâques qui nous annonce notre propre résurrection. J'ai souvent dit à mes Petits Chanteurs, votre plus belle qualité, c'est la ferveur, i.e. l'ardeur de l'âme chrétienne à témoigner par la musique du message évangélique. La devise de la chorale que je dirige encore est toujours " Chante à plein coeur ". " Chante si tu aimes "

J'aimerais maintenant énoncer à ce sujet une autre idée et insister sur l'importance de la Beauté pour accéder à l'expérience de Dieu. Dans le Livre de la Sagesse (9,13-18), on peut lire : " Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à portée de la main; qui donc a découvert ce qui est dans les cieux? "

Mais justement la liturgie et surtout la musique sacrée est là pour essayer de lever le voile sur toutes ces beautés par de saisissantes analogies. Il faut donc que le message soit exprimé au mieux et c'est là que la technique, le talent, la compétence et la qualité des oeuvres entrent en jeu ainsi que la sincérité et, disons-le, la foi de l'exécutant et le degré d'amour qui est en lui. " Chante si tu aimes "

On connaît bien ce texte célèbre de saint Paul : " Quand bien même je parlerais les langues des anges et des hommes, si je n'ai pas l'amour, je ne suis plus qu'airain qui sonne ou cymbale qui retentit (I Cor., 13, 1).

Chers Petits Chanteurs, ne vous contentez pas d'être dans la liturgie de simples instruments qui retransmettent les notes d'une partition ! Vous ne pouvez sincèrement chanter l'amour du Christ sans l'éprouver profondément dans votre coeur et sans que cet amour se traduise concrètement en actions utiles au service des autres, comme vous ne pouvez chanter la paix du Seigneur si vous n'êtes pas en paix avec vous-mêmes ou avec les autres.

La musique d'église ainsi comprise devient alors expression de vie intense au service de Dieu et du prochain ; elle est sacramental, i.e. signe sensible d'une réalité fondamentale : l'amour de Dieu exprimé par l'art musical, mais jaillissant des profondeurs de l'âme.

Si la ferveur et la beauté sont là, il se produira alors une chose tout à fait étonnante ! Le chanteur qui manifeste les merveilles de Dieu par la variété presque infinie de la beauté musicale, deviendra un témoin de la grandeur et de la vie en Dieu. Ce qui se vit alors durant les célébrations des grands cycles liturgiques deviendra ainsi une ébauche de la Vie éternelle qui est Harmonie et Perfection.

En effet, par une secrète analogie, le chant sacré permet de saisir un reflet des réalités spirituelles elles-mêmes. Le dernier concile l'a affirmé clairement. On raconte que Claudel attribuait sa conversion aux moments bouleversants vécus en assistant à une messe de minuit à Notre-Dame de Paris, en écoutant les Petits Chanteurs.

L'Église, au cours des siècles, a voulu associer les arts à la liturgie, la musique en particulier, étant convaincue que le mouvement de l'âme que la musique suggère, est une sorte de symbole, d'image de l'acte spirituel, le signe d'un au-delà déjà vécu sur la terre.

La musique est donc là, non pour elle-même, mais pour aider à célébrer le mystère que la liturgie veut rendre actuel par tous les moyens dont elle dispose afin que le fidèle expérimente en quelque sorte ces trésors de foi, ressente dans son coeur ces richesses d'amour, comme les disciples d'Emmaüs dont le coeur était tout brûlant lorsque Jésus leur parlait. Au cours de ma longue carrière de directeur de maîtrise, j'ai reçu souvent d'émouvants témoignages de fidèles après des célébrations où les Petits Chanteurs s'étaient donnés entièrement à leur beau rôle de musiciens au service de la liturgie.

Petits Chanteurs, quelle mission exaltante est la vôtre !

 

En poursuivant cette eucharistie, recherchons encore davantage l'intimité avec Jésus, demandons-lui de nous transformer en lui, qu'il nous pénètre si bien de son esprit d'amour, que notre vie soit si unie à la sienne, que nos chants soient comme le débordement naturel de l'amour qui nous anime.

Amen

 

Mgr Claude Thompson

Quebec.


Rédigé par philippe

Publié dans #divers

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P
C'est un très beau texte. De quand date cette homélie? Me permettez-vous de l'insérer dans mon blog?
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P

évidement vous pouvez prendre ici tout ce que vous voulez .. le lien de l'homélie est avec. 2006 si je me souviens quant à la date, oui très beau. Bienvenue sur le petit Placide. !!!!!


D
Un texte révélateur sur les choses d'En-Haut, comme on le qualifiait au Moyen-Age, les Shères Célestes. C'est ça que les voix d'enfants nous font ressentir. Très beau.
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