Saint Benoît

Publié le 15 Mars 2009





La vie de saint Benoît est un parfait modèle de la vie chrétienne, parce que, sans se reposer jamais, il a tendu sans cesse à une perfection plus haute.

Nous le voyons premièrement, sortir des plaisirs des sens, par la mortification et la pénitence, secondement, de la satisfaction de l'esprit, par l'amour de la discipline et de la régularité monastique; enfin, sortir de la vue de sa propre perfection, par une parfaite humilité et un ardent désir de croître.. Aussitôt, qu'il fût arrivé à cet âge ardent où je ne sais quoi commence à se remuer dans le coeur, que la contagion des mauvais exemples et sa propre inquiétude précipitent à toute sorte d'excès; aussitôt il se sentit obligé à prêter l'oreille attentive à Celui qui lui disait:" Egredere, sors!  J'aurais besoin d'emprunter ici les couleurs de la poésie pour vous représenter vivement cette affreuse solitude, ce désert horrible et effrayant dans lequel il se retira. Un silence affreux et terrible, qui n'était interrompu que par les cris des bêtes sauvages; et comme si ce désert épouvantable, n'eût pas été suffisant pour sa retraite, au milieu de ces vallons inhabités et de ces roches escarpées, il se choisit un trou profond, dont les bêtes n'auraient pu qu'à peine faire leur tanière. C'est là que se cache se saint jeune homme, ou plutôt  c'est là qu'il s'enterre tout vivant, pour y faire mourir tous ses sens, jusqu'aux affections les plus naturelles. Sa vie toute céleste l'élève déjà à la condition des anges; uniquement occupé de la prière et de la méditation des vérités éternelles, il oublie presque qu'il a un corps, et semble avoir perdu le sentiment de ses besoins. Un religieux le nourrit du reste de son jeûne...

Mais ô faiblesse de notre nature, qui trouve toujours en elle-même le principe de sa perte! le feu infernal le poursuit jusque dans cette grotte affreuse; déjà elle lui parait insupportable, déjà il regarde le monde d'un oeil plus riant... Animé d'un saint transport, il se jette dans un amas d'épines, et convertit, par cette généreuse violence, les attraits de la volupté en une douleur vive mais salutaire... Ces épines rappelèrent à son souvenir, et l'ancienne malédiction de notre nature, et les supplices que le Sauveur a soufferts pour nos voluptés infâmes.

C'est là ce que doit faire en nous le plaisir des sens. Aussitôt qu'il commence à se réveiller, cette douceur trompeuse dont il nous séduit, nous dit rappeler la mémoire de ce trouble, de cette alarme, de cette amertume, où ces excès ont plongé la sainte âme de Notre Sauveur. Ne croyons pas que ce combat nous soit inutile; au contraire, la victoire nous est assurée. Saint Benoît, par ce seul effort, a vaincu pour jamais la concupiscence... Sortons donc du plaisir des sens; mais prenons garde, qu'en sortant de cet embarras, pour aller à Dieu librement, nous ne arrêtions pas en chemin, et ne soyons pas retenus par la satisfaction de l'esprit.

C'est à quoi s'est opposé le grand saint Benoît lorsqu'il s'est obligé, ainsi que ses religieux, à la loi de l'obéissance. Voulons-nous que nos passions soient invincibles? En les autorisant par notre liberté indocile, nous les mettons en état de ne pouvoir plus être réprimées. Vous suivez vos inclinations, vous faites ce que vous voulez, vous ne pouvez plus en être le maître, vous allez où vous ne voulez pas, et ces chaînes que vous avez vous-mêmes forgées, vous coûteront plus à rompre que le fer le plus dur. Vous voilà donc où vous ne voulez pas: ainsi vous arrivez à la servitude par la liberté.

Prenez une voie contraire: allez à la liberté par la dépendance. Qu'est-ce que la liberté des enfants de Dieu, sinon une étendue et une dilatation d'un coeur qui se dégage de tout le fini? dégagez-vous; n'ayez de volonté que celle de Dieu: ainsi vous entrerez dans les puissances du Seigneur, et oubliant votre volonté propre, vous ne vous  souviendrez plus que de sa justice.

La perfection chrétienne n'est pas dans un degré déterminé; elle consiste à croître toujours. Jésus-Christ en est le modèle; c'est lui que nous devons suivre. Jamais nous ne pourrons, dans cette vie, atteindre à l'éminence de sa sainteté; par conséquent il faut avancer sans cesse et sans se relâcher jamais.

Ainsi saint Benoît, après avoir mené ses disciples par tous les sentiers de la perfection, à la fin il les rappelle au premier pas, en leur faisant sentir que tout ce qu'il leur a prescrit n'est encore que le commencement d'une vie vraiment chrétienne et religieuse.

" Qui que vous soyez, leur dit-il, qui désirez arriver promptement à la céleste patrie, accomplissez, par la grâce de Jésus-Christ, cette règle comme un petit commencement de la vie monastique, et vous vous élèverez enfin, en la pratiquant, à de plus grandes choses; vous parviendrez, avec le secours de Dieu, au comble d'une doctrine toute sainte et d'une vertu toute divine..."

Il appelle l'accomplissement de sa règle un petit commencement... Et pourtant, cette règle, c'est un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l'Evangile, de toutes les institutions des saints Pères, de tous les conseils de perfection. Là paraissent, avec éminence, la prudence et la simplicité, l'humilité et le courage, la sévérité et la douceur, la liberté et la dépendance. Là la correction a toute sa fermeté, la condescendance tout son attrait, le commandement toute sa vigueur, la sujetion son repos, le silence sa gravité, la parole sa grâce, la force son exercice, la faiblesse son soutien; et toutefois il l'appelle un commencement, pour nourrir toujours ses enfants de la crainte...

Que si ceux-là vivent en crainte, qui sont dans la voie de la perfection, combien doivent être saisis de frayeur ceux qui s'abandonnent aux vices...!"

panégyrique de saint Benoît
 Bossuet. 

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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