voyage, voyage...

Publié le 25 Avril 2009










recuerdos de la alhambra spain.



Rédigé par philippe

Publié dans #videos

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A
Dans les vieilles forêts où la sève à grands flots<br /> Court du fût noir de l'aulne au tronc blanc des bouleaux,<br /> Bien des fois, n'est-ce pas ? à travers la clairière,<br /> Pâle, effaré, n'osant regarder en arrière,<br /> Tu t'es hâté, tremblant et d'un pas convulsif,<br /> Ô mon maître Albert Dürer, ô vieux peintre pensif !<br /> <br /> On devine, devant tes tableaux qu'on vénère,<br /> Que dans les noirs taillis ton œil visionnaire<br /> Voyait distinctement, par l'ombre recouverts,<br /> Le faune aux doigts palmés, le sylvain aux yeux verts,<br /> Pan, qui revêt de fleurs l'antre où tu te recueilles,<br /> Et l'antique dryade aux mains pleines de feuilles.<br /> <br /> Une forêt pour toi, c'est un monde hideux.<br /> Le songe et le réel s'y mêlent tous les deux.<br /> Là se penchent rêveurs les vieux pins, les grands ormes<br /> Dont les rameaux tordus font cent coudes difformes,<br /> Et dans ce groupe sombre agité par le vent,<br /> Rien n'est tout à fait mort ni tout à fait vivant.<br /> Le cresson boit ; l'eau court ; les frênes sur les pentes,<br /> Sous la broussaille horrible et les ronces grimpantes,<br /> Contractent lentement leurs pieds noueux et noirs.<br /> Les fleurs au cou de cygne ont les lacs pour miroirs ;<br /> Et sur vous qui passez et l'avez réveillée,<br /> Mainte chimère étrange à la gorge écaillée,<br /> D'un arbre entre ses doigts serrant les larges nœuds,<br /> Du fond d'un antre obscur fixe un œil lumineux.<br /> Ô végétation ! esprit ! matière ! force !<br /> Couverte de peau rude ou de vivante écorce !<br /> <br /> Aux bois, ainsi que toi, je n'i jamais erré,<br /> Maître, sans qu'en mon cœur l'horreur ait pénétré,<br /> Sans voir tressaillir l'herbe, et, par le vent bercées,<br /> Pendre à tous les rameaux de confuses pensées.<br /> Dieu seul, ce grand témoin des faits mystérieux,<br /> Dieu seul le sait, souvent, en de sauvages lieux,<br /> J'ai senti, moi qu'échauffe une secrète flamme,<br /> Comme moi palpiter et vivre avec une âme,<br /> Et rire, et se parler dans l'ombre à demi-voix,<br /> Les chênes monstrueux qui remplissent les bois<br /> <br /> <br /> (à Albert Dürer<br /> Victor Hugo — Les Voix intérieures)
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