ode à Jésus Crucifié.

Publié le 7 Mars 2009




Innocent agneau, baigné dans ton sang avec lequel tu rachètes les péchés du monde, suspendu à cet arbre robuste, les bras ouverts et désireux de m'embrasser; puisque tu laisses humblement se flétrir les couleurs et la beauté de ce divin visage, déjà tout près de la mort, avant que l'âme souveraine et pure s'envole, pour me sauver, tourne vers moi tes doux yeux et me regarde.

Puisque l'immense amour, par un suprême effort, rompt les voiles de cette grandeur, attaché avec une douleur intense à ce tronc, tu penches vers ta mère ta tête couronnée d'épines; et puisque de ton coeur royal s'exhale ta voix pour implorer de la toute-puissance de ton père le pardon des fautes et des forfaits, qu'il te souvienne Seigneur, de mes péchés.

Ici, où tes mains, ouvertes par les clous, montrent tes libéralités et tes largesses; ici, où tu offres mon rachat; ici, où tu rachète les captifs, répandant de toute part la miséricorde, ton coeur ne restant satisfait dans sa générosité tant que ton corps n'est pas épuisé de sang; ici ô Rédempteur, je veux comparaître en jugement, moi le premier.
"Ici, je veux que tu contemples un pécheur enseveli dans la noire prison de ses erreurs; car je ne crains pas que tu ne t'irrites en te voyant offensé, puisque tu plaides pour les pécheurs; car les plus grandes fautes sont celles qui font paraître davantage la noblesse de ton coeur sacré; car la réparation de ces fautes, en te coûtant plus de sang, réjouit davantage ta clémence.

Bien que le lourd fardeau de ma faute m'accable et fasse courber mon faible cou (qui secoue, hélas! ton joug léger, et s'assujettit à un joug nouveau); que je foule péniblement le sol de mes pas pesants, j'espère encore te rejoindre; car puisque pour mon bien tes pieds sont cloués sur ce tronc robuste, je suis assuré que tu ne pourras me fuir.
Je suis certain, mon Dieu, que mon bon désir trouvera un port en ta clémence. J'ai confiance en ce coeur que je vois maintenant à jour par les fenêtres de ce corps ouvert; coeur mis à nu de telle sorte qu'un voleur, les mains liées, seul avec toi, en deux mots seulement te l'a dérobé; et si nous attendons encore, un aveugle bientôt s'en emparera.
Je suis arrivé en temps propice, au moment où tu fais la répartition de tes biens par un nouveau  testament. Si tu as légué  ce que tu possèdes, moi aussi je me présente à tes yeux. Et  quand, au même instant, tu lègues à la mère un fils, au disciple une mère, au père l'esprit, et au larron la gloire, comment serais-je assez malheureux pour rester seul dépourvu au milieu de tant de legs?

Vois, je suis un fils que tu peux justement déshériter à cause de sa désobéissance; mais ta clémence a dit qu'il trouverait le pardon, s'il revenait se présenter à toi. Je veux m'attacher au pied de ce lit où tu expires. Que si, docile à ma prière, tu entends la voix lamentable qui t'invoque, j'espère une grande fortune, car étant fils je reste héritier.

Je prends à témoins tous ceux qui te regardent, que tu inclines la tête en signe d'accord à ma demande, ainsi que je l'attendis toujours de ta libéralité. O admirable grandeur! charité vraie! c'est une chose certaine que tant le testateur n'est pas mort, le testament n'a point toute sa force; mais tu es si généreux, que tu meurs pour que tout soit accompli.

O mon chant! Il faut s'arrêter ici. Les larmes suppléeront à ce qui reste à dire, comme il convient en une si fâcheuse circonstance; car les chants ne sont point de raison quand la terre, le soleil et le ciel se lamentent.

luis de Leon.




Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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